Ashok Subron, ministre de la Sécurité sociale et de l’Intégration : « La pension de vieillesse à 60 ans comme une option »

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Après les controverses entourant la réforme des pensions, le ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, estime que le gouvernement a corrigé le tir avec le retrait du Means Testing et le maintien d’une possibilité de départ à 60 ans. Il annonce également la poursuite des consultations sur le futur système contributif.

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Peut-on dire que vous complétez en ce moment une réforme de la pension initiée par l’ancien GM depuis plusieurs années déjà, avec l’introduction de la retraite à 65 ans ?
Pour être plus précis, le passage à l’âge de la retraite de 65 ans avait été engagé en 2008 et devait s’effectuer progressivement sur une période de dix ans, jusqu’en 2018. À partir de cette échéance, l’âge de la retraite a été fixé à 65 ans. Ce qui se passe actuellement est une continuité de ce qui avait commencé alors.
Ironiquement, en 2008, feu Rashid Imrith, Jugdish Lollbeeharry et moi-même, entre autres, avions mené une bataille très dure pour réclamer que l’âge de la retraite, même s’il était fixé à 65 ans, soit optionnel à 60 ans. Depuis cette époque, et conformément à la loi, l’âge de la retraite optionnelle pour les travailleurs du secteur privé est demeuré à 60 ans. Certaines catégories de travailleurs, notamment dans l’industrie sucrière et le secteur du transport, pouvaient même partir plus tôt.
Dans la fonction publique, les fonctionnaires qui, avant 2018, pouvaient prendre leur retraite après 33 ans et demi de service étaient en mesure, de leur côté, de bénéficier d’une pension complète après 38 ans et demi de service, mais avaient aussi la possibilité de partir plus tôt, notamment après 35 ans, en acceptant une pension réduite.
Le même principe existait dans le secteur privé. Même si l’âge de référence était fixé à 65 ans, le travailleur pouvait choisir de prendre sa retraite à 60 ans, avec une pension réduite. Un travailleur du secteur privé cotisant au NPF à travers le NPS pouvait donc prendre sa retraite à 60 ans, même si l’âge normal de la retraite était de 65 ans, en acceptant cette réduction.
Cette réforme avait été introduite sous un gouvernement travailliste à partir de 2008 et s’est poursuivie sous le régime MSM jusqu’en 2018. À cette époque, mes deux collègues et moi-même avions également défendu et obtenu le maintien de l’âge d’accès à la pension de vieillesse à 60 ans. C’était, pour nous, une forme de négociation autour du contrat social.
Mais la situation a progressivement évolué, notamment en raison des changements démographiques et des réalités économiques. Après les élections de 2024, nous sommes entrés dans une nouvelle phase, avec une accélération du processus. Et l’année dernière, lors de la présentation du budget 2025-26, l’âge d’éligibilité à la pension de vieillesse est finalement passé de 60 à 65 ans.

Ce qui avait choqué beaucoup de monde, y compris vous ?
Oui. Cela m’avait choqué. Navin Ramgoolam, à son honneur, avait dit que ce sont Paul Bérenger et lui qui sont les parrains de cette réforme. Les ministres l’ont appris comme tout le monde le jour de la présentation du budget.
Ce jour-là, nous avions fait les premières déclarations après le budget. Samedi, les membres du comité national de Rezistans ek Alternativ se sont rencontrés. Nous avons vu, à la lumière de ce qui s’était passé en 2008, que le changement de l’âge de la pension ne pouvait se faire sans consultations.
Nous avions, en tant que parti, décidé de mettre notre point de vue dans une lettre que nous avions remise à nos partenaires, à savoir Patrick Assirvaden, Navin Ramgoolam, qui n’était pas à Maurice, Paul Bérenger et Richard Duval.
ReA a rencontré Paul Bérenger et le MMM. Ensuite, après le retour du Premier ministre, un comité ministériel a débouché sur le développement d’un réajustement temporaire avec la proposition de l’introduction de l’Income Support. De plus, un comité d’experts a été institué.
Lors du budget 2026-27, il y a eu la deuxième proposition de réforme qui a intégré un certain nombre de recommandations dans les circonstances que l’on connaît. Toutefois, l’introduction du Means Testing avait provoqué un deuxième choc.
Il faut reconnaître que ces deux chocs de l’année dernière et de cette année ont provoqué, à leur tour, une réaction positive du gouvernement et différents courants dans l’Alliance du Changement.
Après une rencontre des ministres et députés le samedi, la décision a été prise de retirer le Means Testing dans la réforme. Par la suite, en plus de ce retrait, nous avions dit qu’il ne fallait pas se précipiter pour introduire les autres dimensions de la réforme de pension dans le Finance Bill, en particulier le National Pensions Fund 2.0.
Nous avons souhaité que les consultations nécessaires soient organisées. Le gouvernement a donné la garantie que le National Pensions Fund 2.0 ne sera « worst off » pour aucun employé mauricien. Au contraire, il doit être meilleur que ce qu’il avait été auparavant.
Nous sommes tombés d’accord sur les institutions à mettre en place, dont l’Independent Pension Regulatory Authority, qui a donné lieu à des discussions relevant la nécessité qu’une décision finale concernant une question aussi importante que la pension ne puisse être prise par des non-élus. Ils pouvaient faire des recommandations à l’instar du National Wage Council. Il revient au Cabinet ministériel de prendre la décision.
Nous sommes aussi tombés d’accord sur l’institution d’un Central Pension Administration Bureau, qui sera ensuite amélioré.
Le plus important est que le gouvernement a réintroduit la pension de vieillesse à 60 ans comme une option, sans Means Testing. Ce qui avait été mis en œuvre en 2008. L’âge de la pension a été fixé à 65 ans, mais il est possible de prendre sa retraite avant sans tenir compte du critère des moyens financiers et de l’emploi. Une personne a le droit de continuer à travailler tout en bénéficiant du transport gratuit, entre autres.
Il est également possible de prendre sa pension après 65 ans, avec les avantages qui s’ensuivent.

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Quelle est l’importance de cette SAP application que vous avez lancée jeudi dernier ?
C’est l’une des décisions les plus importantes depuis le budget. Pour la première fois, nous avons donné une forme concrète, calculée, chiffrée et digitalisée de la State Age Pension.
La Finance Act a apporté un amendement à la National Pensions Act pour remplacer ce qui avait été introduit l’année dernière par les nouvelles dispositions. Si quelqu’un n’a pas voté la fameuse section 12 du Finance Bill, cela veut dire qu’il n’est pas d’accord avec les changements apportés cette année par rapport à ce qui existait l’année dernière.
Ceux qui ont voté en faveur du budget de l’année dernière ne pouvaient pas voter contre cette année. Cela relèverait d’une incohérence sur le plan politique.

Voulez-vous dire que voter contre les amendements apportés par le Finance Bill relève d’une mauvaise conception des choses ?
Le Finance Bill est venu éclaircir les choses. De fait, en votant contre, ils ont aussi voté contre l’augmentation de la Carers Allowance, contre l’amélioration des allocations accordées aux orphelins, etc., qui figure dans la section 12.
Le « oui » et le « non » ont un sens légal. On ne peut pas leur donner une interprétation contraire au bon sens et à ce qui est stipulé dans le texte de loi.

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Le « non » de Sydney Pierre vous a donc surpris ?
Oui, parce que je le connais depuis très longtemps. Je connais son père, le défunt André Pierre. Je peux imaginer ce qui aurait pu le motiver.
Comme moi, il est quelqu’un qui a grandi dans les quartiers moins favorisés de Curepipe. Lorsqu’on demande au président de la république de ne pas donner son « assent » à ce Finance Bill, on approuve ce qui existait l’année dernière.
Concrètement, cela équivaut à demander au président de maintenir la pension comme elle était l’année dernière, ce qui avait provoqué la colère de la population.
Or, comme on le sait, le « oui » signifiait donner son accord à la réintroduction du principe de la pension à 60 ans, une pension réduite selon la même formule qui existait en 2008.
Il faut reconnaître qu’il y a eu beaucoup de déclarations erronées concernant la pension. Par exemple, un politicien affirme que l’Early State Age Pension à 60 ans durera jusqu’en 2029 lorsqu’il sera porté à 65 ans. C’est faux.
L’autre conception fausse est que la pension de Rs 11 589 restera inchangée à vie. J’ai, lors de la conférence de presse jeudi dernier, expliqué comment l’Early State Age Pension évolue et augmentera par rapport au coût de la vie.
Depuis 70 ans, l’augmentation de la pension de vieillesse dépendait du bon vouloir du gouvernement. C’était une astuce utilisée en période électorale, comme cela a été le cas avant les élections de 2024.
La loi a, pour la première fois, été amendée et prévoit désormais qu’à chaque mois de janvier, le gouvernement accordera une compensation qui tiendra compte du coût de la vie, comme inscrit dans la loi.
En plus de cela, il y aura des « age increases », c’est-à-dire Rs 1 000 à 65 ans, Rs 1 500 à 75 ans et Rs 7 999, etc. Ces augmentations ne concernent pas uniquement les personnes qui obtiendront leur pension, mais tous les pensionnés du pays.
Tout cela représente une amélioration par rapport à l’année dernière, en prenant en considération l’histoire de la pension du pays, qui considère que la pension universelle est un droit sacré.

Est-ce que, dans le cadre de ces débats, il vous est arrivé de vous sentir mal à l’aise… ?
Oui. Le comité national de ReA avait décidé que si le Means Test n’était pas enlevé, on partirait. Le Premier ministre a fait preuve de beaucoup de sagesse en enlevant cela.
Aujourd’hui, tous ceux qui touchent une pension « kapav dormi lor zot lorye ».

Pensez-vous que la communication gouvernementale à ce sujet a fait défaut ?
Je considère que nous avons un gouvernement qui cogouverne. Nous gouvernons en écoutant le peuple, en écoutant la contestation, en écoutant les représentants du peuple et d’autres organisateurs.
Il ne faut pas croire que les critiques passent comme dilo lor bred-sonz. Nous écoutons, nous jaugeons, nous intégrons. Cela prend parfois un peu de temps pour les mettre en œuvre.

Que reste-t-il à faire ?
C’est le début d’un processus. L’adoption de l’architecture de la pension universelle, la State Age Pension, est une première partie importante qui commence à 60 ans.
L’État accorde à tous les citoyens une pension solidaire et universelle. Ce qui est un grand progrès dans le contexte où nous vivons.
La deuxième partie comprend la pension contributive à travers NPF 2.0. Je demande à mes camarades syndicalistes de participer aux discussions de manière à mettre en place le meilleur système possible.
En 1976, lorsque le National Pensions Fund est présenté à l’Assemblée nationale, il était présenté comme faisant partie du Welfare State. C’est un concept socialiste et cela fait partie du combat ouvrier des années 1970. Ce n’est qu’en 1978 que le NPF est entré en vigueur.
Son plus grand adversaire était alors les possédants. Ils n’ont jamais été d’accord pour que le NPF soit payé sur la totalité des revenus des travailleurs.
Lorsque Padayachy ferme le National Pensions Scheme, le plafond sur lequel les travailleurs étaient tombés d’accord était de Rs 19 900. Pourquoi mes camarades syndicalistes sont-ils silencieux concernant le National Pensions Fund ? Il faut se rappeler que la première chose qu’a faite le gouvernement à son arrivée au pouvoir était d’augmenter la pension de vieillesse de Rs 1 000. Nous avons accordé une full compensation de Rs 550 aux bénéficiaires de pensions.
L’ancien gouvernement a introduit la CSG de 4,5 % — soit 3 % payés par l’employeur et 1,5 % payé par les travailleurs — qui était versée dans le budget de l’État.
Ce que nous disons est que la SAP sera augmentée par rapport au coût de la vie. Nous donnons la garantie qu’il y aura une « universal adjusted pension » à 60 ans.
Le seul sacrifice est le changement de l’âge de la « full SAP ». Nous ne vous demandons pas un sou en plus pour la CSG, alors que le MSM a pris 4,5 %.
Nous disons que ces 4,5 % seront versés directement sur le fonds individuel de la pension contributive du salarié du NPF.
Prenons le cas d’un jeune de 25 ans qui touche actuellement Rs 30 000 mensuellement. Avec 4,5 % de la CSG versés dans son fonds contributif personnel de NPF, il touchera autour de Rs 55 000 de pension mensuellement, en plus de la pension universelle, à l’âge de 65 ans.
Le comité d’experts travaille dans ce sens. Je rencontrerai les syndicats. Nous recueillerons toutes les propositions. Nous analyserons. S’il faut concevoir une autre « application », nous le ferons.
En ce moment, le NPF, sans aucune contribution, enregistre un rate of return conséquent. La question concernant l’utilisation du PRDF fait l’objet d’un débat. Nous verrons s’il doit prendre la forme d’un lump sum ou pas.

Peut-on dire que la relance du NPF est prévue pour janvier prochain ?
Tout ce que nous pouvons dire est que l’objectif du gouvernement est de le démarrer au plus vite après consultation. Nous pensons que ce sera avant la prochaine année financière.
Voilà la vision que nous voulons mettre en place. Je n’aurais pas défendu le Finance Bill si je ne considérais pas que cette réforme serait meilleure pour la classe ouvrière et pour la jeunesse.

Le chapitre de la pension n’est toujours pas fermé, donc ?
Non, le chapitre n’est pas fermé. Il y a la question du NPF et la pension des fonctionnaires, qui ne sera pas affectée. Toutefois, son administration sera revue.
Nous ne pouvons pas nous permettre de redevenir comme avant. Malheureusement, l’ancien ministre Padayachy a détruit les fondations du Welfare State.

Comment s’annonce la reprise des travaux parlementaires ?
Les travaux reprennent cette semaine. Si je comprends bien, une séance est prévue la semaine prochaine également. Les travaux s’annoncent très intéressants. Il y a des projets de loi qui sont en attente.
Comment voyez-vous l’avenir ?
Notre objectif était de mettre le MSM dehors parce qu’il représente l’autoritarisme et la mafia. Notre autre objectif consistait à apporter des changements structurels.
La transformation constitutionnelle a été mise sur les rails. L’autre partie de notre objectif consiste à faire le maximum pour que la politique économique et sociale soit plus juste et plus inclusive.
ReA se penche sur la démocratisation de l’État et sur la manière de donner plus de dynamisme et d’autonomie pour que l’État puisse fonctionner efficacement et surmonter les problèmes structurels.
À terme, nous réfléchissons à une plus grande démocratie participative.
ReA a accompli son devoir lors des dernières élections générales. Nous avons mis certaines transformations sur les rails. Nous savons dans quel système nous évoluons.
Malgré le fait que nous ne soyons que trois députés, nous accomplissons un travail considérable. Nous resterons au gouvernement pour faire avancer notre agenda et celui du peuple.
Nous travaillons actuellement sur la « Just Transition Commission », une transition sociale et écologique.
Il ne faut pas penser que nous sommes attachés à quoi que ce soit. Ce qui nous motive, c’est notre agenda et notre travail.
Je souhaite à tous ceux qui veulent connaître l’agenda de Rezistans ek Alternativ d’entrer en conversation avec nous et je suis prêt à discuter. Je dis à nos amis syndicalistes que ma porte est ouverte.

Un mot sur ce bébé qui a été tué par son père ?
C’est bouleversant. Il est clair que notre société a plusieurs manquements et que la drogue est une question qui n’a pas été réglée.
Il y a aussi le problème de la pauvreté. Je fais tout mon possible pour revoir le seuil de la pauvreté. Parmi les plus touchées figurent les femmes seules qui ont plusieurs enfants.
Je lance un dernier message aux riches, qui ne vivront pas en paix s’ils ne contribuent pas davantage à la fiscalité. C’est grâce à cela qu’on pourra surmonter les difficultés.
Nous ne pouvons pas nous développer avec une économie dont la croissance dépend du développement foncier.
Nous avons de gros défis à surmonter pour nous attaquer à la pauvreté.

 

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