Incarnation simultanée de fables, d’énoncés parlés ou chantés de nature traditionnelle, le Groupe Abaim n’aura pas été le « Ti Misel gro pares » de la scène musicale. Aux côtés des grandes figures du séga typique, la formation de Barkly a patiemment bâti son affaire, un nouvel album, un label, un coffret original, des photographies en noir et blanc sur le thème de la musique traditionnelle. C’est de la grande classe ou de la folie créative. Ce sont pourtant ces chanteuses à la voix piquante qui sont dans la lumière aujourd’hui avec Zoana mo pti ser, Anzelina, Zelia, Letan, Ti Misel, Ilo : autant de titres et de textes puisés dans le folklore local. Toujours cette dynamique de recherche, de valorisation de ces textes poétiques, oraux, collectés, recréés sur fond d’histoire du pays. Avec des musiciens raffinés (instruments typiques), des idées brillantes, Abaim repousse les limites d’un style musical un peu tombé en désuétude depuis l’apparation des limiteurs de son dans les grandes salles de concert. Le groupe amène le séga typique des territoires obscurs à notre temps dans un va-et-vient constant : « A a letan mo kamarad/Sarye mwa lor vag to ledo/ Retourn mwa par deryer/Amenn mwa lacaz mo mama… » Un résultat brut et jubilatoire. Un album pour faire passer les messages dont la teneur en force et espoir face à la misère, la domination suffit à convaincre les plus incrédules. Abaim démontre qu’il peut encore varier son jeu et aller plus loin en création musicale. Le dialogue se renoue avec le public pour raconter le patrimoine vivant : « Pou premie fwa se zenfan e zenn kip e sarye sega tipik dan diversite so bane ritm. »
Faut-il rappeler que notre patrimoine est un mélange d’influences et a donné naissance à une musique liée au nomadisme avec un répertoire souvent dédié à la vie quotidienne avec des bardes itinérants qui diffusaient en même temps des chansons liées à l’histoire et aux mythes locaux. Les chants interprétés dans les cours par des poètes, griots, livraient durant les fêtes de pures créations. Ces chanteurs comme les jeunes artistes d’aujourd’hui sont les véhicules de la tradition orale dans un élan vif. Si le séga tipik est resté très vivace dans les villages, vous ne l’entendez que lors des festivals et grandes fêtes populaires. Abaim construit aujourd’hui son succès grâce à un savant mélange de mélodies traditionnelles rythmées à sa façon créant un genre tout particulier. Alain Muneean, du groupe Abaim, fait ressortir dans sa préface au disque que :
« Mem apre 26 ans pratik misikal e kiltirel baze lor bane linstriman tradisionel Moris, nou ti ankor ena pou montre, dan ene manier bien kler ankor, nou latasman a rasinn istorik, social e kiltirel nou lamisik. »