Après le cauchemar des émeutes : Barkly veut panser ses blessures et conjurer la stigmatisation

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Gilbert Larché : « Ki sann-la inn donn zot drwa pou kas tou ? »

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Des habitants : « Nou leker inn blese »

Meurtri par les récentes émeutes, le quartier de Beau-Bassin tente de se relever après les scènes de violence et de destruction, le poste de police incendié, les véhicules calcinés et la station de métro complètement saccagée. Au-delà des dégâts matériels, les habitants dénoncent la stigmatisation dont ils font l’objet et réclament le respect de leur dignité. Attachés à leur quartier, ils refusent que la violence de quelques-uns définisse toute une communauté.

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À Barkly, les cicatrices des dernières nuits de violence sont encore bien visibles. Les images des destructions ont tourné en boucle dans les médias et sur les réseaux sociaux. Pour ce quartier de Beau-Bassin, situé au cœur du Ward 4, le réveil est douloureux. Un nouveau cauchemar. À la peur ressentie pendant les émeutes se mêlent aujourd’hui tristesse, incompréhension et sentiment d’injustice.

Car si les infrastructures ont été endommagées, c’est aussi l’image de toute une communauté d’habitants qui se retrouve écornée. Ils doivent désormais composer avec les conséquences de ces destructions, mais aussi avec les commentaires blessants visant leur quartier. Leur message est clair : ils condamnent la violence, mais refusent d’être assimilés à ceux qui l’ont commise.

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« Nou leker inn blese »

À Résidence-Barkly, Gilbert Larché pousse un cri du cœur. Pour cet habitant, les dégâts vont bien au-delà des bâtiments et des équipements détruits. C’est la dignité de toute une communauté qui a été touchée. « Bann miray inn trouve. Bann lari inn koze. Ek nou leker inn blese. Ki sann-la inn donn zot drwa pou kas tou ? Ki sann la inn permet zot pou detrir ? Pou sem la freyer ek pou pil lor dignite nou kartie ? Ki zot finn gagne ? »
Derrière ces interrogations, une profonde amertume. Le poste de police, désormais hors service, oblige les habitants à se rendre à Beau-Bassin pour certaines démarches. La station de métro, elle aussi prise pour cible, constitue une autre infrastructure essentielle affectée par les dégradations. « Je pense que Barkly est particulièrement blessée parce que les dégâts ne sont pas seulement matériels : ils touchent aussi à la dignité, à la sécurité et à l’image de toute une communauté », souligne Gilbert Larché.

Il condamne fermement ces actes, estimant que la colère, quelles qu’en soient les raisons, ne saurait justifier le vandalisme ni mettre des vies en danger. Les responsables doivent répondre de leurs actes, relève-t-il, sans que toute une population ne soit tenue pour coupable. Son autre inquiétude est de voir Barkly une nouvelle fois stigmatisée.
« Notre quartier ne peut être défini uniquement par les actes de ceux qui ont choisi la violence. Barkly, ce sont aussi des familles courageuses, des travailleurs, des jeunes qui veulent réussir et des habitants qui aspirent à vivre en paix. » Il lance un appel à la reconstruction, matérielle comme morale : « Barkly ne mérite ni la violence ni la stigmatisation. Barkly mérite de retrouver la paix, de reconstruire ce qui a été détruit et de préserver la dignité de ses habitants. »

« Zot dir nou bann sovaz »
Dans les rues du quartier, le sentiment d’injustice est à fleur de peau. Plusieurs habitants contestent l’idée que les auteurs des dégradations représentent Barkly. Certains estiment que des personnes venues d’ailleurs ont participé aux troubles. « Se pa bann dimounn Barkly parski bann dimounn Barkly pena sa kalite yen-la », affirme un habitant, convaincu que ces actes ne reflètent pas les valeurs de l’agglomération. Un autre dénonce les jugements hâtifs visant les jeunes du quartier. « Zouti pou met dife finn amene depi lezot landrwa. Ena pe kwar zis zanfan site ki pe fer dezord. Bokou latet pike pe kritike », dénonce-t-il.

Les commentaires sur les réseaux sociaux constituent une blessure supplémentaire. Une résidente confie sa honte lorsqu’elle entend les propos tenus à l’extérieur du quartier : « Zordi li fer nou onte kan nou pe sorti, tann dimounn koz move koze pou Barkly dan bis. Sa mem nou tande, zot dir nou bann sovaz. » Une autre habitante exprime sa colère face à ceux qui jugent toute une population : « Dimounn andeor vinn fann k… Dimounn Barkly ki peye. » Derrière ces mots se dessine une même frustration : celle de voir des familles qui n’ont participé à aucune violence subir les conséquences, matérielles et morales, d’actes qu’elles condamnent elles-mêmes.

« Je suis Barkly »
Dans ce contexte Berthy, un habitant du quartier, a lancé l’initiative « Je suis Barkly ». Son objectif : réitérer qu’au-delà des images de destruction, il existe une communauté faite de familles, d’enfants et de citoyens aspirant à une vie meilleure. « Derrière le nom de Barkly, il y a des visages, des familles, des enfants et des rêves. Oui, nous condamnons la violence. Oui, nous condamnons les dégradations et les actes criminels. Nous voulons la paix, la sécurité et un avenir meilleur pour notre quartier », affirme-t-il. Il pose une question qui résume le sentiment de nombreux habitants : « les enfants de Barkly méritent-ils d’avoir honte de leur quartier ? Les familles doivent-elles être humiliées pour des actes qu’elles n’ont pas commis ? »

Derrière chaque porte, fait-il ressortir, se trouvent des histoires que les images des émeutes ne racontent pas. « Des parents qui se lèvent tôt pour nourrir leurs enfants. Des jeunes qui cherchent leur chemin. Des travailleurs qui se battent chaque jour pour vivre dignement. Des personnes qui, malgré les difficultés, gardent l’espoir d’un avenir meilleur. »

Son appel est sans équivoque : « ne laissons pas les actes de quelques individus effacer la dignité de toute une population. Barkly n’est pas un quartier à condamner. C’est une communauté qui mérite d’être écoutée, respectée et soutenue. » Les habitants estiment que la violence et le trafic de drogue sont des problèmes qui concernent toute la société et doivent être combattus collectivement, sans fermer les yeux sur les difficultés ni condamner des innocents.

À Barkly, le retour à la normale prendra du temps qu’il faut, les infrastructures à remettre en place, un sentiment de sécurité à reconstruire et une paix d’esprit à instiller. Mais les habitants veulent aussi reconstruire l’essentiel : la confiance et la fierté d’appartenir à leur quartier. Ils demandent que les actes de violence ne deviennent pas l’unique histoire racontée sur Barkly.

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