Face aux tensions qui ont marqué le pays ces derniers jours, l’évêque de Port-Louis, Monseigneur Jean-Michaël Durhône, officiant la messe à la paroisse de Saint-Pierre, hier, a appelé à dépasser la violence par le dialogue, la solidarité et une meilleure prise en compte des inégalités sociales. Dans son homélie, il met également en garde contre les dérives des réseaux sociaux, qui peuvent alimenter les tensions communautaires et porter atteinte à la dignité humaine. Aussi, les paroissiens de l’ensemble de l’île se sont recueillis, hier après-midi et encore ce dimanche matin, pour prier pour la paix. Vêtus de blanc, symbole de paix, les fidèles ont participé aux messes célébrées dans les différentes paroisses, dans un esprit de communion.
La paix ne peut se construire sans justice sociale, dialogue et responsabilité collective. C’est le message porté par Monseigneur Jean-Michaël Durhône dans son homélie, hier à l’église de Saint-Pierre et au cours de laquelle il est revenu sur les violences et les tensions qui ont traversé le pays. S’appuyant sur l’Évangile selon lequel il faut « rendre à César ce qui est à César, et rendre à Dieu ce qui est à Dieu », l’évêque a rappelé que toute personne possède une dignité qui ne peut lui être retirée.
« Une société qui veut construire la paix reconnaît que chaque personne a une dignité qui ne peut être enlevée, qui ne peut être remise en cause », a-t-il souligné. Pour lui, cette conviction implique de regarder au-delà des actes de violence et de s’interroger sur les blessures et les souffrances qui traversent la société.
Sans cautionner les débordements, Monseigneur Durhône estime que la violence peut traduire un malaise plus profond. « Quand une personne s’exprime par la violence, pour nous, nous croyons profondément qu’il y a quelque chose qui est cassé à l’intérieur, qui est blessé », a-t-il expliqué. L’Église, a-t-il poursuivi, entend être présente auprès de ces personnes, tout en encourageant le dialogue entre les différentes communautés religieuses et culturelles.
Par ailleurs, pour l’évêque, la réponse aux tensions ne saurait se limiter au rétablissement de l’ordre. Elle doit aussi passer par une réflexion sur les inégalités et sur la responsabilité collective envers les plus vulnérables. Évoquant l’écart entre les riches et les pauvres, il a insisté sur la nécessité de concilier l’enrichissement individuel avec la solidarité envers ceux qui se trouvent au bas de l’échelle sociale.
Le pouvoir des images et des mots
« La paix n’est pas seulement une absence de guerre, de violence, mais une œuvre de justice », a-t-il rappelé. Il a plaidé pour une société capable de reconnaître les situations qui blessent, de favoriser le dialogue avec les autorités et de renforcer les mécanismes de solidarité. « Pour qu’il y ait une véritable paix, tout commence par la véritable justice sociale », a-t-il affirmé. La violence, a-t-il averti, ne peut être une solution à la souffrance, à la misère ou à l’injustice. Il s’agit plutôt de trouver d’autres voies pour répondre aux difficultés et permettre à chacun d’être entendu.
Monseigneur Durhône a également consacré une partie de son homélie au rôle des réseaux sociaux dans la circulation de l’information. S’il reconnaît le travail des médias, il estime que les mots, les images et les commentaires peuvent aussi influencer les consciences et exacerber les tensions. Les fausses informations et les discours communautaires, a-t-il relevé, risquent de fragiliser le tissu social et la fraternité entre les communautés. Il a ainsi appelé chacun à mesurer les conséquences de ce qu’il publie et partage, dans un contexte où certaines images et certains commentaires peuvent attiser les esprits.
L’évêque s’est notamment insurgé contre la diffusion d’informations relatives à des personnes décédées ou blessées avant même que leurs proches n’en aient été informés. Il a dénoncé une forme de voyeurisme face à la souffrance humaine. « Nous avons une responsabilité, le pouvoir des images, le pouvoir des mots, le pouvoir d’influencer les consciences », a-t-il insisté.
Les pouvoirs politique, médiatique et celui des personnes capables d’influencer les consciences doivent, selon lui, être mis au service de la paix plutôt que contribuer à enflammer les esprits. Il a appelé à refuser les discours qui encouragent la violence et à privilégier une démarche de communion et de dialogue.
Penser aux enfants et à l’avenir du pays
Au cours de son homélie, Monseigneur Durhône évoquant sa visite à Élodie Thomas et à sa famille, à l’hôpital, a indiqué que « nous avons prions ensemble ». Il s’est dit touché par sa détermination et a rendu grâce pour sa survie, tout en dénonçant la diffusion prématurée de fausses informations et de contenus dramatiques sur les réseaux sociaux.
Au-delà des événements récents, l’évêque s’est interrogé sur l’image que les violences donnent du pays aux enfants. Pour Monseigneur Durhône, la paix doit se construire d’abord dans les familles, les communautés et l’Église, avant de s’étendre à l’ensemble de la société. Elle exige de regarder les difficultés en vérité, sans nier les souffrances, mais en choisissant le dialogue et la solidarité plutôt que la confrontation.
Son appel est clair : la responsabilité de préserver la paix ne repose pas uniquement sur les autorités. Elle engage aussi les citoyens, les médias et tous ceux dont les paroles et les actes peuvent influencer la société mauricienne.


