Les principales conclusions de l’étude sur les maladies non transmissibles effectuées en 2015 sur un échantillon représentatif de la population locale de 4 400 participants âgés de plus de 18 ans et rendues publiques par le ministère de la Santé pendant la semaine écoulée, tendent à montrer que les maladies dites silencieuses les plus mortelles à Maurice, comme le diabète et l’hypertension, sont en légère régression comparativement à 2009. Ce qui inquiète, c’est la montée de l’obésité. Cette 6e étude — qui a lieu tous les cinq ans depuis 1987 et qui a bénéficié de la collaboration du Baker IDI Heart and Diabetes Institute d’Australie et de Grande-Bretagne, du St Mary Hospital et de l’Imperial College de Grande-Bretagne et d’autres institutions de recherche de Suisse et de Finlande — a aussi montré une évolution de comportement plutôt positif chez les Mauriciens qui fument moins (de 21,7% en 2009 à 19,3% en 2015) — même si la propension du tabagisme chez les jeunes constitue un signal d’alarme pour l’avenir — et qui font plus d’exercice physique (23,7% en 2015 contre 16,5% en 2009). Malheureusement en terme de consommation d’alcool, la barre des 50 % a été franchie. Week-End s’est concentré sur cet aspect de l’étude.
Le constat est inquiétant : le nombre de consommateurs d’alcool est en hausse. De 48,5 % en 2009, elle est passée à 52,8 % en 2015. Cette donne n’a pas incité à plus de commentaires de la part des auteurs de ce rapport ou du ministère de la Santé sans doute parce que la majorité des personnes objets de l’étude (90%, 85,4 % d’hommes et 97,7 de femmes) ont affirmé consommer moins de « 2 drinks per day ». Pourtant, cette hausse des consommateurs d’alcool dans notre pays devrait en alerter plus d’un, d’autant que la progression des drinkers, et surtout des heavy drinkers, touchent de plus ne plus de jeunes, et de surcroît, de plus en plus de femmes, même si elles demeurent bien moins nombreuses que les hommes à s’adonner à l’art de Bacchus.
Croissance sensible pour la gent féminine
En effet, la consommation d’alcool demeure plus marquée chez les hommes avec 66,2 % contre 41% pour les femmes. Elle a néanmoins progressé seulement de 0,3 % chez les hommes lors de ces six dernières années, alors que chez les femmes, la progression est spectaculaire avec 7,2% de plus qu’en 2009.
Si chez les hommes la part de ceux qui déclarent n’avoir jamais bu (+1,6%) ou ne boire qu’une fois (-5%) ou deux à trois fois la semaine (+2,4 %) va dans le bon sens — malgré une augmentation inquiétante de la part de ceux qui consomment plus de quatre drinks pendant la semaine, les heavy drinkers, qui progressent de 6,4 % — ce sont les statistiques concernant les femmes qui sont les plus alarmantes. En effet, même si les taux absolus sont relativement nettement moins importantes que les hommes, tous les indicateurs ont viré au rouge. Par ailleurs, celles qui n’ont jamais bu et celles qui ont cessé de boire est en recul contrairement à la tendance générale. Ainsi, elles ne sont plus que 59,3 % à n’avoir jamais bu contre 64,2 % en 2009. De même les ex-drinkers ont reculé de 0,7%, alors que celles qui boivent, que ce soit une fois, deux ou trois fois ou plus de quatre fois la semaine, connaissent respectivement des croissances de 4,3 %,0,25% et 0,55 %.
On note aussi une progression sensible chez les jeunes filles (18-24 ans) : de 32,3 % à 38,9 % lors de ces dernières cinq années. La progression des heavy drinkers pour les deux sexes chez les jeunes devrait aussi constituer un wake-up alarm pour les autorités.
L’OMS : 3,6 litres d’alcool par Mauricien par an
Si cette étude ne permet pas d’aller plus loin en terme d’analyse pour la consommation d’alcool, il faut se référer à celle de 2014 ménée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et qui a été rendue publique en aôut 2015 pour éclairer notre lanterne. Cette étude a mis en exergue que le taux de prévalence des troubles de la consommation et de la dépendance à l’alcool est de 4,5 % à Maurice. Ce qui est 1,2 % supérieur à d’autres pays de la région africaine (3,3%).
Ce rapport de l’OMS affirme, par ailleurs, qu’entre 2008 et 2010, les Mauriciens âgés de plus de 15 ans ont consommé en moyenne 5,9 litres pour les hommes et 1,4 litre pour les femmes. Pendant la période d’étude précédente, cette consommation per capita était estimée à 3,8 litres loin derrière les 6 litres de moyenne consommée en Afrique. Il est également estimé que les buveurs seulement consomment en moyenne 13,2 litres par an en moyenne pour les hommes et 7,2 litres pour les femmes.
Ce rapport révèle, par ailleurs, que 13 % de la population sont confrontés au heavy episodic drinking, alors que pour les seuls consommateurs d’alcool, ce chiffre représente 40,7 %. Par ailleurs, toujours selon ce rapport de l’OMS, les Mauriciens préfèrent comme boisson alcoolisée, la bière (66 %), les spiritueux, le whisky, le rhum (21 %) et le vin (12 %).
Cependant, il est rassurant de noter que 56 % de la population de plus de 15 ans n’ont jamais consommé de l’alcool, que 12,2 % ont arrêté de boire et que 68 % se sont abstenus lors de la dernière année.
De sérieux problèmes de santé
Malgré une faible consommation, comparativement aux moyennes mondiales et africaines, l’alcool continue à poser de sérieux problèmes de santé à Maurice, selon l’OMS. Il résume en quelques chiffres les méfaits de l’alcool, car selon le rapport 2015, à Maurice, sur chaque 100 000 habitants, près de 31 en sont morts d’une cirrhose du foie en 2012. Par ailleurs, 15,5 % des décès lors d’accidents de la route à Maurice étaient pour la même année liés à l’alcool.
Dans ce rapport de l’OMS, il est également mis en avant que Maurice — contrairement à d’autres pays comme la Grande-Bretagne qui vient de renouveler la sienne début janvier 2106 où il est recommandé aux hommes et aux femmes de ne pas consommer plus de 6 pintes de bière par semaine à cause des risques de maladies du foie et du cancer — ne dispose ni d’un national policy, ni d’un action plan en la matière. Mais qu’il est prévu des restrictions d’âge pour la consommation hors domicile ou l’achat d’alcool (18 ans), d’heure et de lieu pour la vente, pour la conduite (0,05g/l), pour la publicité et le sponsorship. Il est également souligné que le gouvernement supporte des actions pour moins de consommation, mais qu’il n’existe pas de monitoring system.