30 ans de PILS: Nicolas Ritter « Zordi pena xkiz : nou kone, me pe tro tarde pou ede »

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Nicolas Ritter : « Zordi pena xkiz : nou kone, me pe tro tarde pou ede »

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En 1996, quand il lance PILS, avec le soutien de proches et parents, Nicolas Ritter vivait des moments difficiles. « En 1994, j’apprenais que j’étais atteint du virus. Et comme pour tout le monde, cette nouvelle est accueillie avec des émotions multiples. Je n’avais pas peur de la mort. À cette époque, ici, à Maurice comme ailleurs dans le monde, l’on savait peu de choses sur le sida. La maladie me faisait peur, oui. Mourir me faisait peur, certainement.

Le rejet de la part des autres, aussi. Comme je le souligne à chaque fois et je ne cesserais de le faire, autour de moi, mes parents, d’abord, ma famille, mes amis, des proches, de nouvelles connaissances, ont tous bâti un espace dans lequel je trouvais la force de me battre. Me faire traiter, accompagner, suivre des protocoles médicaux, entre autres étapes. Zordi, 30 an apre, nou pa kapav dir nou pa kone. Nou kone. Nous savons comment traiter les PVVIH. Les avancées scientifiques et médicales sont là. Les conditions sont réunies.

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Nous savons quelles sont les étapes pour accompagner, traiter, aider, soutenir les personnes atteintes. Mieux encore, nous en avons les moyens ! Aujourd’hui, l’on sait qu’on peut être PVVIH et avoir une charge virale indétectable, et donc, ne plus représenter une menace de transmission. Ce qui amène aussi une meilleure qualité de vie. Pourtant, malgré tout cela, les patients vivent reclus, isolés, enfermés dans le silence, invisibles ! Nou pena exkiz zordi ; nou koner, me nou pa pe fer seki bizin fer pou tir bann malad dan zot solitid, ankouraz zot vinn fer zot tretma. Et leur offrir un encadrement, un soutien, le courage de remonter la pente, de se prendre en mains et de ne pas abandonner la lutte. »

Nicolas Ritter souligne que « nous avons un nombre important de patients, perdus de vue – c’est à dire, des personnes qui ont été testées positives, qui sont venues vers des centres de santé, mais qui n’ont pas continué à suivre leurs traitements. Cela arrive par pure attitude de discriminations et de stigmatisations. À plusieurs niveaux – parmi le personnel médical et paramédical – bien entendu, tous les médecins et aides-soignants ne sont pas ciblés, parce qu’il y en a bon nombre qui ne font pas preuve de manque de respect envers les malades. Et ailleurs aussi, dans différentes sphères de la vie à Maurice, nous rencontrons des comportements discriminatoires envers les PVVIH ».

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Le membre fondateur de PILS et aujourd’hui chargé de mission/direction générale de Coalition Plus s’appuie sur des différentes expériences à l’étranger : « J’ai pu avoir la chance de participer à des conférences en Afrique, en Asie, en Europe et ailleurs, où j’ai rencontré des activistes, comme moi, ainsi que des responsables et des politiques. Chaque pays a ses spécificités. Cependant, je dois faire ressortir que même dans des pays, par exemple, à forte concentration islamique, la solidarité et l’attitude sincère envers les malades est remarquable ! Il y a la retenue, la pudeur, mais pas d’hypocrisie, ni de faux semblant.

Certaines campagnes de conscientisation s’appuient sur des paroles sacrées, par exemple, pour mettre en avant l’importance de l’entraide, du soutien envers le frère, la sœur… Chacun est conscient et reconnaît l’existence du virus. Et la priorité, c’est de combattre sa transmission et surtout, d’aider ceux qui vivent avec le virus. Les soutenir pour qu’ils ne se sentent pas seuls. Et non pas les rejeter, les cloisonner dans un isolement qui les pousse à préférer mourir en silence, invisibles que de se battre pour vivre et être respectés comme tout être humain. »

Dans son intervention, Nicolas Ritter a aussi mis en exergue « l’importance d’une action concertée, d’un leadership politique, d’un gouvernement qui est à l’écoute, et qui entreprend aussi d’intervenir, d’aider la société civile. Car l’immense défi qui nous attend, c’est le départ, en fin d’année du financement du Fonds mondial. Avec ce retrait, nous, les ONG, avons une difficulté majeure : où trouver des fonds pour protéger, aider et accompagner nos membres ? Des donateurs, des mécènes font des dons. Mais ce n’est évidemment pas suffisant. Nous espérons sincèrement que l’État mauricien répondra présent et sera solidaire ».

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