Il nageait dans le bonheur, comme il le dit lui-même en assistant samedi et dimanche au Tournoi International de Maurice de judo au gymnase Pandit Sahadeo. Un lieu très cher à Frédéric Feuillet, ancien DTN du judo à Maurice (1991-1994). Un retour aux sources qu’il savoure pleinement avec son fils Rémi sans vraiment tenir compte de tout ce qui se passait autour de lui, les résultats, les analyses, comme il le faisait il y a plus de vingt ans.
« C’est un bonheur de revoir les gens qui me sont très chers. C’est à Maurice que j’ai vécu mes plus belles années dans ma carrière d’entraîneur », s’exclame Frédéric Feuillet. Difficile dans de telles conditions de s’adonner à une analyse des combats opposant les Mauriciens aux Réunionnais. « Je suis trop heureux de me retrouver à Maurice. C’est une belle ambiance et j’ai bien aimé… Mais c’était un tournoi amical et je ne peux tirer de conclusion en si peu de temps », lança-t-il gentiment.
Frédéric Feuillet, qui a maintenant 51 ans, avait débarqué à Maurice en février 1991 à 29 ans. Il s’en souvient encore comme ci c’était hier. « À la veille de mon départ pour Maurice, j’étais encore entraîneur de club en France. Et le jour suivant, j’étais devenu DTN. C’est un changement que je ne peux oublier. Mon passage à Maurice a transformé la suite de ma carrière. Après, je suis devenu conseiller technique itinérant aussi connu comme conseiller sportif itinérant au Cameroun, au Gabon et sur toute l’Afrique. Ce poste a d’ailleurs disparu avec la création de la Coopération française quelques années plus tard. »
L’arrivée de Feuillet avait été précipitée par la débâcle subi par judokas mauriciens aux Jeux des îles à Madagascar. « Maurice venait de prendre une raclée en ne récoltant qu’une seule des 14 médailles d’or tant en masculin qu’en féminin. C’est ainsi que Michael Glover, à l’époque ministre de la Jeunesse et des Sports, me fit venir. L’objectif était on ne peut plus clair : remporter des médailles d’or en 1993 aux Seychelles et donc défrichir le lieu, fabriquer au moins un champion dans chaque catégorie et les guider vers le succès. On a alors commencé à mettre en place les structures de haut niveau avec les moyens du bord. Les entraînements se déroulaient trois fois la semaine au collège Royal de Port-Louis. Et je dois dire qu’on a réussi. La génération composée des Priscilla Cherry, Marie-Michèle St Louis, Alain Loumeau et Antonio Félicité a bien duré une dizaine d’années. Ils étaient mes élèves. Aujourd’hui, je suis très heureux de les revoir et de les voir s’occuper des jeunes. C’est un petit monde que je continue d’apprécier avec ses dirigeants que je connais également et qui sont toujours là. Maurice aura été une véritable aventure humaine. C’est ici que j’ai commencé à voyager avec une équipe sur le continent. C’était mon premier poste en tant que DTN. Juste après mon arrivée, il y a eu les championnats d’Afrique en Tunisie. Au total, il y a bien eu une vingtaine de médaillés africains qui ont émergé de la génération qu’il a entraînée. Environ cinq ans après, Jean-Claude Raphaël atteignit les quarts de finale des JO 2000 à Sydney,» note-t-il avec fierté
Depuis son départ en 1994, Frédéric Feuillet avait eu l’occasion de revenir dans l’île en 2001 pour y conduire un stage. Ensuite, il est rentré à Paris pour occuper en 2002 le poste de Conseiller technique régional en Alsace. Plus de dix ans après, le voilà qui revient avec son fils, qui est né à Maurice il y a vingt ans. « C’est aussi une des raisons pour lesquelles je suis revenu. Je voulais que Rémi découvre le beau pays où il est né. On a été du côté de Tamarin, dans le nord et des endroits que je connais bien. Il en a été émerveillé et trouve que Maurice est un pays où il fait bon vivre. » Rémi Feuillet s’est imposé en -90 kg dimanche lors du tournoi international.
Depuis 2007, Fredéric Feuillet est Conseiller technique régional dans le département de l’île de France à Paris. Professeur d’éducation physique de formation, il a été détaché au ministère des Sports français. « Ici, rien n’a changé. Le gymnase est toujours le même qu’il y a vingt ans. Les dirigeants aussi, sauf le nouveau président. Mais les jeunes sont plus nombreux qu’à l’époque où j’étais là. Il y a aussi plusieurs écoles régionales. Tant mieux pour le judo mauricien », s’est-il réjoui.