Point et interrogation — Budget : fer labous dou avek pasti limon

D’ici à vendredi prochain, 17 heures, quand débutera la lecture du Budget Speech, le deuxième de la série du gouvernement de l’Alliance du Changement, Politically Revisited, au sein de l’hémicycle de l’Assemblée nationale, les Marsan Mervey patentés et en tous genres auront eu tout le loisir de faire étalage de leur gymnastique. Puis, au fil des pages effeuillées de ce même discours solennel, la population saura à quelle sauce budgétaire elle sera mangée.
Mais bien avant cette étape, cette même population a été avertie sans commune mesure que pa pou kapav fer labous dou avek pasti limon. C’est vrai que cette dernière expression peut échapper à la compréhension de la jeune génération. D’abord et surtout, les pasti limon ne sont plus offerts en vente dans des pobans à la boutique du coin. Depuis longtemps, cette friandise à quat’sous a rejoint les rangs du musée de la consommation.
La vertu d’antan de ce pasti limon était de pouvoir faire passer sans grosses difficultés la purge de la cuillère de delwil bwar administrée aux enfants chaque samedi matin. Pour leur propre santé. Mais cet épisode du vécu de l’île Maurice d’antan est bel et bien révolu.
Ainsi, en prélude à la présentation du prochain budget, les analystes avec des attributs politiques ou non s’accordent à reconnaître que rares sont les secteurs traditionnels d’activités sur lesquels les ténors de la Budget Cell du Prime Minister’s Office pourront s’appuyer pour assurer une distribution, même parcimonieuse, de ces pasti limon. La dernière alerte en date pourtant relève d’un secteur où l’État n’a cessé de vanter que Maurice dispose d’une des zones économiques exclusives comptant parmi les 20 plus vastes au monde, avec ses 2,3 millions de kilomètres carrés.
L’économie bleue se présente comme un atout incontournable. Peut-être dan koz-koze ! Mais difficilement dans les faits. Les politiques s’attribueront les parts de responsabilité dans ce ticket de quai alloué à l’exploitation des richesses de la mer. La réalité est que la transformation du thon, une des activités les plus rémunératrices des exportations de ces dernières années, se heurte à des barrières tarifaires susceptibles de remettre en question sa compétitivité sur le plan international.
Cette contre-indication, qui agite les couloirs de l’Hôtel du Gouvernement, intervient dans un contexte où il était question que “seafood processing to be supported by firmer international seafood prices” (MCB Indian Ocean Economic Outlook dixit).
Avec des recettes d’exportation légèrement inférieures à Rs 11 milliards, le thon contribue à hauteur de 14,6 % des exportations nationales, toutes proportions gardées, rivalisant avec le secteur des services financiers. Comme pour situer un ordre de grandeur sur le plan économique.
Avant le diagnostic tarifaire pour le thon, nécessitant des interventions à haut niveau pour parer à toute éventualité, le pronostic pour l’ensemble de l’économie était loin de la conclusion que le pronostic vital de l’économie était engagé. Avec la situation qui s’est développée depuis le samedi 28 février dernier au vu de l’escalade militaire préoccupante au Moyen-Orient, la dernière analyse en date du MCB Group, dans un langage quelque peu feutré, atteste des difficultés s’amoncelant à l’horizon : “The escalation of tensions in the Middle East is already influencing economic conditions across regions, with visible implications for Indian Ocean island economies, reflecting their exposure to energy and commodity market disruptions, tourism and financial market volatility.”
Une éventuelle conclusion du bras de fer entre Washington et Téhéran aura probablement pour effet d’épargner Maurice d’une nouvelle coupe dans son taux de croissance, déjà sous la barre des 3 %. Néanmoins, les cicatrices sont encore loin d’être guéries, avec les premiers signes de ralentissement dans le tourisme post-Covid-19, secteur doté d’un apport potentiel de 9 % à la richesse nationale et surtout de 48 000 emplois garantis, se faisant sentir pour la période de mars à mai avec une régression de 0,8 % des arrivées.
Encore plus inquiétantes sont les prévisions du déficit de la balance commerciale, annoncé à Rs 245 milliards, soit deux fois et demie les recettes brutes de cette même industrie touristique, ou encore 31 % du PIB. Le tout financé avec des devises étrangères qui se raréfient de plus en plus. À ce titre, le MCB Group note que : “Mauritius’ structural dependence on imports continues to expose the economy to external shocks, despite ongoing efforts to boost local production…The import basket remains concentrated in commodities, with petroleum products accounting for around 23% of total goods imports and food a further 20%, while exports of goods have shown signs of weakness in recent years, limiting the ability to offset these pressures.”
Pourtant, dans certains milieux, l’on s’indigne de la baisse de 20 % dans la vente de voitures neuves pour la période de janvier à avril dernier. De l’autre, très peu de signes probants permettent d’assurer un semblant de sécurité, sinon de souveraineté, alimentaire, alors que la facture des importations alimentaires représente 20 % des importations, en sus des 23 % des produits pétroliers.
Autant de facteurs fondamentaux incontournables dans le budget visant à fer labous dou avek pasti limon.

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