• Malgré sa bonne volonté, la mairie peine à déclarer la guerre aux propriétaires laissant leurs terrains à l’état d’abandon
• La Leptospirose, avec 20 cas recensés (3 actifs), fait sa cinquième victime
• 2051 cas de Chikungunya ont été recensés à travers le pays depuis janvier, dont 168 cas actifs au 30 avril
Les chiffres donnent le vertige : 2051 cas de Chikungunya ont été recensés à travers le pays depuis janvier, dont 168 cas actifs au 30 avril. Ils sont principalement signalés dans plusieurs quartiers de Rose-Hill et, à un degré moindre, à Quatre-Bornes. La leptospirose, avec 20 cas recensés (trois actifs), reste également sous étroite surveillance, d’autant qu’elle a fait sa cinquième victime, vendredi. Comment expliquer cette prolifération de grande ampleur, malgré la riposte des collectivités locales… entre nettoyage des terrains en friche, fumigation et lâcher de moustiques stériles ? Notre périple, cette semaine, à Rose-Hill — où le ministère de la Santé a identifié 96 lieux susceptibles de représenter un terreau de reproduction idéale aux rats et aux moustiques, vecteurs des deux maladies en question – a mis en évidence un élément : malgré sa bonne volonté, la mairie peine à déclarer la guerre aux propriétaires négligents qui laissent leurs terrains à l’état d’abandon et où les déchets pullulent depuis de longs mois. Outre les piqûres des moustiques, certains rongeurs, aussi gros que des chats, hantent les riverains… que même les chats en ont peur !
Le chikungunya et la leptospirose occupent de plus en plus les esprits à Maurice. Atteintes articulaires, maux de tête, accompagnés de fièvre, douleurs musculaires importantes, éruptions cutanées au niveau des membres, etc. Ceux qui ont connu les affres du chikungunya dans le passé et qui y sont de facto immunisé souhaitent peser de tout leur poids dans cette campagne de prévention et de communication auprès de leurs voisins. « Certes, contrairement à la leptospirose, le chikungunya n’est pas mortel, mais pour avoir été confronté aux souffrances et aux séquelles que cela m’a infligées dans le passé, je m’inquiète pour mes proches. Pire, avec la leptospirose, qui est provoquée par une bactérie présente dans l’urine des rats, il y a un début de psychose dans mon entourage », confie un habitant du centre de Rose-Hill, où on a bien compris que lesdites maladies font leur petit bonhomme de chemin, même si l’épée de Damoclès plane sur d’autres régions de l’île.
L’inquiétude gagne du terrain, accentuée par le récent décès lié à la leptospirose, d’un homme d’une soixantaine d’années, jardinier de profession, habitant Montagne-Blanche. Du coup, face aux dépôts sauvages de déchets qui ne cessent de se répandre sur les terrains en friche, voire au bord des chaussées, à Rose-Hill, nous avons exploré les différents défis posés par l’explosion démographique des rongeurs, les dangers potentiels qu’elle représente et comment l’administration peut efficacement reprendre du poil de la bête en mettant en œuvre des stratégies complètes de gestion et le ramassage des déchets et d’identification des sites à risques, ainsi que les noms de leurs propriétaires.
« Zot pe fer koumadir Rozil
mem grander ar New-York! »
En mars, la maire Gabriella Batour, qui est sur le point de démissionner de ce poste, déclarait que la municipalité faisait de son mieux avec des ressources limitées, appelant tous les habitants à signaler les sites dangereux. C’est justement là où le bât blesse. À la lumière des témoignages recueillis auprès des habitants, les officiers et conseillers de la municipalité pécheraient par manque de présence sur le terrain, en sus d’un manque de combativité et d’abnégation dans la recherche des propriétaires des terrains en friches. « Zot pe fer koumadir Rozil mem grander ar bann lavil kuma New-York ou Paris! Nou ena kat konseyer par Ward, me pa trouv zot ditou. On a, à maintes reprises, informé les autorités sur le danger qui guette à l’angle des rues Père Dufay et Sister Marie Clémence, à Plaisance, kot lera ek moustik pe fer bal lor enn terin abandonné. On leur a même confié le frère du propriétaire dudit terrain habite juste à côté. Zero aksion ziska ler », martèle un riverain.
Au fil des mois, l’amoncellement de dépôts sauvages de la plaine, sise à l’angle des rues Père Dufay et Sister Marie Clémence, ne cesse de croître, tel un raz-de-marée incontrôlable. Sauf que les politiques n’en ont cure. Les riverains assistent, impuissants, à la prolifération de rats et de moustiques sur ce site inoccupé depuis plusieurs années. Au-delà du je-m’en-foutisme dont fait preuve le propriétaire dudit terrain, le fait est que certains habitants nourrissant des chiens errants autour du site ont aggravé les choses, les restes qui subsistent étant pris d’assaut par les rongeurs en soirée. Résultat : dans les maisons voisines, autour desquelles se nichent un restaurant et des boutiques, l’effroi se dispute à la colère, directement tournée vers les services de la mairie. « On sait qu’il y a des rats dans toutes les villes, mais jamais autant, c’est une invasion ! » martèlent les habitants, dont certains n’osent plus laisser leur porte ni même leurs fenêtres ouvertes, par crainte de visites inopinées.
Personne n’ose se retrousser les manches
Si les éboueurs ont parfois bravé le danger pour faire le sale boulot, personne, du côté des résidents, n’ose se retrousser les manches pour éliminer les détritus qui s’accumulent. Dans ce quartier, nombreux sont ceux qui ont tenté tous les pièges et répulsifs disponibles dans le commerce, sans succès. Ils militent désormais pour une action d’ampleur, car les indices de leur présence sont partout dans les rues.
Le révoltant spectacle qui s’offre aux yeux et aux narines des riverains à Camp-Le-Vieux, autour des appartements NHDC, aurait également dû convaincre la mairie de revoir la hiérarchisation des projets au niveau de la ville. Certes, donnons du crédit au conseiller municipal Nicolas Boli pour avoir lancé des campagnes de nettoyage, le mois dernier, dans ce quartier des villes sœurs, mais les pollueurs patentés recommencent à chaque fois leurs basses besognes, qu’on a parfois l’impression de rentrer dans un no man’s land souillé par d’immenses décharges à ciel ouvert, jonchés par des cadavres de rats. Pire, des témoins soutiennent qu’« il y a souvent des retards dans la collecte des déchets dans cette zone. »
À Maurice, il n’est pas rare de voir des amas de déchets demeurer ainsi pendant plusieurs mois, voire plusieurs années sur des sites. Ce qui accrédite la thèse selon laquelle certains conseillers municipaux brillent par leur absence sur le terrain. Pour attirer l’attention des pouvoirs publics, on ne compte plus le nombre de fois où les habitants de la rue Ambrose ont publié des photos édifiantes sur les réseaux sociaux d’une longue rangée de détritus en tout genre parsemant une ruelle. L’état de décomposition des détritus rameute rats, insectes et chiens errants. Les maraîchers qui, en sus d’être en proie aux maladies, doivent en supporter les relents pestilentiels. On pourrait citer les exemples à l’envie. Il incombe désormais aux conseillers de sortir de leur léthargie et prendre le taureau par les cornes…ou les rats par la queue.
On a touché le fond !
Dans le centre de Rose-Hill, à quelques mètres de la Place Cardinal Margéot, des gens se hâtent pour prendre le bus ou le tramway pour se rendre au travail, après avoir profité d’un jour de congé, la veille. La ville bourdonne en ce samedi matin, mais un véritable fléau fait partie du décor : une dizaine d’assiettes en carton pullulant près des magasins, le long de la rue, où on ne peut faire un pas sans marcher dans des restes de nourriture. Il est 8h45, mais le ramassage d’ordures est encore au point mort.
À la tombée de la nuit, au mépris de l’environnement, certains marchands déposent, dans les recoins des rues, des sacs truffés de restes de nourriture ou assiettes en carton, lui donnant l’aspect d’un dépotoir, sachant pertinemment que des chiens errants vont s’en emparer. Ne parlons même pas de l’odeur nauséabonde induite. C’est la même rengaine tous les matins autour de ce périmètre fréquenté chaque semaine par des milliers de Mauriciens. La faute à l’incivisme de citoyens mal élevés, à l’incurie des pouvoirs publics et l’insuffisance des poubelles.
Ce fléau ne touche pas uniquement les villes sœurs, et c’est la raison pour laquelle il faudra à un moment donné revoir tout le système lié à la gestion et au ramassage d’ordures dans les grandes artères de l’île.
On a touché le fond.
Leptospirose et chikungunya : L’explosion démographique des rongeurs inquiète à Rose-Hill
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