De retour début juillet d’un dernier voyage à Agaléga,  les responsables de l’association Les Amis d’Agaléga expriment leur déception et leur amertume devant « l’immobilisme » des autorités pour donner suite aux nombreuses promesses faites par deux ministres et un député, qui étaient en visite dans l’archipel en début d’année. Ils n’ont vu, disent-ils, « aucun signe tangible » d’une démarche gouvernementale pour la construction  d’un nouveau pont et d’une piste d’atterrissage, de même que pour l’ouverture d’une ‘maternity ward’. Seul réconfort des familles agaléennes : les salaires des employés de l’Outer Islands Development Corporation, régie depuis le 1er juillet par le PRB. D’autre part, Les Amis d’Agaléga plaident pour une meilleure  représentativité des Agaléens au Parlement. L’association présentera une proposition bientôt à cet effet.
Cinq animateurs des Amis d’Agaléga – dont Laval Soopramanien, président de cette organisation – avaient effectué un  voyage dans l’archipel du 24 juin au 5 juillet derniers. Leur déplacement avait deux objectifs : un constat de la situation après la visite des ministres Aimé et Mohamed et de celle du député Adil Ameer Meea, ainsi que le lancement du deuxième volet d’un programme d’autosuffisance alimentaire portant sur l’agriculture et l’élevage, de même que  la poursuite d’un programme de formation à l’intention des adultes.
Deux points positifs ont cependant été relevés par Laval Soopramanien et ses amis durant ce dernier séjour. D’abord,  un « retour vers la terre », même si cette démarche est encore timide, et, ensuite, la décision des autorités de confier la grille salariale ainsi que les conditions de travail des employés de l’OIDC au Pay Research Bureau. Cette décision, en vigueur depuis le 1er juillet, permet aux employés permanents de l’OIDC de bénéficier des mêmes avantages que ceux travaillant dans la Fonction publique.
Mais les responsables de l’association constatent, avec une tristesse mélangée à de la colère, que les projets promis aux habitants, malgré les manifestations de mécontentement dans l’archipel en début d’année – et qui ne nécessitent pas d’investissements conséquents –, se font toujours attendre. « Depuis la visite de M. Aimé en février et celle de MM Mohamed et Meeah en mars, rien n’a changé à Agaléga. Tou bann promes inn rest ferme dan bwat koton », dit sévèrement Laval Soopramanien. « Nou rekonet ki lapis daterisaz pou pran inpe letan, me nou pa finn trouv oken sign ki pe renove lopital. Kot maternity ward ete ? » demande, irrité, le président des Amis d’Agaléga. Selon ce dernier, les autorités ne parlent plus de la   construction d’un nouveau pont depuis que l’actuelle jetée a été réparée. Laval Soopramanien rappelle les propos du ministre Aimé dans une interview accordée à un journal et selon lesquels le financement ne serait pas un problème pour le développement de  l’archipel. « Si finans pa enn problem, kouma misie Aime dir, ki fer pa pe kapav realiz bann proze pou amelior lavi popilasion laba ? Eski ena mank volonte », questionnent les cinq animateurs de l’association, qui sont rentrés de leur séjour.
Les cinq visiteurs ne sont pas aussi « happy » de la situation qui prévaut à la Jacques Lechartier G.S tant par rapport à l’environnement physique qu’au niveau de la performace académique. Lors de leur tournée dans cette école, ils ont en effet découvert que la cour n’était pas clôturée et, de ce fait, des parents débarquent souvent dans  l’établissement à n’importe quelle heure de la journée. « Ena six computer dan sa lekol la. Nou finn dekouver ki oken pa fonksione. Zot tou finn krash ! Il y a un manque de commitment, que ce soit de la part de l’école ou des parents », dit sans hésitation le président des Amis d’Agaléga. Ce qui l’attriste le plus, dit-il, c’est d’avoir été informé que les prochains résultats du CPE pour cette école seraient « catastrophiques ». « Zot pe dir ki person pa pou pass CPE e sa fer nou inkie pou lavenir zanfan Agalega », lance Lavan Soopramanien
Des Agaléens, qui sont arrivés à Maurice le 5 juillet par le dernier bateau, commentent aussi, avec une dose d’humour, le projet de rénovation d’un bâtiment situé à Roche-Bois appartenant au gouvernement et qui serait mis à la disposition des Agaléens pendant leur séjour à Maurice, en attendant le départ du prochain bateau. « Se minis Mohamed ki ti anons sa nouvel la kan li ti vinn kot nou. Nou kone ki ti enn parol anler, me nou finn al zet enn koudey kan mem », raconte un jeune père de famille.  
Ce qui peine aussi Les Amis d’Agaléga, c’est l’oisiveté des jeunes qui ne sont pas scolarisés, mais aussi la prolifération de l’alcool et d’autres problèmes sociaux ainsi que le manque de discipline des adultes dans la vie  quotidienne. Laval Soopramanien a noté, dit-il, un sentiment de découragement et de défaitisme dans la population parce que les habitants, selon lui, « ne croient plus » aux paroles des politiciens. « Sa fer nou leker fer mal se ki pe pase laba. Nou lasosiasyon determine pou redonn lespwar bann abitan laba e nou pou relev le defi », dit encore le président de l’association sur un ton déterminé.
Dès leur retour à Maurice le 5 juillet dernier, les dirigeants de cette association – avec l’aide de leurs habituels collaborateurs –, se sont remis à la tâche pour la rédaction d’un document concernant l’introduction d’un représentant d’Agaléga (un Agaléen ou une personne née de parents agaléens) dans un éventuel système électoral avec une dose de proportionnelle, calquée sur le modèle rodriguais. « D’après ce que nous entendons, la réforme électorale viendra et nous devons saisir cette occasion pour plaider pour Agaléga dans cette réforme. Il faut impérativement un représentant de l’archipel au Parlement à l’avenir. Tous les députés qui ont representé Agaléga jusqu’ici n’ont pas pris à coeur son développement. Zot ale, zot vini, nanryen pa sanze », affirme  L. Soopramanien. Cette association suggère que ce représentant soit parmi les candidats dans la circonscription No3, qui comprend la région de Roche-Bois, où vit la communauté des Agaléens à Maurice.