Dessalement de l’eau de mer : Patrick Assirvaden veut s’inspirer de l’expertise rodriguaise

Le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, entend s’inspirer de l’expertise rodriguaise en dessalement. C’est ce qui ressort de la mission qu’il a effectuée à Rodrigues du 14 au 16 avril. Dans le Plan Marshall qu’il a présenté au Parlement en mars, le ministre avait tablé sur l’aménagement d’une station de dessalement dans le Nord, afin de répondre à la demande domestique et agricole à Maurice. Une étude de faisabilité sur ce projet est menée en collaboration avec le gouvernement marocain.
Cette visite officielle à Rodrigues avait comme toile de fond les enjeux liés à l’énergie et à l’approvisionnement en eau, visant à renforcer la coopération locale, évaluer les infrastructures existantes et promouvoir des solutions durables en accord avec le programme gouvernemental 2025-2029. Après une première réunion avec le chef commissaire, Franceau Grandcourt, mercredi, Patrick Assirvaden s’est rendu au complexe de dessalement de Pointe Cotton le lendemain pour un briefing technique sur sa capacité et son fonctionnement. Cette visite s’est tenue en présence du chef commissaire adjoint, Johnson Roussety, et de la commissaire au Bien-Être de la Famille, Christiane Agathe.
Un briefing technique s’est déroulé sur la capacité actuelle de la station de dessalement, son mode de fonctionnement et les possibilités d’intégration d’un volet solaire afin de diminuer la consommation d’énergie fossile liée au dessalement. Patrick Assirvaden n’a pas tari d’éloge à l’endroit de l’expertise et l’expérience développées par Rodrigues en matière de dessalement qui pourront, dit-il, contribuer aux projets similaires à Maurice : « L’expérience rodriguaise est une réussite. Nous avons beaucoup à apprendre de leur approche. » Dans le « Plan Marshall national » basé sur des solutions concrètes, modernes et durables, pour remettre à flot le réseau de distribution d’eau du pays, le projet de dessalement tient le haut de l’affiche. Un appel à manifestation d’intérêt a d’ailleurs été lancé le 5 septembre 2025 pour une étude de faisabilité concernant une usine de traitement de 50 000 m3/jour destinée au Nord de Maurice. 14 candidatures ont été reçues et l’étude, d’une durée de 12 mois, en collaboration avec des experts marocains, précédera à un appel d’offres formel.
Pour ou contre ?
Le ministre de l’Énergie a soutenu que le Nord ne dispose actuellement que d’une seule infrastructure majeure de stockage, le réservoir La Nicolière. Une dépendance qui accentue la vulnérabilité du réseau en période de sécheresse ou de forte demande, rendant nécessaire la diversification des sources d’approvisionnement. Selon lui, le succès des initiatives rodriguaises repose sur une combinaison de facteurs, notamment une planification rigoureuse, une organisation structurée et un suivi constant des projets. « Il n’y a aucune raison que ce qui fonctionne à Rodrigues ne puisse être adapté à Maurice », dit-il, plaidant pour une transposition des bonnes pratiques à l’échelle nationale.
Si le dessalement de l’eau pourrait être la clé pour lutter contre la pénurie d’eau douce, cette technique peut toutefois s’avérer impraticable sur le plan économique et énergétique. À Maurice, au jeu du pour ou contre, c’est la deuxième option qui revient en boucle dans la bouche des experts et observateurs. Dans cet entretien accordé à Week-End en décembre 2022, l’actuel ministre des Transport et ingénieur civil, Osman Mahomed, avait affiché sa totale désapprobation face à l’implémentation de ce projet en mettant en avant « le fait que l’eau dessalée, au coût exorbitant, se perdra dans la nature à cause des tuyaux percés. »
Cette semaine, sur une radio privée, le consultant en développement durable Sunil Dowarkasing a abondé dans le même sens, soulignant que « cette solution est loin d’être adaptée au contexte mauricien. » Il la juge énergivore et coûteuse, plaidant plutôt pour la construction de nouveaux barrages afin de mieux capter et stocker l’eau de pluie. Autre inquiétude soulevée, la saumure, un résidu hautement salin du procédé qui peut perturber les écosystèmes marins.
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Connexion illégale de pompes à eau après le compteur
La CWA traque les contrevenants
Outre les connexions illégales et le vol commercial d’eau, le département antifraude de la Central Water Authority (CWA) entend serrer la vis des contrevenants qui connectent leurs pompes à eau électriques après le compteur. Cette pratique illégale, qui est de plus en plus répandue, pénalise les honnêtes consommateurs. L’instance régulatrice de l’eau a émis un communiqué cette semaine, pour informer le public que ses équipes ont été déployées sur le terrain pour traquer les fraudeurs qui risquent une amende de Rs 50 000 en cas de fraude, alors que pour les commerces, la pénalité peut atteindre Rs 200 000 en vertu de la CWA ACT 1971.
Si vous n’avez pas d’eau, c’est peut-être à cause de vos voisins. C’est du moins ce qu’affirme une source à la CWA. « En installant une pompe après le compteur, on s’expose à dérégler ce dernier et à l’endommager. Raison pour laquelle certains consommateurs voient d’ailleurs leurs factures augmenter. Récemment, des abonnés se sont plaints d’une hausse de leurs factures d’eau. Il est normal que cela se produise s’ils ont installé leur pompe au mauvais endroit. Beaucoup de compteurs ont été déréglés pour cette raison. Nous lançons donc un appel aux consommateurs, les invitant à retirer les pompes qui ont été installées au mauvais endroit. Un premier avertissement est donné aux consommateurs où cette pratique illégale a été détectée. Mais si la situation persiste, des actions légales sont envisageables. Les officiers de la CWA sont actifs sur le terrain », dit-elle.
Dans son communiqué, la CWA précise que « conformément au Gorvernment notice 238 de 2011, section 11 (c), il est stipulé que where a consumer installs, alters, extends or repairs a supply pipe, he shall not connect any pump or similar device on any part of the supply which is directly connected to the meter unless the pump or device is connected on the part of the supply pipe which is located after the water tank. »
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Réservoir : le statu quo
Les grosses pluies qui ont arrosé le pays ces dix derniers jours n’ont pas permis au niveau des sept réservoirs de l’île de passer la barre des 70%. Selon les chiffres fournis par la Water Resources Unit (WRU), entre le 28 mars et le 17 avril, le taux global des réserves en eau a connu une hausse de seulement 1,6%, passant de 64% à 65,6%. Le réservoir de Mare Longue affiche le plus haut niveau de remplissage (88,1% ) contre 87% le 28 mars. La baisse la plus significative est à signaler du côté de Mare-aux-Vacoas, dont le niveau est passé de 67% à 52,1% en l’espace de deux mois et demi, alors que les barrages de Midlands (74%) et Bagatelle (79%) affichent des taux appréciables.

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