Marcher 30 minutes par jour, prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur ou pratiquer une activité sportive plusieurs fois par semaine. Ces gestes simples sont au cœur des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui préconise entre 150 et 300 minutes d’activité physique modérée par semaine pour les adultes. À Maurice, où le diabète et les maladies cardiovasculaires continuent de progresser, cette recommandation soulève une question essentielle : les Mauriciens sont-ils suffisamment actifs pour préserver leur santé ?
Les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme. Face à l’augmentation des maladies chroniques, ils pointent du doigt la sédentarité, devenue l’un des principaux facteurs de risque pour la santé publique.
Une urgence sanitaire silencieuse
Le diabète et les maladies cardiovasculaires figurent parmi les principales causes de mortalité à Maurice. Selon les médecins Abdul Arshad et Bernard Baptiste, les maladies non transmissibles sont responsables de plus de 80 % des décès dans le pays.
« Ces maladies évoluent souvent de manière silencieuse pendant plusieurs années avant d’être diagnostiquées », explique le Dr Abdul Arshad. Lorsqu’elles sont détectées tardivement, elles peuvent entraîner des complications graves telles que les accidents vasculaires cérébraux (AVC), l’insuffisance rénale, la cécité, les amputations ou encore des décès prématurés.
Pour les deux praticiens, plusieurs facteurs expliquent cette situation. Parmi eux figurent l’alimentation riche en sucre, en sel et en matières grasses, la consommation croissante d’aliments transformés, le tabagisme, la consommation d’alcool, le stress et le vieillissement de la population.
Le Dr Bernard Baptiste souligne également que le surpoids et l’obésité touchent une part importante de la population mauricienne. Il rappelle aussi que certaines prédispositions génétiques,  »notamment chez les populations d’origine sud-asiatique, augmentent les risques de développer ces maladies, même chez des personnes ne présentant pas nécessairement une obésité marquée ».
L’activité physique, un véritable médicament
Pour les spécialistes, l’activité physique demeure l’un des moyens les plus efficaces de prévenir ces maladies.
Le Dr Abdul Arshad explique qu’elle contribue à réguler la glycémie, réduire la tension artérielle, améliorer le taux de cholestérol, maintenir un poids sain et diminuer le stress.
Le Dr Bernard Baptiste va encore plus loin. Selon lui, l’activité physique doit être considérée comme une véritable intervention thérapeutique.« Même une simple marche quotidienne a des effets mesurables sur la santé », souligne-t-il.
Les recommandations de l’OMS prévoient entre 150 et 300 minutes d’activité physique modérée ou entre 75 et 150 minutes d’activité intense par semaine. À cela s’ajoutent des exercices de renforcement musculaire au moins deux fois par semaine.
Les médecins insistent également sur la nécessité de réduire le temps passé assis. Bouger davantage au travail, marcher lors des déplacements ou privilégier les activités de plein air sont autant de moyens de lutter contre la sédentarité.
L’activité physique reste bénéfique à tout âge. « Même après 40, 50, 70 ou 80 ans, elle permet d’améliorer la santé cardiovasculaire, de préserver l’autonomie et de réduire les risques de chute », rappelle le Dr Bernard Baptiste.
Sur le terrain, des résultats visibles
Les bénéfices du sport sont également constatés par les professionnels du secteur.Coach sportif chez Aldo Fortress, Emmanuel Frala accompagne régulièrement des personnes atteintes de diabète ou souffrant de problèmes cardiovasculaires. « Les programmes sont adaptés à la condition physique de chaque personne. La progression doit être graduelle et sécuritaire », explique-t-il.
Selon lui, les résultats deviennent souvent visibles après quelques mois : amélioration de la condition physique, diminution de la masse grasse, développement musculaire, amélioration de la santé métabolique et, dans certains cas, meilleur contrôle de la glycémie.
S’il constate une prise de conscience croissante au sein de la population, Emmanuel Frala estime toutefois que l’activité physique n’est pas encore perçue comme une priorité de santé par une grande partie des Mauriciens.
« Le sport m’aide à garder un équilibre »
Chez les pratiquants réguliers, les bénéfices sont indéniables.
Pour Yoni Raphaël, 28 ans, le sport fait partie intégrante du quotidien.
« Ayant pratiqué l’athlétisme, le football, le trail et aujourd’hui le Muay Thaï, j’ai constaté une évolution positive de ma santé globale. Je me sens plus énergique, plus productif et mieux équilibré dans ma vie quotidienne », confie-t-il.
Selon lui, les principaux obstacles restent le manque de motivation, le manque de temps et la sédentarité.
Même constat chez Aurore Laviolette, 21 ans, étudiante à l’Université de Maurice et pratiquante d’athlétisme depuis l’âge de 12 ans.
« L’athlétisme m’a permis de développer la discipline, la persévérance et la gestion du stress. Sur le plan physique, j’ai amélioré mon endurance et ma condition générale. Sur le plan mental, le sport m’aide à mieux gérer les pressions du quotidien », explique-t-elle.
Si elle observe une évolution positive des mentalités, elle estime qu’une partie importante de la population demeure encore insuffisamment active.
Sensibiliser dès le plus jeune âge
Pour inverser la tendance, plusieurs pistes sont avancées par les professionnels de santé, les sportifs et les entraîneurs.
La sensibilisation dès l’enfance figure parmi les priorités. Les experts plaident également pour davantage d’événements sportifs communautaires, tels que les courses populaires, les « fun runs » ou les activités organisées dans les quartiers.
L’amélioration de l’accès aux infrastructures sportives, un soutien accru aux fédérations et aux encadrements professionnels ainsi qu’une plus grande implication des entreprises dans la promotion de l’activité physique auprès de leurs employés sont également évoqués.
Pour Emmanuel Frala, l’objectif principal ne doit pas être la performance à tout prix.
« Le plus important est de créer une habitude durable. Faire un peu d’activité physique régulièrement vaut mieux que de viser des objectifs irréalistes et abandonner après quelques semaines », conclut-il.
Dans un pays confronté à la progression du diabète et des maladies cardiovasculaires, le message des professionnels est clair : bouger davantage n’est plus seulement un choix de mode de vie, mais un véritable enjeu de santé publique.

Pour Yoni Raphaël, 28 ans, le sport fait partie intégrante de son quotidien. Il affirme que l’activité physique constitue un moyen efficace de réduire le stress, d’améliorer la santé mentale et de prévenir certaines maladies. « Ayant pratiqué plusieurs disciplines, notamment l’athlétisme, le football, le trail et aujourd’hui le Muay Thaï, j’ai constaté une évolution positive de mon état de santé général. Je me sens plus énergique, plus productif et mieux équilibré dans ma vie quotidienne », confie-t-il.
Selon Yoni Raphaël, les principaux freins à la pratique du sport à Maurice sont le manque de motivation, la sédentarité et le manque de temps, même s’il estime que ces obstacles peuvent être surmontés grâce à une meilleure organisation.


Juliana Arekion

