La rencontre de mercredi a permis de réunir différentes perspectives autour d’une question fondamentale : comment garantir que les couples de même sexe bénéficient des mêmes droits, de la même reconnaissance et de la même protection que les autres couples à Maurice ?
Les différentes interventions ont démontré que cette question dépasse largement le cadre symbolique du mariage.
Elle touche directement à la vie familiale, à la dignité, à l’héritage, à l’accès aux soins, aux décisions médicales, au deuil, à la protection juridique et au droit de vivre ouvertement une relation avec la personne que l’on aime.
Les conclusions présentées par la NHRC et les recherches comparatives présentées lors de cette rencontre ouvrent désormais la voie à une discussion plus approfondie sur les prochaines étapes juridiques et institutionnelles.
Les conclusions présentées par la NHRC et les recherches comparatives présentées lors de cette rencontre ouvrent désormais la voie à une discussion plus approfondie sur les prochaines étapes juridiques et institutionnelles.
Pour les organisations et défenseurs des droits présents, l’enjeu est désormais de transformer les constats et les analyses en mesures concrètes de reconnaissance et de protection.
Le débat sur le mariage entre personnes de même sexe à Maurice ne peut donc être réduit à une question de croyances ou de perceptions.
Il s’agit d’une question de droits humains, d’égalité, de dignité et de protection devant la loi.
Reconnaître. Protéger. Respecter.
Ce sont les principes qui doivent guider la poursuite de ce dialogue national, affirme un communiqué de YQA/CAEC faisant état de ces échanges passionnés.
Dimitry Ah Yu : « Passer de la reconnaissance à l’action »
Intervenant au nom du Collectif Arc En Ciel, Dimitry Ah Yu a souligné que le document de position présenté constitue avant tout une question de reconnaissance. Il a salué le fait qu’une institution nationale telle que la CNDH reconnaisse les efforts entrepris depuis plusieurs années par les organisations de la société civile en faveur des droits LGBTQIA+.
Il a toutefois insisté sur la nécessité de réfléchir à la suite à donner à ces conclusions. « Que fera l’État de ces recommandations et quelles solutions est-il prêt à proposer ? », se demande-t-il en affirmant que les expériences vécues par les personnes LGBTQIA+ démontrent clairement les lacunes existantes dans les lois et les mécanismes de protection.
Il a appelé les organisations et les militants à être prêts à engager un dialogue sur les différentes interprétations possibles du document et surtout sur les mesures concrètes qui pourraient en découler.
Anushka Virahsawmy : « Les droits des femmes et la question du mariage forcé »
De son côté, Anushka Virahsawmy a évoqué la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, en soulignant les questions liées à la coercition et aux mariages forcés. Elle soutient que l’absence de reconnaissance des relations entre personnes de même sexe peut également exposer certaines femmes lesbiennes et queer à des pressions familiales et sociales les poussant vers des mariages hétérosexuels. Elle a également abordé la place de la religion dans le débat.
« L’objectif n’est pas d’imposer une vision particulière du mariage ou de remettre en question les convictions personnelles, mais de garantir les droits fondamentaux de toutes et de tous », fait-elle ressortir. Elle s’est également appuyée sur le fait des données issues de recherches sur l’opinion publique à Maurice indiquent notamment que 82 % des Mauriciens interrogés soutiendraient l’égalité pour les femmes lesbiennes et 78 % pour les hommes gays, avec également des niveaux importants de soutien à l’égalité matrimoniale. Elle fait aussi état de l’importance de sensibiliser la population aux conséquences des paroles et des discours visant les personnes LGBTQIA+.
Hana Telvave : « Les droits humains ne se méritent pas »
Hana Telvave, fondatrice d’EkiT, a insisté sur l’importance de la reconnaissance institutionnelle dans la construction de la dignité des personnes LGBTQIA+. Elle a décrit les discriminations comme pouvant devenir un processus institutionnel et systémique qui porte atteinte à la dignité des personnes.
Elle a également souligné l’impact persistant des lois héritées de la période coloniale sur les libertés et l’accès aux droits des personnes queer.
Une partie importante de son intervention a porté sur les violences en ligne, notamment les menaces de mort, la honte publique, le harcèlement et les discours déshumanisants.
Elle a également alerté sur l’utilisation de la religion comme outil de stigmatisation et sur les tentatives de diffusion de fausses informations concernant les communautés LGBTQIA+.
Elle a appelé les médias à éviter le sensationnalisme et à privilégier des récits centrés sur la dignité et les réalités humaines.
Pour Hana Telvave, le storytelling constitue un outil puissant pour humaniser les personnes queer, en les présentant comme des individus à part entière plutôt que comme de simples symboles ou représentants d’une communauté.Elle a également rappelé que plus de 70 % des Mauriciens auraient une perception positive de l’accès à des droits égaux.
« Les droits humains ne se méritent pas. On naît avec une dignité et on devrait avoir accès à ces droits. »
Shivani Georgijevic : « Vivre et laisser vivre »
Pour Shivani Georgijevic, défenseure des droits humains, le principe est simple : « Vivre et laisser vivre. » Elle a souligné que la question ne devrait pas être de savoir comment le mariage entre personnes de même sexe pourrait exister dans une société multiculturelle, mais plutôt de réfléchir au type de société dans laquelle tous les individus peuvent vivre avec les mêmes droits et la même protection.
Elle a rappelé que la loi est nécessaire pour garantir la reconnaissance et la protection des couples.
Elle a également estimé que les convictions religieuses, qui relèvent de la sphère personnelle, ne devraient pas déterminer les droits juridiques des autres citoyens. Selon elle, le débat doit avant tout porter sur les êtres humains, la dignité, l’égalité et les protections juridiques.

