Il avait arrêté l’athlétisme en fauteuil pendant un an et demi et n’était de retour sur les pistes depuis six mois seulement. Et pourtant, Cédric Ravet, 27 ans, a disputé, vendredi soir, la finale du 1 500m des jeux du Commonwealth au Hampden Park Stadium de Glasgow en Ecosse. Sous une pluie battante toutefois, il n’a pu faire mieux que prendre la neuvième place sur 10 participants. Cela en 3.42:97. En demi-finale, il avait battu son propre record national de 3.47:40 en réalisant un chrono de 3.37:96. Une fierté pour lui, voire une énorme satisfaction en attendant les Jeux paralympiques de 2016, à Rio au Brésil.
Le chemin a toutefois été très long, voire parsemé d’embûches, avant cette finale. Car Cédric Ravet est de ceux qui sont passés par des moments extrêmement difficiles. Alors qu’il aidait des proches dans la construction de leur maison, il fait une chute d’un étage. Le constat est critique: il a la jambe droite grièvement blessée. Le diagnostique est encore plus accablant. Cédric Ravet doit se faire amputer le pied droite à la hauteur du genou. Il n’a alors que 13 ans. « C’était un drame. J’étais en pleine adolescence et j’aimais courir, jouer au football avec mes amis. Malheureusement, le sort en avait décidé autrement », déclare-t-il.
A ce moment précis de sa vie, Cédric Ravet fait une croix sur beaucoup de choses. « Je me disais que tout était fini et que rien n’allais être comme avant. Je n’avais plus goût à rien. Ma famille et mes amis ne m’ont cependant pas laisser tomber et m’ont toujours soutenu. Je leur dis merci », fait-il remarquer. Une rencontre allait cependant changer le court de sa vie quelques années plus tard. Il a 16 ans lorsqu’il rencontre Jean-Marie Malépa, l’actuelle président du Mauritius National Paralympic Committee (MNPC). « C’est Jean-Marie qui m’a encouragé à faire du sport, notamment le basket en fauteuil. »
Cédric Ravet s’y met et a y prend goût. La vie prend alors un autre sens pour lui. « Mon message aux jeunes handicapés ou ceux qui se retrouvent dans la même situation que moi: ne jamais abandonner. Rester déterminer et vous parviendrez à réaliser de belles choses. Car tant qu’il y aura la vie, il y aura toujours de l’espoir. »
En 2006, Cédric Ravet décide de changer de discipline et de passer à la piste, notamment au 1 500m. « Sans l’entraîneur Jean-Marie Bhugeerathee, je ne serai jamais arrivé à ce niveau. C’est sur ses conseils que j’ai passé du basket-ball à l’athlétisme », explique-t-il. Cédric Ravet ne tarit d’ailleurs pas d’éloges son entraîneur qui a pu le faire revenir à l’athlétisme après une coupure d’un an et demi. « Ma  finale, mon record national, je le dois à Jean-Marie (Bhugeerathee). Je le remercie du fond du coeur pour tout ce qu’il a été pour mois pendant toutes ces années. Je remercie aussi ma famille, la fédération des handicapés physique que dirige Véronique Marisson, le président de la MNPC, Jean-Marie Malépa, la secrétaire administrative Hewlett Nelson, sans oublier le ministère de la Jeunesse et des Sports, tous mes amis présents ici à Glasgow et à Maurice. »
Le manque de considération déploré
D’autre part, Cédric Ravet estime qu’il aurait pu établir un autre record national en finale s’il n’y avait pas le mauvais temps. « C’était la toute première fois que je roulais sous la pluie. Les autres finalistes savaient quoi faire par un temps pareil. Ils utilisaient un produit sur les mains pour pouvoir pousser leurs fauteuils avec plus de facilité. Ce n’était pas mon cas, puisque je ne savais quoi faire dans ces conditions. Malgré cela,  j’ai fait de mon mieux face à ces professionnels », fait-il ressortir.
Cédric Ravet est fier d’avoir atteint sa première finale des Jeux du Commonwealth en six mois de préparation seulement et ce, après l’avoir raté de très peu en 2010, à New Delhi en Inde. Six mois de préparation seulement en raison d’une longue arrêt, faute d’encouragement et de soutien de la part des autorités concernées. C’est la raison pour laquelle il insiste pour que ceux concernés mettent les facilités nécessaires à la disposition des athlètes handicapés. Car l’année prochaine, il y aura les Jeux des Iles de l’océan Indien, à l’île de La Réunion, et l’année suivante, les Jeux paralympiques au Brésil.
Lui est convaincu de pouvoir briller et de viser encore plus haut après la performance de Glasgow. « Il est malheureux de le dire, les handisportifs ne sont pas bien considérés à Maurice. Je lance donc un appel à ceux concernés pour que nous puissions enfin avoir les facilités nécessaires, afin de nous entraîner dans de meilleures conditions. Si c’est le cas, je maintiens que je ferai encore mieux à Rio en 2016 et pourquoi pas viser un podium », déclare-t-il. Soulignons aussi que Décric Ravet a été 5e (800m) et 6e (1 500m) aux Championnats d’Afrique en 2007 en Algérie, puis médaillé d’or aux Jeux des Iles de la même année à Madagascar.