Karl Lamarque, porte-parole de la Plateforme Pou Sov Le Morne (PPSLM), et qui siège sur le comité consultatif du Morne Heritage, n’est pas tendre envers les membres du Morne Heritage Trust Fund (MHTF), qui a organisé des activités pour célébrer le 184e anniversaire de l’abolition de l’esclavage ce 1er février. Il leur reproche de n’avoir « rien fait de concret » pour mettre en pratique le “Management Plan” pour la période de 2014 à 2019 du Professeur François Odendaal, consultant sud-africain qui avait travaillé sur le projet visant à créer un parcours culturel de cinq kilomètres reliant Le Morne au Parc national des Gorges de la Rivière-Noire et celui d’un “Local Development Plan” pour les habitants de la région. « Rien n’a abouti jusqu’ici », a-t-il déclaré.

Karl Lamarque a rappelé que le Professeur Odendaal avait insisté pour que le MHTF soit non seulement « une affaire administrative » mais également « un agent de développement du village du Morne » avec, pour partenaires, les habitants de la région, le comité consultatif et d’autres Ong concernées par le site.

La dernière fois que le comité consultatif s’était réuni, selon lui, remonte à juillet de l’année dernière. « J’avais insisté pour avoir des éclaircissements sur certains projets. Pas de réponses précises sur des questions précises. Mais il n’y a eu que des réponses vagues. Il n’y a eu aucune concertation entre les différentes parties concernées comme c’était avant. Il y a un manque total de transparence autour des projets en cours. J’ai comme l’impression qu’il n’y a aucune volonté politique pour développer le village du Morne. »

Selon Karl Lamarque, si le Professeur Odendaal était toujours là, la situation aurait été autrement. Il n’aurait pas approuvé certains projets. « On recule sur le plan du développement. On a plusieurs années de retard à rattraper », constate-t-il.

Le porte-parole de la PPSLM déplore l’absence d’Ong telles que le Comité 1er-février et les membres de Rastafaria sur le comité qui devrait se pencher sur l’organisation pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage. « Les représentants auraient dû être là pour donner leurs points de vue. Je ne comprends pas pourquoi on a voulu restreindre le comité. »

Il tient toutefois à préciser qu’il approuve totalement le projet du MHT pour récréer un ancien village à Trou-Chenille. L’appel d’offres a ainsi été lancé pour la construction d’un musée en plein air, une réplique d’un ancien village de Trou-Chenille. « C’est une initiative fort louable, car selon des historiens, les habitants de Trou-Chenille avaient une relation spéciale avec la montagne du Morne et ses environs. On aurait dû faire le même effort pour la montagne Macaque pour reconstituer cette partie de l’histoire de d’esclavage. Une occasion pour faire revivre une époque révolue certes mais dont les vestiges demeurent alors que certaines traditions perdurent », suggère-t-il.

Joe Ramalingum, ex-président du conseil de district de Rivière-Noire, n’y va pas lui aussi de main morte lorsqu’il parle de la gestion du MHTF. « Si rien ne change et que les projets qui ont été annoncés ne se concrétisent pas dans quelques mois pour le bien-être des habitants de la localité, nous n’allons pas rester tranquilles. Nous allons mobiliser toutes les parties concernées pour une grande manifestation », prévient-il avant de faire remarquer que le bureau administratif du MHTF qui se trouvait au Morne a été transféré il n’y a pas trop longtemps à Cotteau-Raffin. « Zot mem zot pas ankor trouv ene landrwa fix pou zot travay. Zot pe pretan ki zot pou fer devlopman pou dimounn dans Le Morne. Ou trouv sa logik ou ? » se demande-t-il. Joe Ramalingum s’insurge aussi contre l’absence des habitants du village Morne sur le comité consultatif ou sur d’autres instances où les décisions sont prises. « Zot pe koz bann gran proze san ki gagn lopinyon bann abitan. » Selon lui, le conseil d’administration du MHTF aurait dû coopter un conseiller, un habitant ou un senior pour y siéger. « Zot pe desid dan nou plas », déplore-t-il.

Un conseiller du village du Morne, qui a préféré garder l’anonymat, trouve « aberrant » lui aussi qu’il n’y ait pas de concertation entre le MHTF et les conseillers lorsqu’il s’agit d’organiser certaines activités, par exemple la distribution de jouets aux enfants pour la fête de Noël. Et d’ajouter : « Des activités parallèles sont sources de conflits inutiles. »