Le retour sur le podium mauve-orange de sir Anerood Jugnauth – qui a pris hier son premier bain de foule de portée nationale après sa démission – a galvanisé l’assistance où l’on remarquait nombre de jeunes venus l’entendre pour la première fois. L’impatience se faisait sentir parmi les militants qui ne cessaient de s’informer auprès des activistes sur l’heure de son arrivée. Il est 11 h 10 lorsque Rajesh Bhagwan interrompt son discours. Le couple Jugnauth, acclamé par la foule, parcourt les quelques mètres jusqu’au podium. SAJ, vêtu d’un ensemble blanc cassé, serre des dizaines de mains qui se tendent sur son passage. Il est accompagné de son épouse, drapée dans un sari rose-orangé. Les flashes de photographes crépitent alors que le couple monte sur l’estrade. SAJ est accueilli par Paul Bérenger et d’autres dirigeants de deux partis. L’ancien président se retourne et salue la foule, qui l’acclame dans une marée de drapeaux mauves-oranges, où se distinguent quelques quadricolores. Au-dessus de Port-Louis, un hélicoptère ne cesse de passer et repasser…
Le public bon enfant, contrastant avec le folklore hystérique des dernières années, et attentif aux différents orateurs, semble attendre surtout les discours de deux leaders du Remake 2000. Les interventions de Paul Bérenger et de SAJ sont précédées des traditionnelles pétarades. Dans la foule, des militants de la première heure se mêlent aux jeunes sympathisants, dont de nombreuses jeunes filles. En préambule à l’intervention de son ancien camarade des années de braise, Paul Bérenger rappelle son parcours de militant syndicaliste ponctué d’heures sombres, dont son emprisonnement, les blessures politiques, les déceptions. « Me zame mo finn gayn lamertume dan mo leker. Laz ki Anerood ek moi inn arive aster… » avant d’ajouter : « Sa fer moi enn gran plezir trouv tou bann militan kinn reuni zordi ». Sur cette note, il invite SAJ à prendre la parole. Tout le long du discours de ce dernier, Paul Bérenger se tiendra debout à ses côtés.
Sir Anerood Jugnauth, dans une intervention longue de près d’une heure, parle d’une voix ferme. Il ne s’interrompra que pendant trois minutes, le temps de la prière du muezzin. Lucide et cohérent dans ses propos, il use parfois même d’humour, faisant rire son public. SAJ ne cache pas son inquiétude de la tournure de la situation socio-économique du pays, laissant transparaître de la colère, surtout lorsqu’il évoque la prolifération de la drogue, un combat dont il avait fait, dit-il, son cheval de bataille au risque de sa sécurité et celle de sa famille.
A la fin du meeting, les deux leaders ont regagné par la suite leurs voitures respectives, souriants et visiblement satisfaits.