Pradeep Jeeha et Paul Bérenger aux jours heureux

Le leader du MMM, Paul Bérenger, reconnaît lui-même que 2018 aura été une année difficile. La défaite à l’élection partielle dans la circonscription No 18 n’a pas été sans conséquence.

Malgré les explications fournies au sujet de cet échec, notamment le manque de motivation de l’électorat en raison de l’absence d’un candidat gouvernemental, la forte présence du candidat Jack Bizlall, la personnalité d’Arvin Boolell et le taux élevé d’abstention, une fronde au sein du MMM, déjà fragilisé par plusieurs dissidents depuis 2014, dont Alan Ganoo, a continué à faire pression en faveur d’une réforme au sein du parti.

Un groupe de militants, mené par Pradeep Jeeha, Steven Obeegadoo et Françoise Labelle, a donné l’impression de vouloir remettre en cause la direction de ce parti. Cependant, des groupes de contestation sont apparus dans les circonscriptions No 4 et No 17, entre autres.

Dorine Chuckoree, ancien Lord-maire et active dans la circonscription No 2, a soumis sa démission du MMM pour se rapprocher du MSM. Entre-temps, ce parti était déchiré par l’organisation d’une assemblée de délégués pour renouveler le comité central et le bureau politique en vue d’apporter du sang neuf.

Paradoxalement, le groupe de contestataires s’est opposé à ces élections. Il faut reconnaître que le MMM est le seul parti à Maurice au sein duquel les dirigeants sont élus démocratiquement par les délégués représentatifs de toutes les circonscriptions.

Toutefois, cette pratique démocratique fait remonter à la surface les luttes constantes entre différentes mouvances au sein des mauves. Ces courants, qui s’affrontent parfois impitoyablement, créent un dynamisme aussi longtemps que le leadership n’est pas mis en cause directement. Les confrontations directes avec le leader du parti débouchent, dans la plupart des cas, sur la dissidence.

Les élections internes, tenues en juin, ont été un tournant pour le MMM cette année. Les contestataires ne se sont pas présentés aux élections. Pradeep Jeeha, qui avait auparavant pris un congé politique, a commencé à critiquer ouvertement la direction du MMM. Steven Obeegadoo, Françoise Labelle ainsi que d’autres membres du parti se sont regroupés autour d’une plateforme pour la réforme du MMM.

L’équipe dirigeante du MMM a été profondément remaniée. Si la sérénité est revenue au sein de ce parti, force est de constater qu’il a perdu beaucoup plus. Le congrès de jeunes, organisé en septembre au Plaza, a montré un signe de relance. Il faudra beaucoup plus en termes de mobilisation à travers le pays pour que ce parti démontre qu’il a des muscles.

Au niveau du Parlement, les parlementaires mauves travaillent afin de maintenir le niveau des travaux à travers les interpellations parlementaires et leur participation aux débats. Malgré les différences de points de vue avec les autres partenaires de l’opposition, les parlementaires mauves jouent le jeu de l’opposition. Ils ont refusé de voter la réforme électorale telle qu’elle est proposée par le gouvernement et qui nécessite une majorité de trois quarts.

En cette fin d’année, Paul Bérenger a placé la barre très haute, et ce en fixant comme objectif ambitieux d’aller seul aux prochaines élections générales dans le cadre d’une configuration où les trois partis du “mainstream” politique participent séparément à ce scrutin.

L’ambition est de taille à l’occasion de la célébration du 50e anniversaire du parti. Le leader du MMM opte ainsi pour un retour aux principes et aux valeurs de base de son parti, dont la lutte sans merci contre la corruption et la possibilité pour n’importe quel citoyen mauricien d’occuper le poste de Premier ministre.

Ce n’est pas un hasard si Paul Bérenger demande aux dirigeants de son parti de faire preuve de détermination, de volonté et de courage pour aller aux élections seul. Il est au courant du parcours de combattant qu’il aura à faire dans son propre parti.