Le secteur privé a tiré hier la sonnette d’alarme sur ce qu’il qualifie de « bombe démographique », affirmant que la réduction attendue de la population du pays à partir de 2030, comme estimé dans une étude des Nations Unies, affectera la performance économique du pays. C’était lors de la 168e assemblée générale annuelle de la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI) tenue à l’hôtel Labourdonnais. Le président de la MCCI, Azim Currimjee – qui a été réélu pour un nouveau mandat –, a plaidé pour un relèvement des revenus des familles au bas de l’échelle, estimant « inacceptable » que plus de 100 000 ménages mauriciens vivent aujourd’hui avec des revenus mensuels inférieurs à Rs 25 000. Azim Currimjee a également insisté sur une rationalisation de la politique fiscale.
S’appuyant sur les principales observations contenues dans un rapport de la firme PwC sur l’importance de la démographie dans l’économie mondiale, notamment sur les retombées sur la croissance mondiale d’ici 2050, la MCCI, faisant une projection pour l’économie mauricienne, a estimé qu’en 2050, le Produit intérieur brut (PIB) par tête d’habitant attendrait USD 30 000 (aux prix courants), et ce en tenant compte d’un taux de croissance moyen de 3,5%. Mais, prévient la MCCI, une étude des Nations Unies a démontré qu’à partir de 2030, la population mauricienne commencera à diminuer du fait d’un taux de fertilité sans cesse décroissant. Le taux de fertilité, dit Azim Currimjee, est aujourd’hui de 1,3%. À ce taux, devait-il ajouter, la population mauricienne, qui est actuellement de l’ordre de 1,3 million, descendrait sous la barre de 800 000 d’ici 2 100. « This ticking bomb wll undeniably affect our economic performance. And this is pure demographic dynamism. We will be unable to sustain our economic growth rate with a receding population », a mis en garde le président de la MCCI.
Azim Currimjee appelle en conséquence à des mesures courageuses pour redresser la situation. « Ce serait l’une des plus grandes déceptions de notre histoire que de ne pas considérer dès maintenant l’impact négatif d’une population en baisse sur notre développement économique futur », a-t-il déclaré. Le président de la MCCI a, dans la foulée, proposé que le pays s’ouvre aux talents et aux compétences étrangers afin de soutenir son développement économique.
On n’aura pas, a-t-il observé, à faire face à une « demographic bomb » mais aussi à un vieillissement rapide de notre population. Selon l’étude des Nations Unies, a indiqué le président de la MCCI, la population en âge de travailler de Maurice diminuerait de 150 000 d’ici 2050 et se réduirait de plus de 50% d’ici 2 100. « Without foreign labour, the economic development of the country in the next 30 year will be limited, at best », a-t-il observé.
Azim Currimjee préconise ainsi que Maurice fasse des efforts pour attirer les retraités, étudiants et talents étrangers. Au plan local, a-t-il poursuivi, il faudrait revoir la politique fiscale en harmonisant les barèmes d’abattements afin de ne pas pénaliser les contribuables qui ont plus d’un enfant à charge.