La National Research Week 2019, organisée en mars par la Tertiary Education Commission (TEC), a été l’occasion pour le département de “Creativity and Performance” de la School of Performing Arts du Mahatma Gandhi Institute de faire montre d’une créativité exemplaire. Cette institution a présenté, à travers une performance improvisée, une “Pratice-Based Research”, qui a pris au moins deux ans à se concrétiser. Cette école d’art souhaite changer la manière traditionnelle en favorisant la recherche de la pratique créative. Pour mener à bien ce projet, le département de “Creativity and Performance” a déjà fait une demande de financement à la TEC pour que les académiciens puissent se tourner vers une telle recherche. Adi Sankara Peruman, chef dudit département, revient sur ce parcours.

Comment est venue l’idée de présenter une « Practice-Based Research » dans les arts du spectacle ?
L’idée d’une “Pratice-Based Research”, en tant que nouveau type de recherche par rapport à la celle dite conventionnelle, a commencé il y a quelques années au Mahatma Gandhi Institute. En tant que “Performing Artists”, faire des recherches est dans notre “scheme of duties”. Lorsque nos académiciens font des recherches, nous constatons que celles-ci sont faites de manière très conventionnelle, c’est-à-dire comme tout le monde. Cette idée est venue de la directrice générale du MGI, Soorya Gayan, qui nous a demandé d’inclure la créativité dans notre performance. Après toutes ces années, où nous avons présenté des papiers de recherche au niveau national et international, c’est la première fois que nous avons présenté un “Practice-Based Research”. Nous avons révélé un item musical et une “Research Note” lors la présentation. Nous l’avons préparé de la même manière que nous présentons un papier de recherche. Grâce à cette performance, nous avons pu démontrer la recherche que nous avons effectuée et ses résultats. C’est une grande première à Maurice, au niveau du MGI et au niveau de la performance.

Quelles ont été les méthodes et les stratégies utilisées pour concevoir cette recherche ?
En ce qui concerne les méthodes et stratégies utilisées, l’équipe d’artistes et d’universitaires s’est penchée sur des questions et concepts clés, tels la créativité, la recherche, l’innovation, l’improvisation, la confluence culturelle, le dialogue culturel pour créer un cadre conceptuel et théorique. Nous avons aussi analysé les principaux précédents dans le domaine de la musique et de la danse indienne ainsi que leurs points forts et leurs points faibles. En outre, plusieurs séances de discussion ont été organisées. Elles ont été suivies par la préparation d’un plan directeur sur le processus de création. Les pratiques et les résultats passés ont été comparés les uns aux autres et à la pratique actuelle. Les résultats de cet exercice ont ouvert la voie à l’originalité et à des caractéristiques distinctives de la pratique.

Y a-t-il assez de recherches dans les « Performing Arts » ?
La TEC a mis l’accent sur les “Performing Artists” et la recherche. Nous avons plusieurs chargés de cours qui sont des “Performing Artists”. Je prends mon exemple. Lorsque j’ai présenté mon dernier papier en décembre 2018, c’était sur la contribution de la musique carnatique dans le développement de la culture à Maurice. Nous avons fait l’historique de ce style de musique à Maurice et son évolution où d’autres styles de musique ont fusionné. Mais nous n’avons pu le démontrer à travers un récital. Ce dernier est une recherche qui a été écrite. Cette recherche n’a pas été faite en un jour. Depuis 2017, le MGI a conçu l’idée d’avoir plus de visibilité à travers la promotion de la musique classique indienne pour une clientèle plus élargie de Maurice.

Il semblerait que vos spectacles attirent souvent les mêmes personnes alors que vous voulez toucher plus de monde. Comment faire alors que vous voulez promouvoir la musique indienne ?
Nous avons constaté qu’à chaque spectacle ce sont les mêmes personnes qui sont présentes. Mais j’ai eu l’idée d’organiser des spectacles à travers le pays, principalement dans les centres commerciaux, pour montrer à la population ce que nous faisons. Notre première expérience était à Bagatelle, où nous avions pris, comme base, notre musique classique et avons ajouté quelques autres instruments tels le saxophone, le “drumpad” pour donner naissance à une autre forme de musique. En présentant cet emballage, nous avons pu réunir au moins 5 000 personnes. Les gens sont venus de toutes parts pour nous écouter. Le niveau de nos présentations est très élevé. Nous sommes aussi partis à Trianon et à Floréal. Nous avons remarqué que ces styles de musique réunissent les Mauriciens de toutes les communautés. Pour cette année, nous voulons organiser encore d’autres animations musicales dans le nord. À travers ces animations, nous gardons le contact avec notre pratique et, de l’autre côté, nous arrivons à promouvoir la musique indienne. Grâce à ces performances, musique ou danse, la visibilité du MGI a augmenté. Ces partages ont culminé dans cette recherche. C’est au bout de deux ans que nous l’avons fait.

Y a-t-il assez de personnes qui s’intéressent aux « Performing Arts » ?
Nous avons beaucoup d’élèves qui apprennent la musique au MGI. De plus, nous avons un programme musical mensuel à la station de télévision nationale, où nous faisons la promotion des artistes locaux dans la musique et la danse indienne à Maurice. Chaque fin de mois, un artiste anime un spectacle de très haut niveau. C’est la seule plateforme que nous avons où le public peut voir le niveau des spectacles qui sont organisés.

Parlez-nous de la recherche que vous avez présentée ?
La matrice choisie dans ce cas était le “Raga Bairagi”. Compte tenu de ses notes, de ses traits saillants et de son contenu émotionnel, ce “Raga” a la capacité d’évoquer et de stimuler un état de sérénité, de quiétude et de paix. Un thème basé sur ce “Raga” avait ensuite été créé pour servir de refrain et autour duquel, maintes et maintes fois, les musiciens se livraient à des improvisations sur le terrain. Pendant plusieurs heures et jours de pratique, des pièces précomposées ont été mises en place par l’individu de même que le groupe pour la synchronisation et pour assurer un rendu de qualité.

Après cette « Practice-Based Research », verrons-nous d’autres recherches de ce genre à l’avenir ?
Nous ferons maintenant d’autres recherches basées sur notre performance. En tant qu’artiste, j’improvise mais je ne l’ai jamais présenté comme une recherche et c’est perdu. Donc on s’est dit pourquoi ne pas mettre sur papier notre improvisation. En ce faisant, ceci devient une “Full Based Research”. Nous n’avons jamais pensé à le faire. Ceci inspirera les académiciens et d’autres étudiants au niveau de la maîtrise. Nous attendons que la TEC publie cette première recherche au niveau des “Performing Arts”. Nous voulons montrer ce métissage, le partage et l’échange musical.