Pape Jean-Paul II à Maurice et Rodrigues du 14 octobre 1989

Calendrier très rempli lors de la visite de 3 jours du Pape Jean-Paul II

Samedi 14 : arrivée à 13h30 et cérémonie protocolaire de bienvenue à l’aéroport. 15 h 30 : messe à Marie, Reine de la Paix. 18 h 30 : visite au Château du Réduit et nuit au Thabor, Beau-Bassin. Dimanche 15 : aller-retour à Rodrigues pour une messe célébrée à 11 h 00. A 16 h 50 rencontre avec la jeunesse au stade de Rose-Hill. 19 h 00 : arrivée du Pape à Sainte-Croix pour une prière au tombeau du Père Laval, puis retour au Thabor. Lundi 16 : en route pour l’aéroport, le Pape rencontre les enfants des écoles de Curepipe qui lui ont souhaité un chant de joyeux anniversaire en polonais. Les enfants et les couples polonais résidant à Maurice portaient les costumes traditionnels de la Cracovie à cette occasion.

Le rassemblement des jeunes au Stade de Rose-Hill

Le dimanche 15 octobre 1989, il y a eu au stade de Rose-Hill un grand rassemblement des jeunes qui doit être encore très présent dans la mémoire de ceux qui ont vécu cette célébration pleine de ferveur et de joie. Voici réunis les souhaits exprimés lors des temps de prière par ces jeunes, devenus les adultes d’aujourd’hui, lors de leur dialogue avec le Pape. En reproduisant ces textes, nous pourrons mesurer dans quelle mesure leurs souhaits ont été réalisés et tout le travail qui reste encore à faire.

1ère question des jeunes : L’île Maurice multiraciale.

Nous, jeunes de l’île Maurice, Nous sommes fiers d’appartenir à une nation arc-en-ciel, Nous sommes heureux d’être chinois, blanc, créole, indien, musulman. Mais c’est difficile de donner sa place à chaque couleur de cet arc en-ciel. Le monstre du communalisme revient sans cesse en nous et autour de nous:

● au travail, il détruit la méritocratie et engendre l’injustice;

● il ronge la politique et achète les consciences;

● il se réveille dans nos familles dès qu’on parle de mariage mixte. Nous rêvons de bâtir une île Maurice vraiment arc-en-ciel, Mais devant toutes ces pressions nous nous sentons faibles. Dis-nous comment construire la vraie unité dans notre île Maurice multiraciale ?

2ème question des jeunes: Dialogue Parents / Enfants

Nous, jeunes de l’île Maurice, Nous sommes conscients des richesses de la vie en famille, Nous reconnaissons que nous avons eu plus de chance que nos parents. Mais notre vie de famille et de plus en plus dispersée, Nos parents sont sous pression à cause du travail; Ils n’ont pas beaucoup de temps pour nous; Nous-mêmes, nous sommes pris dans l’engrenage des études, du travail, des loisirs; Nos valeurs et leurs valeurs ne se rejoignent pas toujours, et souvent même il y a clash : Nous souffrons beaucoup de ne pas être compris, Nous sommes fatigués de faire le premier pas, Nous avons souvent envie de tout plaquer. Mais nous désirons très fort nous rapprocher les uns des autres pour mieux nous entendre. Dis-nous comment travailler au dialogue dans nos familles quand le fossé se creuse entre parents et enfants?

3ème question des Jeunes : Amour et sexualité

Nous, jeunes de l’île Maurice, Nous sommes heureux d’avoir de plus en plus l’occasion de nous rencontrer entre garçons et filles à l’école, au travail, dans les stades, sur les plages, dans les discothèques; nous sommes heureux d’être branché le reste du monde à travers la TV et la vidéo, à travers les touristes qui nous visitent. Mais avec tout cela nous arrive aussi une vague d’immoralité : prono, relations sexuelles effreinées, trahison dans l’amour. Nous rêvons de vivre des relations saines entre garçons et filles, de vivre un amour vrai et solide. Dis-nous comment découvrir la valeur de l’amour dans un monde où les moeurs se dégradent?

4ème question des jeunes: Matérialisme et Industrialisation

Nous, jeunes de l’île Maurice, Nous sommes satisfaits d’avoir eu du travail, Nous sommes contents de pouvoir acheter nous-mêmes ce dont nous avons besoin, ce dont nous avons envie. Mais les conditions de travail sont souvent inhumaines et nous blessent dans notre dignité : longs horaires, manque d’hygiène, pression pour produite toujours plus, transport inadéquat.

Pour oublier tout cela, nous nous laissons entraîner dans la course à la consommation. Nous sommes prêts à faire n’importe quoi pour avoir plus d’argent. Nous voulons des conditions de travail plus humaines. Nous voulons nous libérer de l’esclavage de l’argent. Mais nous nous sentons petits, sans pouvoir et pas assez solidaires et organisés. Dis-nous comment donner un sens à notre monde matérialiste ? Dis-nous comment lutter pour la dignité de l’homme dans le travail ? Le pape a répondu comme il le pouvait aux questions posées. Cette rencontre s’est terminée par la bénédiction pontificale Puis tous les jeunes ont entonné le Séga l’Unité.