l Asraf Ali Ramdin (GTOU) : « Ceux qui contestent
l’application pa kone ki zot pe koze »
l KaYee Leung (Taxi
Operators Welfare Fund) :
« Elle réduit notre gagne-pain de près de 50 % »
l L’affaire intentée en Cour par 243 taximen à l’endroit de Logidis renvoyée au 6 mai
La grande famille des taximen est scindée en deux parties… 40 jours après le dévoilement, à l’hôtel Le Suffren, du service modernisé « Taxi by ala-lila, powered by Uber, par Logidis ». D’un côté, il y a ceux qui défendent bec et ongles l’utilisation de cette application mobile de mise en contact, à l’instar d’Asraf Ali Ramdin, secrétaire de la General Taxi Owners’ Union (GTOU). Puis, de l’autre, les farouches opposants d’un system qui aurait, selon KaYee Leung, président du Taxi Operators Welfare Fund, « réduit notre gagne-pain de près de 50%. » Face à la plainte logée en cour par 243 chauffeurs, le gouvernement a mis sur pied un comité ministériel regroupant Anil Bachoo, Ajay Gunness et Osman Mahomed, chargé d’examiner la situation et de formuler des recommandations. Une première réunion de consultation s’est tenue le 29 avril au ministère des Transports terrestres.
L’introduction d’Uber à Maurice n’a pas fini de faire couler de l’encre. Pouvait-il en être autrement ? Deux camps tiennent des positions diamétralement opposées sur la question, quand bien même le gouvernement n’a pas autorisé l’implantation du géant américain sur le marché mauricien, excluant, en d’autres mots, l’utilisation de la plateforme comme service de transport dans son modèle classique. Asraf Ali Ramdin, secrétaire de la GTOU, apporte de l’eau au moulin du gouvernement en affirmant que ceux qui contestent l’application « pa kone ki zot pe koze ». Il soutient qu’« en 2017-18, alors que le projet allait être lancé, n’importe qui pouvait enregistrer son véhicule pour travailler avec Uber. Le projet lancé en 2026 se veut, selon lui, différent et mieux encadré. »
Pour Asraf Ali Ramdin, « cette transformation est déjà perceptible sur le terrain. L’activité des chauffeurs a connu un essor notable. Aujourd’hui, ce sont les passagers qui viennent vers les taximen. Certains chauffeurs ont vu leur chiffre d’affaires doubler, voire quadrupler, en l’espace d’une seule journée. La plateforme permet également d’appliquer des tarifs fixes et transparents, évitant ainsi aux clients l’impression de se faire arnaquer par un prix exorbitant qui ne fait pas honneur à la famille des chauffeurs de taxi. C’est une win-win situation pour l’ensemble des parties concernées, à savoir le public, les chauffeurs de taxi et la société Logidis. »
En coulisses, les échanges se multiplient pour convaincre les hésitants. Dans le flou du moment où se mêlent les stratégies des uns et des autres, la GTOU peut compter sur le soutien d’une centaine de chauffeurs de taxi qui s’est réunie au bâtiment The Docks, à Port-Louis, jeudi, pour échanger sur le « bien-fondé » de cette technologie.
Sur place, Week-End a récolté quelques témoignages, dont celui d’Irfaan Gopaul, chauffeur utilisant la plateforme depuis son introduction. « Avant, quand nous prenions une course sur la place de taxis, on retournait sans passager vers notre lieu de départ initial. Ce qui n’est pas le cas maintenant. Peu importe où on se trouve, on peut être sollicité pour faire une autre course et, en peu de temps, on peut couvrir nos frais en une journée de travail », dit-il, en mettant en avant la transparence tarifaire offerte par l’application : « À travers l’application, les prix sont calculés à l’avance, ce qui est à l’avantage tant des chauffeurs que des passagers ».
Les détracteurs de « Taxi by ala-lila, powered by Uber » sont tout aussi nombreux, pour diverses raisons. L’affaire intentée en Cour par 243 chauffeurs de taxi licenciés à l’endroit de Logidis Ltd et la NLTA a été appelée le 27 avril 2026 devant le juge Azam Neerooa, siégeant en référé. Dans leur affidavit, les plaignants, représentés par Mᵉˢ Roshi Bhadain et Arun Bhinda, avec Mᵉ Kaviraj Bokhoree comme avoué, contestent la légalité de plusieurs plateformes numériques de transport. Ils citent notamment Uber, Ala-lila, Motaxi, Yugo, Dodogo, Finova, Elite, Vite et Mokabb qui, selon eux, opèrent sans autorisation. Ils réclament une injonction interlocutoire visant à suspendre leurs activités.
Face à la demande d’injonction interlocutoire visant à suspendre les opérations de la plateforme, la société Logidis Ltd, qui a retenu les services de Mᵉ André Robert, a sollicité un renvoi afin de pouvoir déposer un contre-affidavit. La compagnie a défendu la légalité de son modèle, soutenant que son service ne constitue qu’une adaptation technologique d’un système de réservation déjà existant, désormais numérisé, et qu’il respecte les dispositions légales en vigueur, notamment en matière d’opérations régionales des taxis. La NLTA, également mise en cause, a pour sa part fait savoir qu’elle compte mandater les hommes de loi de l’État et précisera sa position à la même échéance. L’affaire a été renvoyée au 6 mai 2026, date à laquelle la NLTA devrait également faire connaître sa position.
En attendant le verdict du tribunal, la première d’une série de réunions consultatives comme décidé par le conseil des ministres, s’est tenue le 29 avril au ministère des Transports terrestres. Anil Bachoo, Ajay Gunness et Osman Mahomed ont annoncé, en présence de la NLTA et du président du Taxi Operators Welfare Fund, KaYee Leung, leur intention de rencontrer tous les partenaires concernés par cette affaire de plateformes en ligne. KaYee Leung ne fait pas grand mystère de son opposition totale aux dispositions incluses dans l’implémentation du projet. Celui qui s’est érigé comme porte-parole de collègues non enregistrés sur la plateforme Ala lila, qui utilise la technologie Uber, dénoncent une « concurrence déloyale » en réclamant notamment que la NLTA interdise l’accès aux aéroports et aux hôtels aux taxis ne disposant pas d’une base d’opération fixe.

