L’enquête sur le coup de feu qui a grièvement blessé Élodie Thomas, 27 ans, à Camp Levieux, le 9 octobre, s’oriente vers un nouveau front. Au-delà du tir attribué au sergent Gautam Singh Taukoor (57 ans), l’Independent Police Complaints Commission (IPCC) cherche désormais à établir si des policiers présents sur les lieux ont failli à leur devoir d’assistance de personne en danger dans la nuit de vendredi à samedi de la semaine dernière.

Quatre unités de la force policière sont particulièrement concernées par ces investigations : le poste de police de Camp-Levieux, la Special Mobile Force (SMF), la Divisional Supporting Unit (DSU) et l’Emergency Response Service (ERS). Les enquêteurs ont déjà identifié plusieurs policiers qui se trouvaient dans le secteur au moment des faits. Leur rôle, leurs déplacements et surtout leur réaction après le coup de feu sont désormais passés au crible.
Pour reconstituer le déroulement de cette nuit, l’IPCC dispose notamment des images du réseau de vidéosurveillance Safe City. Les enregistrements sont minutieusement examinés, afin de retracer les mouvements des véhicules de police et les interventions des différentes équipes. Les enquêteurs épluchent également le Diary Book et le Log Book du poste de police de Camp-Levieux, ainsi que les données du système informatique COTS.
Plusieurs véhicules de police auraient quitté les lieux après la détonation. Les enquêteurs devront déterminer si les policiers ont été informés de la gravité de la situation sans pour autant intervenir.
Les témoignages recueillis permettent déjà de mieux cerner les circonstances du drame. Hans (19 ans), qui se trouvait à bord du van, avait expliqué aux enquêteurs de la CID de Rose-Hill avoir entendu une détonation avant de remarquer un impact sur le pare-brise arrière du véhicule. En se retournant, il avait découvert Élodie Thomas grièvement blessée.
Le jeune homme affirme avoir tenté de la soulever pour l’installer sur le banc du van. Mais en constatant qu’elle perdait abondamment son sang, il a été pris de panique et aurait fini par prendre la fuite.
Le chauffeur Rudy Soobrayen (36 ans) soulève, lui, de sérieuses interrogations sur la prise en charge de la victime. Il soutient avoir signalé la blessure d’Élodie Thomas à une équipe de la SMF croisée après le tir. Selon sa version, aucun des policiers n’aurait porté assistance à la jeune femme. Il aurait ainsi été contraint de prendre lui-même les dispositions nécessaires pour la transporter à l’hôpital.
L’attitude des policiers dans les minutes ayant suivi le coup de feu constitue, désormais, un volet central de l’enquête. L’IPCC devra déterminer si les différentes unités présentes ont réagi conformément à leurs obligations et si une intervention plus rapide aurait pu être assurée.
Parallèlement, plusieurs éléments techniques restent attendus. Il s’agit des résultats des analyses balistiques de l’arme Glock qui aurait été utilisée par le sergent Taukoor, de son rapport médical, des conclusions du Forensic Science Laboratory (FSL) concernant son uniforme, ainsi que du rapport de la Scene of Crime Office (SOCO) sur le van.
Le sergent Gautam Singh Taukoor est en détention préventive depuis plus d’une semaine. Son interrogatoire par l’IPCC devrait avoir lieu ultérieurement. Le facteur temps est, toutefois, déterminant : si la procédure dépasse le délai de trois semaines, il pourrait être remanded to jail.

