Au nom de la lutte contre le gaspillage éhonté, une feuille de route claire de la part des politiques est indispensable
Le triste spectacle des torrents d’eau se perdant irrémédiablement dans la nature est un scénario qui risque de se répéter lorsque Dame Nature nous fera cadeau de son abondance, un mal qui mérite une réflexion profonde centrée autour de la résilience aux pénuries de cette précieuse ressource. Au nom de la lutte contre le gaspillage éhonté, une feuille de route claire, accompagnée d’actions de la part des politiques, est indispensable, dont celle visant à promouvoir auprès des ménages, des écoles et des entreprises le captage d’eaux pluviales pour des usages non-alimentaires, à l’instar de l’arrosage des espaces verts et l’alimentation des WC, ainsi que le lavage des voitures.
« Maurice arrive à capter uniquement 7% à 9% des 4,000 millimètres de pluie qu’elle enregistre par an dans son catchment area. C’est impensable ». C’est l’analyse faite par l’ex-directeur de la Central Water Authority (CWA), Prem Saddul, qui pointe du doigt « l’incapacité des décideurs à prendre en charge le run-off, c’est-à-dire les eaux qui partent à la mer. » Au-delà des débats portant sur l’implémentation du projet de dessalement de l’eau de mer, l’installation de mini-barrages et de mini-stations de traitement le long des rivières pour faire face à la sécheresse, il existe d’autres mesures intelligentes à privilégier à court terme pour faire face au gaspillage des eaux. La grave sècheresse qui ébranle le pays actuellement devrait être de nature à convaincre les autorités sur la légitimité d’implémenter des mesures urgentes comme contribution aux gestions alternatives de la ressource.
On pense notamment au système de captage d’eau de pluie et la meilleure façon d’inscrire un programme d’incitation à une telle pratique, d’autant plus économique et écologique, dans les foyers, dans les écoles et dans le fonctionnement des services. Le gouvernement devrait orchestrer des campagnes publicitaires pour inciter les gens à adopter ce système revêtant toute son importance.
Rainwater Harvesting Grant Scheme : 407 demandes depuis mars 2025
Quid de la place accordée dans son ensemble au système de captage d’eaux de pluie à Maurice ? Il y a des efforts entrepris en ce sens, mais on est encore loin du compte. Au Parlement le 8 juillet dernier, le ministre de l’Énergie, Patrick Assirvaden avait indiqué que depuis mars 2025, la DBM a reçu 407 demandes dans le cadre du Rainwater Harvesting Grant Scheme, dont 188 ont déjà été approuvées et financées. Le ministre a fait ressortir que, conscient de l’importance de booster la résilience des ménages face aux défis liés au changement climatique, le gouvernement a prévu une enveloppe de Rs 30 millions dans le budget 2026-27 afin d’assurer la poursuite de ce programme. Les demandes éligibles – qui n’avaient pu être traitées au cours du précédent exercice financier – seront ainsi examinées. Il a précisé que la poursuite du programme demeurera, toutefois, tributaire de la disponibilité des ressources financières.
Pour la récupérer du toit, un simple bidon ou une citerne raccordée à la gouttière font l’affaire. Grâce au soutien du Rotaract de Phœnix, CDL Fabrics Ltd et LLM Management, Le Lycée Mauricien sis à Phœnix a donné exemple en 2023, en installant dans sa cour quatre conteneurs de mille litres. « Le captage des eaux pluviales continue de plus belle, même si nous attendons l’arrivée des grosses averses pour redonner un coup d’accélérateur à son utilisation. L’idée a germé en juin 2023 et j’ai la chance de faire partie du Rotaract Club of Phœnix qui nous a épaulés dans ce projet. Nous remercions aussi CDL Fabrics Ltd et LLM Management pour leur soutien », confie Shaneel Goojha, l’instigateur du projet et professeur de Travel & Tourism au Lycée Mauricien, qui a sollicité l’aide d’une dizaine d’élèves pour installer le dispositif permettant l’acheminement de l’eau pluviale ruisselant sur le toit du collège par les descentes de gouttières vers les quatre conteneurs.

