Dans le cadre de l’enquête judiciaire sur l’accident mortel survenu à Sorèze le 3 mai 2013, l’ancien Chairman du board de la Corporation Nationale de Transport (CNT), Ashwin Dookun, a été appelé à faire la lumière sur l’achat des autobus de la marque Ashok Leyland par la CNT. Les autobus, dit-il, n’étaient pas conformes aux recommandations de la compagnie vue que les caractéristiques n’avaient pas été respectées par la compagnie indienne.
 
L’enquête judiciaire présidée par la magistrate Ida Dookhy-Rambarrun sur l’accident tragique à Sorèze, ayant fait 10 victimes, s’est poursuivie hier avec l’audition de l’ancien Chairman de la CNT, Ashwin Dookun. Ce dernier a été interrogé par Me Madeven Armoogum sur les déductions du board de la CNT concernant les autobus Blueline.
 
Me Armoogum : M. Dookun, vous avez été Chairman de la CNT de 2008 à 2013, c’est ça ?
M. Dookun : Oui.
Me Armoogum : Quelles sont les informations au niveau du Board que vous avez reçues à propos des autobus Blueline ?
M. Dookun : Au niveau du board on ne se base que sur les rapports émis par des experts.
Me Armoogum : À partir de ces rapports, quels ont été vos déductions en tant que Chairman de la CNT ?
M. Dookun : Il est clair qu’il y avait une défaillance au niveau de ces autobus, surtout par rapport aux spécificationsque nous avions recommandées au départ et ce que nous avons reçu à la fin.
Me Armoogum : À l’issue d’un special board meeting tenu le 16 mai 2013, vous aviez fait état de votre réserve concernant la qualité et la fiabilité des autobus Blueline.
M. Dookun : Depuis 2008 nous avions remarqué des problèmes avec la qualité et la fiabilité de ces autobus. Il y a des problèmes à différents niveaux. Nous avions fait mention de ces problèmes au ministère du Transport intérieur.
Me Armoogum : Qu’est-il advenu de ces problèmes ?
M. Dookun : Un expert indien avait fait un rapport et devait conclure que les autobus étaient en bon état, que c’était le servicing qui n’était pas bien fait.
L’ancien Chairman de la CNT devait par la suite expliquer que la carrosserie de l’autobus Blueline accidenté n’était pas celle préconisée par le board de la compagnie.
M. Dookun : Je tiens à dire que la façon dont l’autobus était endommagé le jour de l’accident nous a choqués. Nous avions été clairs sur les spécifications, on voulait des structures métalliques galvanisées mais nous avons trouvé que la structure avait été remplacée par de la fibre. Bis la pa ti pou écrasé koumsa si ti fer structure la kouma bizin !
Me Armoogum : Vous voulez dire que la compagnie indienne Ashok Leyland ne prenait pas en compte vos recommandations ?
M. Dookun : En gros oui. Il fallait remplacer ces autobus, il y avait trop de problèmes au niveau des pièces de rechanges, de la consommation de diesel, entre autres. En Inde, ces types d’autobus prenaient feu et avaient été retirés des routes.
Me Armoogum : Vous aviez fait quelques remarques par rapport à la délégation de la CNT qui était allée en Inde pour avaliser l’achat des autobus. Que vouliez-vous dire ?
M. Dookun : Suite aux rapports émis au niveau du board, nous avons été informés qu’une délégation de la CNT avait approuvé l’achat des autobus Blueline qui se trouvaient être des prototypes jamais utilisés auparavant. CNT ti bizin pa accepté prototype zamé inn utilisé ! Board pa au courant kinn donne aval pour sa bann kalité bis la !
Me Armoogum : En quoi les spécifications n’ont pas été respectées ?
M. Dookun : Quand la CNT avait initié son appel d’offres, il avait été clairement mentionné que les autobus devaient avoir une structure métallique galvanisée. Or, la structure que nous avons reçue était en fibre. Cette structure est plus fragile et offre une faible résistance à l’impact. Cette structure est aussi hautement inflammable et quelques parties étaient rouillées.
Me Armoogum : Quelle était votre opinion en tant que Chairman à cette époque sur ces achats ?
M. Dookun : Pour moi c’est une faute grave que ces autobus ont été livrés sans les bonnes caractéristiques.
Me Armoogum : Vous avez été Chairman du board de la CNT jusqu’au 15 juillet 2013, soit deux mois après l’accident. Étiez-vous au courant des causes de l’accident ?
M. Dookun : Les ingénieurs de la CNT n’ont pas eu accès à l’autobus après l’accident donc il n’y a eu aucun rapport de la CNT censé déterminer les causes de l’accident.
 
Suite à l’interrogatoire par Me Madeven Armoogum du ministère public, Me Mitilesh Lallah, qui représente les intérêts des employés de la CNT, devait demander au témoin s’il blâmait les délégués de la CNT d’avoir approuvé des prototypes. Le témoin a attesté qu’il y avait eu une altération des caractéristiques des autobus et que les délégués de la CNT qui se sont déplacés en Inde pour approuver ces autobus devaient assumer leurs responsabilités. Il devait insister sur le fait que selon l’appel d’offres, « les autobus fournis n’étaient pas conformes aux recommandations du Board ».
Rappelons que cette enquête vise à faire la lumière sur l’accident fatal de Sorèze du 3 mai 2013, où 10 personnes ont péri : le chauffeur Deepchand Gunness, le couple Sanjay et Priya Ujoodha, la ressortissante chinoise Hu Jiang Chan, Shakuntala Ramdaursingh, Ruth Marie Moutou, Amreen Bibi Lallmamode, Delphine Pokhun, Devesh Cheeneebash et Kamla Devi Soobroydoo.
Yarrick Bourquin