Une pression croissante sur l’exécutif pour une séance qui s’annonce sous tension dans un contexte de la préparation du budget
En attendant la Private Notice Question (PNQ), tous les regards seront déjà tournés vers le Premier ministre Navin Ramgoolam, appelé à répondre à une série de 15 questions parlementaires inscrites à l’ordre du jour de la séance du mardi 5 mai. Une mise en bouche qui, à elle seule, donne la mesure des préoccupations actuelles au sein de l’Assemblée nationale.
De l’administration des permis de résidence aux grands équilibres économiques, les députés multiplient les interpellations. Ludovic Caserne ouvre le bal en soulevant la question des affidavits liés aux demandes de résidence, tandis que Kaviraj Rookny se penche sur la santé financière des Casinos de Maurice. Dans un registre plus stratégique, Joanna Bérenger interroge en profondeur le projet de Golden Visa Scheme, avec un accent particulier sur ses impacts économiques et sociaux.
Déterioration de l’ordre public
Sur le terrain sécuritaire, les inquiétudes sont palpables. Nitish Beejan évoque une détérioration de l’ordre public dans sa circonscription, pendant que Reza Saumtally insiste sur la progression de la drogue dans certaines régions. Ces préoccupations trouvent un écho dans la question de Franco Quirin, qui demande des éclaircissements sur une affaire impliquant un officier de police, ainsi que dans celle de Sandeep Prayag, centrée sur les incidents dans les établissements pénitentiaires.
Les enjeux économiques ne sont pas en reste. Avinash Ramkalawons’intéresse à la situation de MauBank, tandis que Ram Etwareea interpelle le gouvernement sur l’évolution de la dette publique dans un contexte international incertain. Dr Farhad Aumeer, pour sa part, demande une lecture détaillée des investissements directs étrangers, alors que Joanna Bérenger revient à la charge sur la Fair Share Contribution, une mesure fiscale au cœur des débats budgétaires.
Le toujours attendu dossier de la Freedom of Information Bill
La gouvernance et la transparence occupent également une place de choix. Raviraj Beechook relance le dossier de la Freedom of Information Bill, toujours attendu, tandis que la députée Rubna Daureeawoo met en lumière les lenteurs administratives dans le traitement des licences de sécurité privée.
Par ailleurs, Arvin Babajee interroge les capacités de surveillance de la zone maritime nationale, un enjeu stratégique pour un État insulaire, alors que Chetan Baboolall s’intéresse au cadre de régulation des bookmakers et au rôle de la Gambling Regulatory Authority.
Au total, ces 15 questions traduisent une pression parlementaire diffuse mais réelle, couvrant l’ensemble des champs de l’action gouvernementale : sécurité, économie, finances publiques, gouvernance et régulation.
En attendant le budget dans un contexte particulièrement tendu vu la situation économique, c’est déjà la montée de la pression politique pour le chef du gouvernement, ainsi qu’un indicateur clair du climat qui règne actuellement à l’Assemblée nationale.
Questions aux ministres
La Santé sous pression
Une revue des interpellations qui révèle les priorités politiques du moment
Ce sont plus d’une cinquantaine de questions parlementaires qui visent les autres membres du gouvernement pour cette séance du 5 mai. Une masse d’interpellations qui permet de dégager deux tendances fortes : un ministère particulièrement ciblé : la Santé, et une poignée de députés très actifs dans l’hémicycle.
Anil Baichoo, le principal ciblé
Sans surprise, le ministère de la Santé et du Bien-être, portefeuille d’Anil Baichoo, apparaît comme le plus sollicité, avec le plus grand nombre de questions. Les sujets abordés sont lourds et sensibles :
• mise en œuvre du projet E-Health et du système “One Patient, One Record”,
• conditions d’hygiène dans les hôpitaux, avec une demande d’enquête sur un cas en néonatal,
• organisation des traitements médicaux à l’étranger et possibles irrégularités,
• gestion des ressources humaines dans le secteur de la santé,
• prise en charge des adolescents confrontés à la drogue,
• disponibilité des services spécialisés 24/7.
À travers ces questions, toute la qualité du système de santé public, sa gouvernance et sa capacité de modernisation sont mises en cause.
Les autres ministères également sous pression
Derrière la Santé, plusieurs portefeuilles concentrent un nombre significatif d’interpellations :
• Infrastructures nationales et Transport (Ajay Gunness) : congestion routière, projets autoroutiers (M4), drains, routes, transport public et plateformes numériques comme Uber/Ala-lila.
• Énergie et Services publics (Patrick Assirvaden) : qualité de l’eau, hausse des tarifs électriques, gestion des eaux usées.
• Agro-industrie et pêche (Arvin Boolell) : sécurité alimentaire, pesticides, pêcheurs affectés par des projets immobiliers, ravageurs agricoles.
• Collectivités locales (Ranjiv Woochit) : permis de construction, gestion des déchets, infrastructures locales.
• Sécurité sociale (Ashok Subron) : pensions d’invalidité et lenteurs administratives.
Cette dispersion montre que les préoccupations des députés restent fortement ancrées dans le quotidien des citoyens, entre services publics défaillants et projets d’infrastructures contestés.
Qui pose le plus de questions ?
Certains députés se distinguent par leur forte activité parlementaire.
• Dr Farhad Aumeer figure parmi les plus actifs, intervenant sur la santé, la protection sociale et les violences domestiques.
• Kaviraj Rookny multiplie les questions économiques, notamment sur les licences bancaires et les pratiques commerciales.
• Nitish Beejan se concentre sur les infrastructures et la santé dans sa circonscription.
• Reza Saumtally intervient sur la santé et les infrastructures sportives.
• Ashley Ramdass se distingue également par plusieurs questions liées à la santé et à la pêche.
Cette concentration d’interventions traduit une stratégie claire : occuper le terrain parlementaire sur des dossiers à forte visibilité publique.

