Ce matin a débuté, dans le procès sur le meurtre perpétré sur la personne de Michaela Harte, qui entame sa troisième semaine d’audition, l’interrogatoire de Raj Theekoy, un ancien collègue de travail des deux accusés, Avinash Treebhoowon et Sandip Moneea. Principal témoin à charge, il a répondu de manière catégorique aux questions de Me Mehdi Manrakhan, Leading Counsel de la poursuite. « Mo ti akot lasam 1021. Mo finn rekonet Avinash ek Sandip sorti dan kote 1025, par zot profil drwat », a-t-il dit.
En début d’audience, le juge président, Pritivirajsing Fekna, a invité les personnes présentes à observer une minute de silence en mémoire de l’ancien Chef juge Rajsoomer Lallah, à qui il a rendu hommage. La cérémonie funéraire de l’illustre défunt étant prévue en début d’après-midi, le juge a fixé à 11 h 30 l’ajournement les travaux du procès afin de permettre aux avocats engagés dans la présente affaire, s’ils le souhaitent, d’y assister.
Raj Theekoy, 35 ans, habite Cottage. Marié, il est père d’un enfant. Depuis cette affaire, il ne travaille pas. Avant de prendre de l’emploi au Legends, il était apprenti coiffeur et s’est joint au secteur hôtelier en 2005, quand il a pris de l’emploi au Marina comme valet de chambre. En 2009, à la suite d’un incident, il a quitté ce complexe, et par la suite il a été recruté par l’établissement de Grand-Gaube, toujours comme valet de chambre. Pour son témoignage dans le procès, il a bénéficié d’une immunité totale du Directeur des Poursuites publiques (DPP), pour relater toute la vérité dans cette affaire.
Interrogé par Me Manrakhan, il a expliqué que le 10 janvier 2011, vers 14 h 45, alors qu’il avait complété sa tâche, il voulait savoir comment cela allait pour son collègue Treebhoowoon et s’il avait terminé lui aussi. Il a laissé son chariot à côté de la chambre 1021, dont il venait de terminer le nettoyage et a pris la direction de la 1025.
Arrivé devant la porte, il a constaté que celle-ci était fermée à clé, mais que le chariot de Treebhoowoon, sur lequel était inscrit le nom de ce dernier, était à côté de la porte. Dans l’engin, il y avait des vêtements sales. N’ayant pu voir son collègue, il est parti.
Continuant son récit, le témoin a dit qu’après avoir fait quelques pas, il a entendu une voix de femme qui criait « Aah ! » à trois reprises. Il s’est dit que le mari et la femme se bagarraient. Mais la curiosité l’a poussé à attendre pour voir qui sortirait de la chambre. Il est allé à côté de la 1021, chambre qui ne se trouve pas trop loin de la 1025.
Le témoin a fait remarquer que là où il était, il ne pouvait voir la porte de la 1025, parce que le couloir forme un L. Mais cinq minutes plus tard, il a vu les accusés N°1 et 2, qu’il a identifiés en Cour, sortir de la direction de cette chambre. « Mo finn rekonet zot par zot profil drwat. Mo finn trouve ki zot ti inpe trakase ».
Lorsque Treebhoowoon est passé à côté de lui, Theekoy a noté qu’il était tout mouillé. Il a même passé sa main sur la figure. Une dizaine de minutes après, il lui a demandé ce qui s’était passé. « Li dire mwa narien finn arrivé », a ajouté le témoin.
Quant à Sandip Moneea, poursuit Theekoy, il a pris un autre chemin. Mais trois minutes après, le témoin l’a vu. Il parlait à voix basse à Avinash Treebhoowoon dans un coin. Puis il a remarqué que Brice Hulot, le directeur de l’hôtel, et d’autres employés de l’administration se rendaient en direction de la chambre 1025. « Kapav finn ariv enn problem divan, nou al guete », a alors lancé Sandip Moneea.
Les trois ont suivi M. Hulot et dans la chambre précitée, ils ont vu le corps d’une femme sur le parquet. Son mari, en pleurs, était penché sur le cadavre en disant « Please save my wife ». Le témoin et ses collègues ont été priés par le directeur de quitter les lieux.
Raj Theekoy, voulant savoir ce qui avait pu se produire, dit avoir interrogé l’accusé N°1, mais ce dernier s’est tu. Par contre l’accusé N°2, soutient-il, l’a menacé en ces termes : « Si to ouver to labous, pou ris twa dan sa case la. »
Raj Theekoy a soutenu qu’il était pris de peur et que c’est pour cela qu’il n’a rien dit à la police le même jour. Le lendemain, lorsqu’il fut transporté pour comparaître en Cour, il a pu parler à sa femme, qui lui a dit de dire tout ce qu’il savait. C’est alors qu’il a eu le courage de tout raconter à la police.
Après quelques questions de Me Rama Valayden, avocat de Sandip Moneea, l’audience a été levée. Le contre-interrogatoire du témoin par Me Valayden devait reprendre dans l’après-midi.