Poonam Seetohul (metteuse en scène) : « Les pièces de Shakespeare n’ont rien perdu de leur pertinence »

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Du 26 au 28 août, le Caudan Arts Centre présente une nouvelle fois Hamlet de Shakespeare, selon une adaptation de Poonam Seetohul, metteuse en scène. Une reprise qui fait suite au succès des premières représentations du mois de juin et qui relève toute « la pertinence des pièces de théâtre shakespeariennes ». Dans un entretien accordé à Le-Mauricien, Poonam Seetohul évoque l’universalité des thématiques traitées par le barde dans ses écrits, son accessibilité à un public contemporain et l’ambition de positionner le théâtre anglo-saxon sur la scène locale et de créer une communauté de Theatre-Goers non élitiste pour ce type de représentation.

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Pourquoi vouloir vulgariser Shakespeare, et plus précisément en portant « Hamlet » sur scène ?

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Les œuvres de Shakespeare constituent un trésor inépuisable. Malgré leur densité et leur complexité, elles n’ont rien perdu de leur pertinence. Elles sont portées par des thèmes résolument universels. Hamlet en est l’illustration parfaite. Les thématiques sont riches : l’ambition et le pouvoir, l’amour, l’honneur, la folie, les conflits familiaux, politiques ou intérieurs. De plus, le personnage de Hamlet permet de puiser dans la psychologie humaine et les questionnements existentiels. Hamlet est un personnage larger than life. Il ne laisse pas insensible.

La pièce résonne encore aujourd’hui chez des lecteurs et des spectateurs, que ce soit à Maurice ou ailleurs, tout simplement parce qu’on parvient à s’identifier aux questionnements de Hamlet, que ce soit sur la vie, les choix qu’on fait, les décisions prises. Qu’on passe à l’action ou pas ! Et puis, on aime bien se faire raconter des histoires. L’être humain apprécie l’expérience collective qu’un spectacle vivant offre.

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Elle fait aussi partie du cursus littéraire…

Tout à fait. Shakespeare reste incontournable dans les cursus littéraires, à travers le monde. À Maurice, Hamlet revient régulièrement au programme scolaire et universitaire. C’est le cas cette année. Il fait partie d’un projet plus vaste : la Shakespearience. Le but est de rendre Shakespeare plus accessible et de le démystifier à travers des ateliers et des représentations publiques.

Hamlet offre une excellente porte d’entrée pour comprendre comment aborder une pièce en général et s’infiltrer dans le monde des personnages et celui du dramaturge. Pour cela, cependant, il faut lever les barrières langagières, culturelles ou contextuelles qui peuvent empêcher un élève ou un étudiant de profiter pleinement de la richesse de la pièce. La mettre en scène contribue à faire visualiser les scènes et à mieux comprendre certains aspects.

Shakespeare est-il un auteur difficile à comprendre pour les jeunes, les étudiants notamment ?

Shakespeare peut être compliqué à comprendre, aussi bien pour les jeunes que pour les adultes, et les facteurs sont nombreux. Il y a d’abord une langue étrangère, datant de plusieurs siècles. Ensuite, le contexte, la situation géopolitique, notre insularité, des références culturelles différentes et le langage imagé de l’époque. Notre accès aux écrans et à une information rapide et instantanée peut également réduire notre capacité de compréhension et la patience nécessaire pour s’arrêter et comprendre.
Mais en tant qu’enseignante, j’ai aussi été surprise de voir que certains jeunes saisissent très vite le texte dès qu’on leur donne une vue d’ensemble et qu’on l’aborde à travers la lecture à voix haute. Les jeunes aujourd’hui sont bien plus exposés à la langue anglaise qu’auparavant et après leurs premiers balbutiements, on peut s’étonner de leur rapidité à s’approprier la langue de Shakespeare.

Certaines adaptations à l’écran ou sur scène peuvent aussi les aider à comprendre un texte shakespearien avant même d’avoir lu le texte original. Les outils numériques constituent également une aide précieuse pour entrer dans le texte, mieux visualiser certains passages ou comprendre des références culturelles étrangères. Une mise en scène peut éclaircir ou renforcer la compréhension, voire rendre Shakespeare plus attrayant.

Pour ma part, après l’adaptation du texte pour le rendre plus accessible et moins chargé, j’ai pu exploiter d’autres techniques pour représenter des parties plus compliquées. J’ai aussi pris plaisir à penser le visuel, que je voulais frais et épuré. On a cherché des sons plus modernes mais qui s’harmoniseraient avec l’univers shakespearien. Tout cela dans le but de rendre Hamlet plus accessible.

Il y a eu une série de représentations en juin. Pourquoi ces reprises à la fin de ce mois-ci ?

Pour les représentations de juin, nous étions partis sur un seul spectacle public et quelques séances scolaires. Nous pensions qu’il n’y aurait pas une grande demande du public, mais les billets sont partis très vite. Nous avons eu à ajouter d’autres séances, qui se sont remplies tout aussi rapidement.

Monter une pièce demande beaucoup de logistique – costumes, décors, accessoires, etc., – et il nous a semblé plus gérable de rejouer la pièce en août pour les écoles et de l’ouvrir de nouveau au grand public afin de compléter ce cycle.

Nous essayons de maintenir le prix des billets assez bas, comparé à d’autres spectacles de cette envergure car nous souhaitons accueillir le plus grand nombre possible et de clore dignement le projet Hamlet. Nous ne sommes pas dans de gros profits, mais nous voulons toucher le plus de monde possible pour bien nous positionner sur la scène anglophone et créer une communauté de Theatre-Goers non élitiste pour ce type de représentation.
Monter une grande pièce de Shakespeare demande aussi un financement assez conséquent, et trouver des sponsors est loin d’être simple. Nous avons tout de même eu la chance de bénéficier du soutien de quelques compagnies que nous remercions.

Comment le public a-t-il accueilli les représentations de juin ?
Nous avons été agréablement surpris de voir qu’Hamlet a été très bien reçue par un public varié de générations différentes. Rien n’est jamais gagné avant la fin d’une représentation. C’est donc avec beaucoup de surprise, de joie et de gratitude que nous recevions les commentaires des gens, ou les voyions quitter la salle de spectacle émerveillés, souriants, ou plongés dans leurs réflexions.

Le défi était grand, car nous avions pris des risques avec Hamlet, mais cela en valait la peine. Nous étions surpris de voir des personnes qui n’avaient jamais lu Shakespeare auparavant, qui ne le connaissaient pas, l’apprécier autant. Nous nous rendons compte que nous avons de la chance de vivre des moments collectifs qu’un spectacle vivant peut offrir. Mais aussi que les grandes pièces classiques répondent à une demande, soit de raconter des histoires et de faire vivre des situations extraordinaires avec des personnages marquants et où les thèmes nous parlent car ils transcendent les époques, les frontières et les cultures. Cela, malgré la présence constante d’Internet, du streaming et d’autres distractions.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors des préparations et des répétitions ?

La troupe est composée d’une dizaine de comédiens et de quatre danseurs. Nous avons eu la chance de réunir les bonnes personnes qui ont rapidement créé un lien entre elles et qui se sont montrées très ouvertes pour suivre toutes les étapes de la construction de la pièce.

Pour plusieurs d’entre elles, c’était leur premier essai, voire leur premier contact avec Shakespeare. Nous nous sommes appuyés sur le feeling et la confiance mutuelle. Mais cela demande une planification constante et une adaptation de tout instant car chacun a ses engagements personnels et ses limites. Nous sommes passés par des séances individuelles, en petits groupes, puis avec la troupe entière, afin que tout le monde soit sur la même longueur d’onde et partage la même vision de la pièce. Nous avons eu des difficultés, mais elles n’étaient pas insurmontables parce que tous les comédiens étaient engagés.

Pour ce qui est du financement, c’était plus difficile parce qu’il fallait le trouver sans que cela compromette la vision du projet. Quand il a fallu mettre la main à la pâte pour faire avancer la production, surtout durant la dernière phase, nous l’avons fait. Nous ne nous en plaignons pas car cela ajoute du piment au projet, et nous permet d’aller au-delà de nos limites. Et quand les résultats sont là, nous ne pouvons qu’être fiers et reconnaissants. Monter Hamlet en huit mois a été un vrai défi, mais aussi une belle opportunité !

Le mot de la fin…

Une bonne pièce doit être jouée et permettre à chacun de se l’approprier. Les pièces shakespeariennes exigent une préparation soutenue, et il faut impérativement penser à son public pour la mettre à jour tout en gardant son authenticité. Le défi était de rendre Hamlet, et Shakespeare, plus accessibles et séduisants pour tous. En tant qu’enseignante et metteuse en scène, c’était aussi pour moi une responsabilité de faire en sorte que le public ressorte du théâtre avec une certaine compréhension, une (re)découverte, ou un regain d’appréciation pour les œuvres de Shakespeare.

Cinq nouvelles représentations de Hamlet au CAC

Le Caudan Arts Centre (CAC) vient avec cinq nouvelles représentations de Hamlet, selon une adaptation de la metteuse en scène Poonam Seetohul, également enseignante, du 26 au 28 août prochains. Trois matinées, réservées à un public scolaire, sont au programme durant les trois jours, et deux représentations publiques, soit le mercredi 26 et le vendredi 28, à 19h30. Une aubaine pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de voir les représentations de juin.

D’une durée de deux heures, la pièce est jouée en anglais, la langue de Shakespeare. Un choix délibéré pour répondre aux exigences d’un cursus littéraire scolaire, puisque la pièce vise les élèves qui l’étudient, et entend amener le théâtre anglo-saxon sur la scène locale et créer une communauté de “theatre goers”, comme le souligne la metteuse en scène, dans l’entretien qu’elle a accordé à Le-Mauricien.

Cette mise en scène « audacieuse » d’une des plus célèbres tragédies de Shakespeare, mais aussi plus longues et complexes, est accueillie pour la première fois par le CAC, cette année, dans son intégralité et en anglais. Elle donne l’occasion à ceux qui l’ont étudiée de renouveler leurs expériences de Hamlet et à une nouvelle génération de la découvrir avec la même fraîcheur que d’il y a 400 ans puisque les thèmes traités – le conflit, le pouvoir et la corruption, l’être et le paraître ainsi que le fardeau des choix – sont universels et par conséquent, toujours d’actualité.

Le CAC souligne que « l’adaptation préserve la beauté classique de la langue de Shakespeare tout en embrassant une mise en scène contemporaine conçue pour une audience plus large ». Le but en est de lui faire vivre une expérience émotionnelle et intellectuelle à la fois immédiate et durable : précisément, ce qui a fait de Hamlet un monument de la littérature mondiale. « Cette production vise à démystifier Shakespeare pour les publics de tous âges », souligne le CAC.

Le public aura l’occasion de voir Ashish Beesoondial dans le rôle du Prince Hamlet. Il jouera aux côtés de Guillaume Silavant, Sonia Maissin, Edeen Bhugeloo, Devash Hanoomanjee, Juliette Deloustal, Max Anish Gowriah, Roshan Hassamal, Damien Esther, Darren Veeren, Yakshinee Purhooa et Estelle Lasémillante.

Si les billets pour la représentation de vendredi soir sont déjà vendus, il en reste encore pour celle de mercredi à 19h30. Les billets sont en vente à Rs 300 pour le public scolaire, Rs 450 pour les moins de 18 ans et Rs 600 pour les adultes.

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