Une page importante de la cardiologie mauricienne s’est ouverte hier à l’hôpital Dr A.G. Jeetoo, avec la réalisation de la toute première implantation d’un wireless pacemaker(pacemaker sans fil) dans un établissement public du pays. Un geste médical de haute précision, mais aussi un marqueur fort dans l’évolution du système de santé mauricien.
L’intervention a été menée par le Dr Cesar Khazen, cardiologue interventionnel venu d’Autriche, en étroite collaboration avec l’équipe locale de cardiologie. Jusqu’ici, cette technologie de pointe restait inaccessible sur le territoire, imposant aux patients concernés un transfert à l’étranger. Cette étape marque ainsi un basculement : certaines prises en charge complexes commencent désormais à être réalisées localement.
La patiente, âgée de 87 ans, présente un historique clinique particulièrement délicat. Elle avait déjà été équipée de deux pacemakers traditionnels, tous deux retirés en raison d’infections. Dans ce contexte, le recours à un wireless pacemakerapparaissait comme la seule alternative viable.
Une technologie de rupture au cœur du dispositif
Le dispositif, de la taille d’une pile AAA, est directement implanté dans le cœur. Il se distingue des pacemakers classiques par l’absence de fils électriques et de poche chirurgicale. Cette architecture réduit significativement les risques infectieux, limite les complications liées à l’implantation et améliore le confort ainsi que la récupération du patient.
Au-delà de l’acte médical, cette première s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation de l’offre de soins. Elle rejoint l’orientation du Visiting Doctors Scheme annoncé dans le budget par le Premier ministre, qui vise à faire venir des spécialistes étrangers à Maurice afin de réaliser sur place des interventions jusqu’ici externalisées.
L’objectif affiché est double : réduire les coûts liés aux évacuations sanitaires (transport, hébergement, logistique, accompagnement des patients), tout en accélérant le transfert de compétences vers les équipes médicales locales, appelées à monter en expertise au contact direct de spécialistes internationaux.
Une intervention sous contrainte technique, réussie malgré tout
Cette intervention n’a toutefois pas été réalisée dans des conditions idéales. Le système fixe d’angiographie du laboratoire de cathétérisme étant hors service, l’équipe a dû s’adapter en utilisant un appareil d’imagerie mobile de type C-arm.
Une contrainte technique majeure, contournée grâce à la coordination des équipes et à la maîtrise des gestes interventionnels. Une démonstration concrète de résilience hospitalière face à une contrainte matérielle critique.
Le ministre de la Santé, Anil Bachoo, s’est rendu sur place après l’intervention. Il a rencontré le Dr Cesar Khazen ainsi que les différentes équipes mobilisées : cardiologie, chirurgie, orthopédie, anesthésie, sans oublier la direction de l’hôpital. Il a salué l’ensemble des acteurs impliqués et remercié le spécialiste autrichien pour sa contribution. « Cette première démontre clairement la vision du gouvernement : rapprocher les soins spécialisés des patients mauriciens. Lorsque nous faisons venir l’expertise internationale à Maurice, nous réduisons les coûts, nous évitons des déplacements difficiles aux patients et nous permettons à nos équipes locales d’apprendre directement auprès de spécialistes de haut niveau », a-t-il souligné.
Cette avancée s’inscrit également dans un contexte de reconnaissance récente des services de cardiologie publics, avec des distinctions obtenues aux Public Service Excellence Awards : deux Gold Awards pour l’unité de cardiologie de l’hôpital Dr A.G. Jeetoo et un Gold Award pour celle de l’hôpital Victoria.
Au-delà de la performance technique, cette première implantation d’un wireless pacemakerapparaît ainsi comme un jalon structurant dans la modernisation du système de santé mauricien. Une avancée discrète dans sa forme, mais significative dans ce qu’elle annonce : une montée progressive en autonomie médicale et en sophistication des soins spécialisés sur le territoire.

