Nombre de jeunes, dont des élèves, de Curepipe auraient, selon certains, sombré dans l’alcoolisme, transformant ainsi le centre ville en « bar à ciel ouvert », et ce en pleine journée. Ce comportement et le manque de sécurité qui y est associé inquiètent des habitants et le conseil municipal, qui s’est réuni mercredi.
Plusieurs jeunes sous l’effet de l’alcool ont tenté récemment de pénétrer dans la bibliothèque Carnegie alors que le personnel leur en avait interdit l’accès. Les choses se sont alors envenimées, et l’intervention de la police a dû être sollicitée. Cette affaire était d’ailleurs au coeur même des préoccupations du conseil municipal mercredi. « N’est-il pas temps de revoir la sécurité, en particulier, l’enceinte de la municipalité ? » a demandé le conseiller Iqbal Ah Kay.
Ils sont nombreux à se réunir en face de la mairie de Curepipe presque tous les jours dans l’après-midi pour consommer de l’alcool. Shabinaaz, la quarantaine et employée dans une banque du centre ville, soutient que les choses se sont aggravées cette année. « La consommation d’alcool dans la cour de la municipalité n’est pas nouveau. C’est un phénomène auquel les Curepipiens se sont habitués et qui touche désormais les collégiens. »
Filles et garçons se ravitailleraient dans certains supermarchés de la ville sans être le moindrement inquiétés. « À 15 ans, ils ne peuvent tenir l’alcool. Lerla mem zot zour dimounn ek rod batt zot », ajoute Stellio, marchand ambulant. « Nepli ena tifi ni garson aster. Tou le de met dan mem panie. Tou le de osi danzere. »
Plusieurs habitants sont d’avis que l’interdiction d’accès aux véhicules à l’artère principale longeant les bâtiments de la municipalité a mené à cette situation.
Pierre (32 ans) a lui aussi fait partie de ce groupe de jeunes qui profitait de l’espace autour de la municipalité pour prendre un verre. « C’était notre rituel les vendredis après les cours. Nous surnommions alors la cour de la municipalité “le bar municipal” », se remémore-t-il, précisant cependant que les contrôles de police se faisaient à fréquence régulière… « Désormais, les jeunes ne sont plus inquiétés car les véhicules de police ne peuvent plus circuler dans cette partie de la ville… »
Ces beuveries entre jeunes se terminent souvent en rixes. « Ce ne sont pas uniquement les jeunes de Curepipe qui viennent ici. C’est le seul espace où nous pouvons nous asseoir et nous retrouver entre nous sans être jugés », explique néanmoins Shane, 22 ans. Et à Ludmilla de renchérir : « Nous sommes d’une autre génération. Nous avons nos pratiques et nos habitudes. Il faut que la société accepte cela. Il est vrai qu’il y a des bagarres mais cela n’est pas très grave… »
La police indique pour sa part qu’elle procède souvent à des patrouilles. « Lorsqu’ils dérapent il est normal de les ramener à l’ordre », souligne-t-on au poste de police de Curepipe. Et d’ajouter : « Ce sont souvent des mineurs à qui nous avons affaire et ils savent qu’ils sont protégés par la loi. Dans le pire des cas, nous ferons appel à leurs parents qui souvent ne savent pas comment réagir… » soutient notre interlocuteur.
D’autres citadins, eux, estiment que leur sécurité est menacée. « C’est le rôle de la mairie d’assurer notre sécurité. Le comportement de ces jeunes sous l’influence de l’alcool est le prélude d’un avenir sombre pour la jeunesse de la ville lumière », soutiennent-ils.