Point et interrogation : La permanence de l’État et le territoire souverain

Au fil de l’Histoire — une matière qui n’a plus voix au chapitre académique —, les empires se sont construits et détruits au prix de conquêtes physiques. Avec des pertes de vies humaines conséquentes. L’Histoire est jonchée de dépouilles de ces victimes de ces conquêtes. Pour une génération d’étudiants mauriciens, l’initiation à l’Histoire a commencé avec The Battle of Hastings de 1066, avec la victoire de celui qui est historiquement connu comme William the Conqueror. C’est vrai pour les Anglais, car il est reconnu que « this decisive victory started the Norman Conquest of England and changed English history. »

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Cette notion de l’Histoire passe également par l’épisode de la Guerre de Cent Ans, qui a en fait duré 116 ans, soit de 1337 à 1453, avec des revendications territoriales des Anglais en France et la revendication par Édouard III de son droit au trône de France. Donc, une extension de l’empire britannique.

Ce n’est nullement une surprise si, historiquement, l’empire britannique domine la liste des empires, ayant atteint 35 500 000 kilomètres carrés en 1920, et se permet de rivaliser avec l’empire mongol d’un non moins célèbre Genghis Khan du XIIIe siècle, avec une superficie variant entre 28 773 500 kilomètres carrés et 36 500 000 kilomètres carrés.

Toutefois, l’État-océan qu’est la République de Maurice, loin de déclarer tout casus belli, avec déploiement d’armes et démonstration de personnel militaire, a vu la superficie du territoire souverain sous son contrôle être augmentée de 781 400 kilomètres carrés en l’espace de deux ans et en deux temps. Certes, ce n’est pas de la terre ferme, mais une zone économique exclusive (ZEE) avec un potentiel de richesses sous-marines insoupçonnées, voire insondables.

La première extension a été validée de manière irrévocable en termes de droit international par les héritiers de l’empire britannique sous la forme d’un traité bilatéral, signé entre Londres et Port-Louis, en date du 22 mai 2025. Avec ces 639 611 kilomètres carrés couvrant l’archipel des Chagos au cœur de l’océan Indien, la zone économique exclusive de Maurice se rapprochait déjà de la barre des trois millions de kilomètres carrés.

Puis, le 30 juillet dernier, la Commission on the Limits of the Continental Shelf des Nations unies a confirmé l’extension du Continental Shelf au large de Rodrigues d’une superficie de 147 000 kilomètres carrés. Le titre d’État-océan et la barre de trois millions de kilomètres carrés de zone économique exclusive (ZEE) ne souffrent d’aucune contestation sur le front du droit international et de la diplomatie.

Mais là où le bât blesse demeure cette guerre de chiffonniers — dans le sens strict d’origine, à savoir « des rixes féroces qui opposaient autrefois les récupérateurs de chiffons (les biffins) pour s’approprier les déchets les plus rentables » —, offerte en spectacle gratuit, occultant du même coup ce concept connu comme la permanence de l’État, garantissant « la stabilité du droit, la protection des citoyens et le respect des engagements de la nation ».

Cette extension d’un peu moins de 50 % de la superficie de la zone économique exclusive de la République de Maurice, certes au prix d’une bataille juridique, diplomatique et politique ardue et sans merci qu’aura livrée l’État mauricien depuis des années, dépasse le simple cadre d’un règlement politicaille de katsou. Cette étape reconnue comme étant « a major milestone in the administration of Mauritius’ Maritime Zones » ne peut être ponctuée d’un point final sous la forme de cette boutade insignifiante de « deklar piti pa pou zot. »

L’enjeu, avec pour finalité au quotidien de faire de l’économie bleue en gestation l’un des piliers de la croissance de demain, mérite mieux qu’un front d’unité de façade de la république: un engagement à toute épreuve de la république, visant à rééditer la performance du démenti historique cinglant apporté aux rapports de Meade & Titmuss, qui avaient prédit un Economic Doom à Maurice au début des années 60.

Jusqu’ici, les tiraillements d’ego de politiciens ont permis à ces mêmes héritiers de l’empire colonial de jadis tirer profit, par le biais de Delaying Tactics savamment orchestrées procédurièrement, de l’absence de toute ratification parlementaire du Chagos Deal. Pire, cette situation aura permis à un Nigel Farage, avec ses Tainted Crypto Millions, de marquer de son empreinte le retour des Chagossiens dans l’archipel des Chagos.

La République de Maurice a déjà signifié son intention d’assurer la gestion de la Chagos Archipelago Marine Protected Area d’une superficie de 645 835 kilomètres carrés, nécessitant des dépenses de l’ordre de Rs 350 millions annuellement. Ce n’est que le début. Pour pouvoir exercer ses droits souverains pour l’exploration, l’exploitation, la gestion et la conservation des ressources, que ce soit en termes de stocks de poissons, de gisements de minéraux ou de potentiels d’énergie, Maurice se doit de mobiliser d’abord ses ressources et ses efforts, transgressant toute division frivole pour le bien commun de la République.

À ce titre, la reconnaissance de la prévalence de l’État doit avoir la primauté sur les velléités de revendications partisanes de bas étage, aussi structurées soient-elles.

Patrick Michel

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