• +Rs 20 milliards, le chiffre magique des emprunts des ménages et de l’endettement public
• Tourisme : avec les prix des billets d’avion skyrocketting, les clignotants des réservations des prochaines Peak Seasons sous étroite surveillance
• Prix au détail : les associations de consommateurs s’alignent en faveur d’une protection effective des consommateurs avec dans l’immédiat les 15% du CEB
• Politique : possible intervention de Chetan Baboolall lors des débats du budget en tant que leader de l’opposition avec le suspens quant au poste de DPM
Le premier round de l’étape menant à la présentation du budget 2026-27, annoncée dans certains milieux pour le vendredi 12 juin, en tout cas bien avant le vendredi 19, tire à sa fin. En marge du rendez-vous d’hier avec le patronat, ou puis prosaïquement le corporate sector, mené par Business Mauritius, l’Hôtel du Gouvernement devra décider quelle formule de présidence des consultations prébudgétaires pourrait s’avérer des plus appropriées pour l’ultime épisode. Dans la conjoncture, le mouvement syndical a fait part de manière unanime de son option en faveur de la présence du Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, en tant qu’interlocuteur direct au lieu de passer par le Junior Minister, Dhaneshwar Damry.
Reléguant la forme au second plan, le fond des préoccupations se présente avec deux contraintes majeures, d’une part l’endettement, non seulement public, mais aussi de ménages avec les dernières données par le ministère des Finances et la Banque de Maurice, et, d’autre part, les risques potentiels de dérapage des prix, découlant de la révision à la hausse de 15% des tarifs du Central Electricity Board (CEB) dès le 1er mai et de ses séquelles dans le circuit de la consommation.
Toutefois, les échanges d’hier à la Lunchroom de l’Assemblée nationale auront permis d’inscrire à la carte du menu budgétaire un avant-goût des retombées de l’escalade militaire préoccupante au Moyen-Orient. Outre le volet de l’approvisionnement en produits stratégiques, principalement pétroliers, l’industrie du tourisme, le pilier de la croissance post-Covid-19, mérite une attention particulière avec le skyrocketting du coût du billet d’avion. Les premiers éléments en termes de réservations dans le secteur hôtelier en prévision des prochaines peaks restent sous étroite surveillance en vue de tout rajustement de la stratégie de promotion et de marketing touristique.
Cette période en prélude au deuxième budget du gouvernement, mené par Navin Ramgoolam, réserve également des surprises sur le front politique. Que ce soit du côté du gouvernement ou de l’opposition avec l’Alliance du Changement reconfigurée dans le sillage de la saison des amours et des désamours politiques.
À ce titre, deux questions alimentent la chronique politique : Chetan Baboolall sera-t-il en mesure de donner la réplique en tant que leader de l’opposition au Budget Speech de Navin Ramgoolam ? Ou encore Arianne Navarre-Marie se retrouvera-t-elle sur le frontbench du gouvernement pour la retransmission en direct du bidze ki pou enn bidze dir ?
Dans l’immédiat, un paramètre de gestion budgétaire, que ce soit au niveau du budget public ou encore des ménages, s’impose, à savoir la tendance à l’endettement. Les derniers chiffres publiés par les Finances pour la dette publique et par la Banque de Maurice au titre des Household Loans consentis par les banques commerciales comportent un chiffre commun à la fin du premier trimestre de cette année, soit une hausse de Rs 20 milliards. Mais pour des périodes différentes, notamment sur les derniers six mois pour la dette nationale et sur une année pour celle des ménages. Dans les deux cas, la tendance est à la hausse.
Sans nul doute, l’évolution de la dette publique constituera un volet conséquent du diagnostic budgétaire du Fonds monétaire international sous les Article IV Consultations, dont les premiers détails devront être commentés dès demain en guise de conclusion de la mission Colacelli, qui a eu des séances de travail avec les différents stakeholders. Le fait brutal est que les Rs 675,4 milliards de dette publique avant consolidation, représentent 89,5% du Produit intérieur Brut (PIB).
Tableau peu reluisant
La moyenne d’endettement public mensuel est passée à un peu plus de Rs 3 milliards d’octobre de l’année dernière à mars de cette année. L’autre facteur de la gestion de la dette qui ferait l’objet d’un monitoring systématique concerne la dette étrangère. Déjà, cet indicateur se rapproche de la barre de Rs 100 milliards, soit exactement Rs 98,8 milliards, une hausse de Rs 2 milliards par rapport à la fin de septembre dernier. Avec la dette contractée à l’étranger se situant à 13,1% du PIB, le budget 2026-27 pourrait afficher cet item au-dessus de ce seuil fatidique de Rs 100 milliards.
De son côté, la dette locale se place déjà au-dessus des Rs 500 milliards à la fin de mars, soit Rs 511,2 milliards, alors qu’à la fin de décembre, elle était juste en dessous, Rs 499,9 milliards. Les deux principales composantes de cette dette locale sont les Five-Year & Seven-Year Governement of Mauritius Bonds et autres Long Term Bonds sont à Rs 332,7 milliards et les emprunts à court terme de l’ordre de Rs 178 milliards.
Des spécialistes en gestion de la dette publique indiquent que les efforts en vue de réduire le ratio de la dette publique par rapport au PIB pourraient être thwarted par les retombées de la guerre au Moyen-Orient. Les révisions à la baisse de croissance économique font que le Produit intérieur brut pourra difficilement contrecarrer, voire digérer les besoins urgents pour satisfaire les Government Borrowings de plus en plus croissants.
D’autre part, le tableau n’est guère plus reluisant en ce qui concerne l’endettement des ménages. La Banque de Maurice indique qu’à la fin de mars, l’enveloppe des emprunts sanctionnés et accordés aux households a franchi pour la première fois les Rs 200 milliards, soit Rs 204,8 milliards sur les Rs 495,9 milliards de Loans to Other Nonfinancial Corporations, Households and other Sectors. À mars de l’année dernière, ce montant était de Rs 183,2 milliards, d’où le chiffre commun de Rs 20 milliards avec la dette publique.
L’analyse de la Banque centrale à ce chapitre dans le cadre du prochain Financial Stabillity Report, tenant en ligne de compte le ralentissement des activités économiques avec le conflit militaire sans fin dans le Golfe, pourrait être édifiante à plus d’un titre.
À titre de comparaison, les facilités financières accordées par les banques aux trois principaux secteurs d’activités économiques productives, excluant le global business sector, sont à peine au-dessus des Rs 100 millions, soit le commerce avec Rs 41,9 milliards, le tourisme et l’hôtellerie Rs 39,3 milliards et le secteur manufacturier Rs 31,4 milliards.
Par ailleurs, avec l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs du Central Electricity Board (CEB), une augmentation de 15% à partir du 1er mai, un nouvel épisode s’ouvre au titre de l’érosion du pouvoir d’achat des salariés. Le gouvernement a voulu épargner les abonnés du CEB au bas de l’échelle des effets directs de cette hausse sur les factures mensuelles, mais les collateral damages dans le circuit commercial sont loin d’être atténués pour l’ensemble des consommateurs, petits, moyens et grands, même si les priçe cushions diffèrent d’un groupe à l’autre, dépendant des salaires.
Lors des consultations prébudgétaires en fin de semaine, les représentants des associations de consommateurs, dont l’ACIM et l’APEC, ont multiplié les appels et propositions pour assurer la protection du pouvoir d’achat des ménages. D’aucuns affirment que le gouvernement est attendu au tournant sur cet aspect de la gestion de l’économie en marge du prochain budget, dont des initiatives d’envergure, dépassant la simple dimension cosmétique avec les subventions se dissolvant entre les allocations budgétaires annoncées et les price tags aux étagères des supermarchés sans pouvoir soulager de manière effective les consommateurs.
Éviter la psychose
Dans ce run-up du budget 2026-27, une zone d’ombre se met à émerger à l’horizon de l’industrie du tourisme. L’ajustement à la hausse du coût du billet d’avion avec le baril du pétrole installé à hauteur des 120 dollars américains fait craindre la menace d’un pricing out de la destination touristique de Maurice, qui avait généré pour la première fois des recettes brutes de plus de Rs 100 milliards.
Le bilan du premier semestre de l’industrie touristique de cette année et les perspectives pour les prochains six mois, avec en point de mire la peak season de décembre devront être révélateurs pour un secteur économique qui a permis au pays de surfer la vague post-Covid-19.
Dans l’immédiat, les gros bras de l’hôtellerie et de la restauration préfèrent se concentrer sur un état des lieux plutôt que de se lancer dans une campagne de psychose ne pouvant profiter qu’aux concurrents de Maurice dans l’océan Indien. Toutefois, du côté des réceptifs, « the shoe begins to pinch. »
Et comment occulter la dimension politique dans cette transition à la présentation du prochain budget. Avec l’épisode des amours et de désamours au sein de l’Alliance du Changement, la présence d’un ou d’une Deputy Prime Minister aux côtés du Leader of the House et ministre des Finances pour le Budget Speech de la première quinzaine de juin se classe dans les rangs des grandes incertitudes politiques.
Certes, au sein du MMM des 15, l’on ne cache pas la confiance que les chances d’Arianne Navarre-Marie d’accéder à ces fonctions demeurent intactes. Néanmoins, dans certains milieux du Parti Travailliste, l’on ne se garde pour se poser des questions sur ce scénario.
« L’accord électoral avec le MMM a été conclu à l’effet que le poste de Deputy Prime Minister avait été alloué au leader du MMM. À ce jour, aucun leader n’a encore émergé dans le MMM des 15. Pire encore, depuis les élections du 10 novembre 2024, ce partenaire a perdu quatre éléments, passés au sein de l’opposition dans l’hémicycle. Autant de facteurs politiques à factor in dans la nouvelle configuration gouvernementale », confient des sources bien informées et proches du leader du Parti Travailliste.
Du côté de l’opposition, l’incertitude est de mise pour le poste de leader de l’opposition. Les trois derniers parlementaires à se ranger de l’autre côté de la Chambre sont numériquement majoritaires.
Jusqu’ici, ce groupe de trois, comprenant Paul Bérenger, Chetan Baboolall et Joanna Bérenger, se la joue diplomatiquement pour le poste de leader de l’opposition. Mais rien ne dit que d’ici à la lecture du Budget Speech, Chetan Baboolall soit appelé à donner la réplique à Navin Ramgoolam lors des débats sur le budget à la place de Joe Lesjongard, qui assure jusqu’ici.
En tout cas, d’ici au budget, le temps des incertitudes et des conjectures fleurira…
Consultations prébudgétaires
Un partenariat public-privé au cœur des discussions
Les consultations prébudgétaires se sont poursuivies hier au Vaghjee Hall entre le Junior Minister aux Finances, Dhaneshwar Dhamry, et diverses associations du secteur privé, menées par Business Mauritius. Face à la situation économique, l’unanimité semble se dégager en faveur d’un partenariat privé-public.
Dans une déclaration à l’issue de cette réunion, le Junior Minister a indiqué que la rencontre avec le secteur privé avait été très cordiale avec de retombées positives. « Le gouvernement et le secteur privé sont d’accord qu’il faut davantage d’investissements dans le pays afin de créer de l’emploi et favoriser un progrès inclusif. Cela passe par une amélioration de la qualité de la santé et de l’éducation, ainsi que par un bon approvisionnement en eau et en électricité.
Les deux parties ont également pris note que l’espace fiscal du gouvernement est très limité. La dette publique est évaluée à 89,5% et cet espace reste contraint, notamment en raison du contexte international », dit-il encore.
Le way forward proposé consiste à faciliter l’investissement à travers des partenariats public-privé dans quatre secteurs : l’aéroport, le port, le numérique et la connectivité financière. Parallèlement, il s’agit de créer un environnement favorable à l’investissement dans des enjeux nationaux majeurs tels que la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique, l’action climatique et l’intelligence artificielle.
« C’est dans cette direction que les discussions se sont déroulées entre le secteur privé et l’État. C’est un très bon partenariat public-privé. Maintenant, le succès réside dans l’exécution et la mise en œuvre. Nous allons travailler ensemble, main dans la main, dans l’unité et la solidarité », s’est-il félicité.
Les principales réactions du secteur privé
Arnaud Lagesse (Business Mauritius) :
« Valoriser nos capacités afin d’attirer
plus de touristes et d’investisseurs »
« Nous avons eu une bonne session de travail et l’occasion de présenter notre approche pour le budget à venir. Nous sommes dans un contexte où les crises se succèdent et où le climat des affaires au niveau national est affecté. Nous devons resserrer les rangs pour y faire face, mais aussi profiter de cette situation pour valoriser nos capacités à Maurice afin d’attirer plus de touristes et d’investisseurs.
« Les priorités se situent notamment autour des opportunités portuaires et aéroportuaires, de la sécurité alimentaire et du développement des activités liées à l’intelligence artificielle.
« La croissance doit aujourd’hui être repensée à travers un partenariat renforcé entre le secteur privé et le secteur public. Nous, à Business Mauritius, soutenons pleinement cette approche. Malgré les défis, nous restons focalisés sur un message clé : il existe de grands chantiers porteurs d’opportunités pour permettre à Maurice de rebondir. »
Patrice Marie (MCCI) :
« Dialogue entre le secteur privé et le GM primordial »
« En cette période de crise, le dialogue entre le secteur privé et le gouvernement est primordial. Nous faisons face à des pressions externes, notamment l’augmentation du coût du fret et des intrants, ainsi qu’une pénurie de devises.
« Au niveau de la Chambre, nous avons travaillé avec nos membres pour formuler des propositions concrètes : 129 propositions ont été soumises au ministère des Finances, dont 40% axées sur la croissance.
« Pour continuer à avancer, il faut investir et soutenir les PME, qui sont particulièrement touchées. Il faut également faciliter les exportations, renforcer la stabilité et la gouvernance, et accélérer les procédures, notamment en matière de licences. Il est essentiel d’agir rapidement pour saisir les opportunités. »
Drishtysingh Ramdenee (MCCI) :
« Il faut développer davantage le port »
« Suite à la décision de la Chine d’instaurer une politique de zéro tarif pour Maurice, le pays doit accélérer sa transition en matière de productivité. Il faut produire davantage et exporter. C’est une opportunité qu’il faut saisir en collaboration avec les autorités.
« Le soutien logistique est essentiel. Il faut développer davantage le port et exploiter les opportunités du continent africain afin de positionner Maurice comme plateforme logistique. Pour accéder à de grands marchés comme la Chine, les États-Unis et l’Inde, il faut des conditions préférentielles et une capacité de production accrue. »
Shateeanum Sewpaul (OTAM) :
« Un focus multisectoriel très important »
« Comme chaque année, nous faisons plusieurs propositions au niveau macroéconomique. Nous avons beaucoup parlé de digital public infrastructure, de l’investissement dans la connectivité, qui est très important, ainsi que du reskilling.
« Il faut des plateformes pour exploiter nos services tout en prenant en considération l’intelligence artificielle. Pour ce budget, nous demandons qu’il y ait un focus multisectoriel très important. »
Afzar Delbar (Freeport Operators Association) :
« Problème de main-d’œuvre »
« Pour moi, cette rencontre est un show. Une cinquantaine de personnes dans une salle représentant une dizaine de secteurs. Chacun a eu droit à cinq minutes pour s’exprimer, alors que d’autres ont eu une vingtaine de minutes. Nous sommes venus avec les mêmes propositions que l’année dernière.
« Beaucoup sont venus comme des mendiants demandant de l’argent au gouvernement. Aujourd’hui, il y a beaucoup de contraintes pour obtenir des compteurs d’eau et d’électricité. Dans le secteur logistique, nous devons payer nos fournisseurs pour les matières premières, mais les banques manquent de devises. C’est cela qu’il faut attaquer.
« Finalement, ils sont devenus comme des joueurs de tennis : ils renvoient toutes les balles dans notre camp. On nous demande d’investir. Le secteur privé est prêt à investir, mais il demande la levée des contraintes administratives. Il y a aussi un problème de main-d’œuvre.
« À force de règlements, la corruption se développe. Voilà pourquoi les gens ne veulent pas investir à Maurice. On nous demande d’exporter des produits Made in Mauritius vers la Chine. C’est irréaliste : la Chine dispose de presque tout. Est-ce que les produits mauriciens peuvent être compétitifs face à ceux de la Chine ? »
Kevin Carpanen (Association professionnelle des transitaires) :
« Il y a une urgence à régulariser cette situation »
« Nous avons soulevé plusieurs problèmes liés à la logistique. Il est difficile de travailler efficacement avec des agences dispersées. Lorsqu’un navire arrive et qu’un permis est requis, il faut se déplacer partout pour l’obtenir. Cela retarde le dédouanement et la mise à disposition des marchandises.
« Il y a une urgence à régulariser cette situation. Nous avons aussi évoqué le manque de devises qui affecte fortement les importateurs. Dans le contexte des tensions internationales, Maurice risque de manquer l’opportunité de devenir un hub régional stratégique. »
Enfin, nous avons proposé la mise en place d’un Construction Innovation Fund pour encourager les entreprises à investir dans la recherche, le développement et la digitalisation. »
GM Business – Budget Run-Up jusqu’à la première quinzaine de juin : Entre le marteau de la dette et l’enclume de la hausse des prix
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