De retour d’un séjour à Agaléga, un visiteur offusqué par l’ampleur des déchets entassés sur les plages de l’atoll et l’abattage des tortues de mer se dit surpris par le laxisme des autorités sur place face à ces deux problèmes néfastes à l’environnement. Il est connu de tous que les superbes plages d’Agaléga sont régulièrement polluées par des déchets des bateaux — notamment en provenance du continent asiatique — poussés par les courants. Mais les plages ne sont pas les seules victimes de pollution. Des barils de carburant sont débarrassés dans des bois ou abandonnés ça et là. Quant à l’abattage des tortues, espèces protégées, il serait plutôt courant.
De passage au bureau de l’Outer Island Development Corporation (OIDC), Steve Clarisse, Assistant Resident Manager à Agaléga, dit ne pas être étonné par l’amoncellement de détritus sur les plages des îles du Nord et du Sud respectivement. «De par sa situation géographique, Agaléga est exposée aux forts courants de la région. Nous savons que la mer dépose un volume important de déchets sur les plages. Il y a un effectif de 20 personnes pour l’entretien de l’île. Une fois par semaine, cette équipe nettoie les plages. Mais, parfois, à peine les déchets enlevés, la mer en dépose d’autres», explique-t-il.
Quant aux barils, ce dernier, qui affirme que ceux-ci sont stockés dans un endroit spécifique, partage aussi l’avis de Gautam Davay, directeur de l’OIDC, sur leur recyclage. «On pourrait les couper et utiliser la partie inférieure comme contenant pour la culture de condiments ou de plantes d’embellissement. Il faudrait encourager les habitants à se tourner vers cette option. Par ailleurs, ces barils, usés et pourris, peuvent être transformés pour enrichir le sol d’Agaléga, pauvre en fer», explique Gautam Davay.
Visiblement, ce n’est que maintenant que l’OIDC songe à donner une nouvelle vie aux barils de carburants qui gâchent l’environnement de l’île. Abordant l’abattage des tortues, Steve Clarisse pointe du doigt les officiers de la National Coast Guard. «Si vremem ena labataz torti, Coast Guard ti bizin fer so travay !Il y a une dizaine d’officiers basés sur l’île du Nord censés patrouiller régulièrement. Il leur revient de s’assurer du respect de la loi relative aux espèces protégées», observe Steve Clarisse, qui affirme aussi ne pas être au courant de ce problème !
Interrogé sur l’utilisation du bateau de l’administration par des préposés du bureau pour la pêche sous-marine (une activité interdite), Steve Clarisse explique : «Nous utilisons le bateau uniquement à l’arrivée des cadres de Maurice pour pêcher de manière légale afin de nous approvisionner en poisson pour les repas !»Et dans le registre du trafic de poisson par des fonctionnaires en mission à Agaléga, Gautam Davay réfute catégoriquement ces allégations qui ne datent pas d’hier.«En quittant Port-Louis pour Agaléga, le bateau transporte un container de vivres frigorifiés pour les besoins alimentaires des fonctionnaires. Ce qui est juste et normal. Quand ce même bateau quitte Agaléga, ce container est censé être vide. N’est-il pas tout aussi normal que ceux qui ramènent du poisson à Maurice l’utilise pour les stocker le temps du voyage ?»se demande le directeur de l’OIDC.
Connectéà l’internet
Selon Gautam Davay, des projets de développements sont en voie de concrétisation pour améliorer la vie des habitants. Il cite, entre autres, l’aménagement d’une chambre froide au coût de Rs 3 M,d’un entrepôt, l’installation d’un système solaire pour l’approvisionnement en énergie, l’achat d’un tracteur, d’un van. D’ici à la fin de cette année, 10 familles de l’île seront bénéficiaires d’un nouveau logement. L’exportation de poisson salé d’Agaléga sur Maurice devrait également se faire, dit Gautam Davay. Ce dernier explique que grâce à la demande de Rodrigues pour des noix de coco d’Agaléga à des fins artisanales, l’île pourra diversifier l’exploitation des cocotiers.
Gautam Davay rappelle également que la connexion à Internet sera une réalité avant la fin de cette année. D’autre part, tous les Agaléens majeurs, dit-il, ont déjà eu leur nouvelle carte d’identité biométrique. Une équipe a fait spécialement le déplacement sur l’île dans cette optique. Pour ce qui est du développement du port et de la piste d’atterrissage, Gautam Davay a préféré ne pas élaborer sur ce sujet. «Travay la pe fer», a-t-il simplement déclaré.