« Nos ressources génétiques s’érodent ; il n’y a pas de banque de semences à Maurice. Nous ne conservons pas nos ressources. Que consommerons-nous à l’avenir ? Quelle biodiversité agricole allons-nous léguer aux générations futures ? » s’interroge le manager du Mouvement Autosuffisance Alimentaire (MAA), Éric Mangar. Selon lui, en ne faisant rien sur ce plan, « Maurice met en péril sa sécurité alimentaire à long terme ».
« Si nous voulons développer de nouvelles variétés de plantes résistantes au changement climatique, il nous faut avoir déjà une bonne base de biodiversité agricole, dont nous ne disposons pas, et le peu qu’il nous reste dans notre variété de plantes est en train de diminuer à un rythme alarmant », lance Éric Mangar.
Pour notre interlocuteur, l’érosion des ressources génétiques est un gros problème au niveau mondial, « pas seulement à Maurice ». En 1996 il y avait, indique-t-il, environ 7 000 espèces de plantes pour la production agricole dans le monde. Aujourd’hui, elles ne sont qu’une trentaine qui fournissent environ 90 % de l’alimentation mondiale. De ces espèces, 12 comptent pour 70 % de la production alimentaire mondiale et quatre, à savoir le blé, le riz, le maïs et la pomme de terre, comptent pour 50 %. Éric Mangar s’interroge : « Qu’arrivera-t-il si un problème surgit au niveau de ces quatre variétés de plantes ? » Le monde d’aujourd’hui, déplore-t-il, ne considère plus l’agriculture comme une priorité.
Notre interlocuteur estime que le monde est trop dépendant envers un trop petit nombre de variétés de plantes, et « Maurice encore plus ». De ce fait, poursuit-il, la population mange mal et souffre de ce qu’il qualifie de « sécurité nutritionnelle ». « Il nous faut une grande diversité de produits alimentaires dans notre assiette pour prévenir les maladies non transmissibles qui sont majoritairement liées à une alimentation déséquilibrée. Nous savons tous que le nombre de cas de cancer est en hausse — environ 1 400 annuellement — et, selon les médecins, plus de 80 % d’entre eux seraient liés à notre mode de vie et à notre alimentation. Nous devons pouvoir faire le lien entre la production agricole, la nutrition et la santé », affirme-t-il.
Éric Mangar estime qu’on devrait accorder toute son importance à la petite agriculture « car elle aide à protéger la biodiversité, rend la nourriture disponible ». Elle joue également un rôle socio-économique important, tout en exposant les jeunes à l’agriculture. C’est la raison pour laquelle il demande au gouvernement de lancer un programme de production familiale, qui devrait aider à améliorer la production agricole et offrir une meilleure alimentation à la population.
Pour toutes ces raisons, Éric Mangar souhaite la création d’une banque de semences afin de réduire notre dépendance envers les semences importées. « Il nous faut pouvoir produire, ne serait-ce qu’une partie de nos semences localement ».