LA GROGNE S’AMPLIFIE — Des fonctionnaires : « Le ministère de la Santé est au plus bas »

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« Les conférences de presse ne feront disparaître ni les pénuries, ni les passe-droits, ni les ingérences»

Le malaise est profond au ministère de la Santé. Des fonctionnaires — médecins, techniciens et cadres — dénoncent une accumulation de dysfonctionnements qui aurait conduit l’institution à « son niveau le plus bas ». Beaucoup disent s’être mobilisés après les élections de novembre 2024 pour contribuer au changement promis. Mais les controverses impliquant un nominé politique, l’intervention du médecin privé du ministre dans un hôpital public, les pénuries et les soupçons d’ingérence ont progressivement épuisé leur patience.

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« Nous avons accepté et toléré beaucoup de choses. Nous voulons servir le pays, pas participer à une politicaille qui fragilise davantage le système de santé », affirment-ils.

Ces employés estiment qu’un remaniement ministériel pourrait offrir l’occasion d’un nouveau départ. Ils avertissent toutefois qu’un simple changement de personnes ne suffira pas si les pratiques dénoncées se poursuivent.

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Ils réclament une enquête indépendante sur l’intervention chirurgicale du ministre, la publication des protocoles invoqués, un audit des traitements à l’étranger et des achats sensibles, ainsi qu’une vérification des ingérences alléguées. Ils demandent également un plan d’urgence contre les pénuries dans les hôpitaux.

« Nou pa pou ale lwin kumsa »

L’intervention de groupes socioculturels pour défendre le ministre a encore accru la colère. Les fonctionnaires jugent incompréhensible qu’une association extérieure tente d’expliquer une affaire sur laquelle le ministère lui-même n’a pas fourni toutes les réponses attendues.

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« Pendant que les socioculturels volent au secours du ministre, les pénuries, les passe-droits et les ingérences crient plus fort que toutes les conférences de presse. Nou pa pou ale lwin kumsa. »

Parmi les principales zones d’ombre évoquées figurent la gestion des traitements à l’étranger, le trafic d’influence présumé de certains hauts fonctionnaires, les pénuries de médicaments et le favoritisme dont bénéficieraient certains VVIP.

Les employés citent aussi le cas d’un chirurgien réputé du privé qui aurait proposé d’effectuer, sur une base sessional, des interventions complexes pour lesquelles des patients sont actuellement envoyés à l’étranger. Son offre aurait été rejetée, sans explication publique, au profit de l’option étrangère.

Plus grave encore, des chirurgiens du service public seraient parfois poussés à recommander l’envoi à l’étranger de patients qu’ils estiment pouvoir opérer à Maurice.

« Si ces informations sont fausses, qu’une vérification transparente le démontre. Si elles sont vraies, nous ne sommes plus devant une simple mauvaise gestion, mais face à une perversion du processus médical de décision. »

Des pénuries découvertes à l’antenne

Les fonctionnaires soutiennent également que le ministre Anil Bachoo n’aurait pris connaissance de l’ampleur de la pénurie de médicaments essentiels contre le cancer qu’au moment d’une intervention radiophonique. Il aurait aussi découvert que la High Dependency Unit et deux services du nouvel hôpital de Flacq n’étaient pas opérationnels, faute d’infirmiers.

Au Jawaharlal Nehru Hospital, des opérations programmées auraient par ailleurs été annulées en raison de l’indisponibilité d’anesthésistes, appelés en renfort auprès d’une équipe de visiteurs.

« Gouverner, c’est prévoir. Ici, gouverner semble parfois consister à découvrir les pénuries en direct à l’antenne », ironisent les fonctionnaires.

Leur interrogation est désormais centrale : tous les patients sont-ils réellement traités sur un pied d’égalité dans les hôpitaux, qu’il s’agisse d’une opération, de l’accès aux médicaments ou d’un traitement à l’étranger ?

« Une administration crédible ne se gouverne ni par les faveurs ni par des conférences de presse de soutien. Elle repose sur des protocoles publics, des décisions traçables et l’obligation de rendre des comptes. »

Les fonctionnaires rappellent qu’ils sont rémunérés par des fonds publics et doivent, à ce titre, garantir le même respect et les mêmes droits à chaque Mauricien.

« Les groupuscules peuvent tenter d’expliquer ce que le ministère aurait dû expliquer lui-même. Ils peuvent même suggérer au leader de l’opposition la PNQ à poser. Mais ils ne pourront pas reconstruire artificiellement la crédibilité d’une institution qui semble avoir égaré le principe d’égalité dans le service public. »

HORS-TEXTE

SENIOR ADVISERS: « Rappelés pour aider, puis marginalisés »

Le traitement réservé à plusieurs Senior Advisers alimente également la grogne. Une conseillère, Mme V., envoyée au ministère par le Premier ministre, aurait été mise à l’écart. Elle aurait récemment quitté ses fonctions après avoir informé le chef du gouvernement de la situation.

Deux autres conseillers, également dépêchés par le Premier ministre, auraient été tenus responsables par le ministre de la récente colère du chef du gouvernement. Humiliés et frustrés, ils envisageraient eux aussi de partir.

« Le paradoxe est frappant : des professionnels expérimentés sont marginalisés lorsqu’ils dénoncent les dysfonctionnements, tandis qu’une association extérieure est immédiatement écoutée lorsqu’il faut défendre le ministre. »

Les employés réclament désormais une remise en ordre du ministère, un retour à la méritocratie et des sanctions lorsque les faits le justifient.

« Les pénuries peuvent durer des mois. Les justifications politiques, elles, trouvent immédiatement des microphones et des porte-parole. Il faut mettre fin à ce système et restaurer la confiance dans le service public. »

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