Enceinte de cinq mois, elle épouse son petit ami, 18 ans, un ancien boxeur national
En septembre 2013, nous parlions d’une collégienne de 14 ans, une championne d’athlétisme et de cross-country qui faisait honneur à sa cité. Grâce aux lecteurs de Week-End, Alison Gaiquis, qui croulait déjà sous des médailles, a pu bénéficier d’équipements et de soutien pour vivre sa passion. Mais en janvier de cette année, la jeune fille est découverte dans un lieu isolé à Réduit par la police. Elle aurait été ligotée et agressée physiquement avant d’être abandonnée à son sort pendant des heures. Alison Gaiquis se remettait à peine d’une opération et s’apprêtait à reprendre ses activités sportives. Traumatisée, elle met fin à sa scolarité. Trois ans après notre rencontre avec une jeune fille qui se distinguait aux 800 et 3000 mètres, c’est une adolescente de 17 ans et qui deviendra mère dans quatre mois qui nous a reçus aux côtés de celui qu’elle a épousé en juillet dernier. En l’occurrence Grégory Agathe, un jeune boxeur de 18 ans. Pour elle, il quitte le collège, raccroche ses gants et cherche désespérément un emploi. Car le jeune couple, qui ne dispose de rien, a besoin d’aide.
“Je frappe à toutes les portes pour qu’ils arrivent à s’en sortir. Je ne sais pas trop comment m’y prendre. Ce qui est arrivé à ma fille a chamboulé notre vie et la sienne avant tout”, confie Nida André, 34 ans, en regardant affectueusement sa fille Alison et Grégory, l’époux de celle-ci. Quand les deux adolescents ont annoncé à leurs proches qu’ils avaient pris la décision de se marier, Nida André était tombée des nues. “J’avais du mal à comprendre cette décision. Pour moi, ils sont encore trop jeunes. Malgré la grossesse d’Alison, il n’y avait aucune urgence. Ils auraient pu attendre encore quelques années avant de se marier. En fait, je n’avais pas compris une chose essentielle. Ma fille allait mal et ce mariage avait une signification importante pour elle. Grâce à un ami, j’ai pu cerner l’état psychologique d’Alison ainsi que son choix. Du coup, je l’ai soutenue davantage et du mieux que je pouvais”, poursuit la mère de l’adolescente.
Le mariage, pour la jeune fille qui se remet encore de son enlèvement en janvier dernier, symbolise un rempart contre l’insécurité, le socle solide d’un foyer, la stabilité affective Avec Grégory, Alison se sent protégée, respectée et aimée. Et pour lui, amoureux de celle qu’il a rencontrée sur les bancs du collège, le mariage est un moyen pour eux de “rester toujours ensemble.”
 Alison Gaiquis n’a pas encore fini d’écrire son histoire, celle, comme nous l’écrivions à l’époque, “d’une jeune fille exceptionnelle”, d’une athlète et d’une championne qui raflait toutes les médailles sur son passage et qui rêve d’être coach. Un matin, en janvier dernier, alors qu’elle s’apprêtait à rentrer chez elle à Richelieu, deux hommes et une femme ont violemment interrompu ce rêve. Mais ils n’ont pas réussi à le briser. Car Alison veut coûte que coûte reprendre l’athlétisme. Ce matin-là, Alison se rend au collège accompagnée de sa soeur et de son petit ami, Grégory. Ne pouvant plus supporter ses maux de tête, elle décide de faire demi-tour et de rentrer.
 Vengeance ?
 “En route, je reçois un appel sur mon portable. C’est une femme, elle me demande de me rendre à Réduit pour récupérer un document en vue de m’inscrire au prochain cross. Je n’ai aucune raison de me douter d’elle à ce moment-là puisque je n’étais plus en convalescence, après une opération de l’appendice, et j’avais effectivement besoin d’un papier pour reprendre les compétitions”, raconte Alison.
Et de poursuivre : “Lorsque j’arrive au stade, la personne me rappelle et me donne rendez-vous un peu plus loin. Sur place, je réalise que l’endroit est désert, à part un 4×4 qui était stationné. Arrivée à sa hauteur, j’ai le temps d’apercevoir la silhouette d’une femme au volant avant que deux hommes qui avaient caché leur visage ne sortent du véhicule, me bousculent et me ligotent. Mes mains sont attachées à mes pieds. Ils me projettent à terre et me rouent de coups en m’insultant.”
Il est un peu plus de 10 heures quand Alison est abandonnée ligotée sur les lieux. “J’étais en état de choc, je ne pouvais plus parler et ni penser”, confie la jeune fille, qui avait glissé son portable dans une poche à l’intérieur du pantalon de son uniforme. Ce n’est que quatre heures plus tard qu’elle parvient, dit-elle, non sans mal, à extirper l’appareil de sa poche et de composer deux numéros d’urgence. Quand la police de la région découvre Alison, celle-ci est au plus mal, car elle a reçu des coups dans sa cicatrice. Elle est alors transportée en urgence à l’hôpital de Moka. L’affaire est évoquée dans les médias comme un fait divers.
“A ce jour nous ne savons pas grand-chose de l’avancement de l’enquête et si malgré la déposition d’Alison il y a eu interpellation ou pas. D’ailleurs, le sac d’école d’Alison ainsi que son portable sont encore à la police”, se désole Nida André. Pour la famille de la jeune fille, elle aurait sans doute été victime d’une vengeance amoureuse. “Un des hommes qui me frappaient m’avait lancé : to fer zanfan dimounn soufer !” explique Alison. Cette phrase, dit-elle, lui a fait penser à une relation chaotique qu’elle avait rompue.
 Assise dans le même salon où nous l’avions rencontrée il y a trois ans et où son beau-père avait accroché une cinquantaine de médailles et rangé des trophées, Alison n’est plus cette fille frêle à la voix fluette qui nous parlait de sa passion pour l’athlétisme et son admiration pour Usain Bolt.
Grégory Agathe : “J’ai besoin de travailler”
En trois ans, le nombre de médailles a doublé. Alison se retire de la pièce. Sa mère en profite pour confier : “Après son agression, Alison était prostrée sur elle. Elle déprimait et ne communiquait plus. Elle a quand même repris ses études au collège, car elle était en Form V. Mais ça n’a pas marché. Elle a abandonné l’école après le premier trimestre. J’aimerais qu’elle se rattrape pour obtenir son  School Certificate.”
De retour au salon, Alison tient dans ses mains un dossier avec des coupures de presse sur les courses auxquelles elle a participé ainsi que l’article de Week-End datant de septembre 2013. “Je tiens à dire aux lecteurs qui l’avaient beaucoup soutenue à l’époque qu’Alison a fourni des efforts et que leur aide n’a pas été vaine”, explique Nida André.
Les deux jeunes gens se sont mariés le 12 juillet. Grégory Agathe venait d’avoir 18 ans. Si Alison se distinguait en athlétisme, lui, il avait un avenir prometteur en boxe. Il n’a certes pas récolté autant de trophées que sa jeune épouse, mais sa collection attestait de son potentiel. Il avait même intégré l’équipe nationale et défendu les couleurs de Maurice à La Réunion. Comme Alison, il met fin à sa scolarité, alors qu’il double la Form IV. Et raccroche ses gants.
“J’ai travaillé pendant quelques mois dans une usine comme clerc”, explique-t-il. Actuellement, il cherche de l’emploi pour, dit-il, assumer son rôle d’époux et de père en devenir. “Je ne suis plus un adolescent. Je suis un père maintenant. Ma mentalité a changé. Je pense d’abord à Alison et je me dis que je voudrais lui offrir le confort qu’elle mérite. J’ai des responsabilités qui m’attendent et je voudrais travailler pour créer ce foyer”, confie Grégory Agathe.
Pour l’instant les deux jeunes gens vivent entre le domicile de leurs parents respectifs, dans des conditions modestes. Alison accouchera dans quatre mois et ne dispose de rien encore pour accueillir son nouveau né. Encore une fois, elle a besoin d’aide. Prête à devenir mère ? À cette question la jeune fille réfléchit. Elle appréhende les douleurs de l’accouchement. Par contre, elle a hâte, dit-elle, de reprendre les entraînements, car elle n’a pas abandonné son rêve de courir à nouveau. Elle rêve aussi de recommencer sa vie d’athlète aux côtés de Grégory, comme c’était le cas avant janvier dernier.