Las d’être stigmatisés et discriminés, les anciens toxicomanes souhaitent se mobiliser pour faire entendre leur voix afin qu’ils soient considérés comme des êtres humains. N’ayant aucune place pour discuter, ils ont participé à une réunion au cimetière St-Georges, Cassis, le dimanche 17 juin, à l’appel de l’association Tann nou lavoi.
Il est aux alentours de midi quand nous rejoignons les participants à la rencontre. Le cimetière, habituellement désert, accueille plusieurs dizaines de personnes. Tann nou lavoi les a conviées pour tenir sa rencontre de counselling. Le choix d’un tel lieu est motivé par le fait que des personnes ont demandé à la police et à la municipalité de leur interdire l’accès à des endroits plus adaptés : centres, salles, jardins publics…
Coup de pouce.
Assis à l’ombre d’un grand arbre à proximité des tombes, ils sont attentifs aux propos d’Hervé Marianne et de Sylvain, animateurs de l’association. Ces derniers seront rejoints par d’autres : Dhiren Moher de Vivre +, Noormamade Peerbuccas, responsable de Tann nou lavoi, des représentants du Centre de Solidarité et de LacazA, entre autres. Au loin, quelques rares visiteurs, venus se recueillir sur les tombes de leurs proches disparus.
Ceux qui sont réunis sous l’arbre sont des laissés pour compte. Sans le soutien de Tann nou lavoi et d’autres ONG, ils auraient sans doute baissé les bras et se seraient laissés mourir, comme certains de leurs camarades. Ils tentent tant bien que mal de survivre et de se faire accepter dans cette société où on évoque souvent les droits de l’homme, l’égalité des chances, la réhabilitation et la réintégration sociale.
Pour avoir cédé à la tentation de la toxicomanie, et même s’ils ont purgé une peine d’emprisonnement et ont décidé d’arrêter de se droguer, ils demeurent des exclus. Ils veulent se racheter, mais ont besoin de ce petit coup de pouce qui fait la différence.
Sevret avek mamba-la.
En dépit de leurs compétences dans certains travaux manuels, ils sont au chômage, car ils ne peuvent pas produire des certificats de moralité. Ceux qui ont pu se faire embaucher ont été licenciés lorsque leurs employeurs ont appris qu’ils suivaient un traitement de désintoxication. Faute d’emploi, rejetés par les membres de leurs familles et sans le sou, ils errent les rues, leur seul lieu de refuge, de jour comme de nuit.
D’où la demande de Dhiren Moher : pour faciliter la réintégration d’une personne qui quitte la prison après avoir purgé sa peine, le certificat de moralité devrait être octroyé au bout de six mois au lieu de dix ans.
Souvent pointés du doigt, ils n’ont plus la force de lutter. Certains prennent d’autres substances, même s’ils sont sous méthadone. Vivement rabroués par les animateurs de Tann nou lavoi, ils sont invités à prendre l’engagement de “sevret avek mamba-la” (d’arrêter avec la drogue). C’est leur seule chance de salut, leur a-t-on fait comprendre. “Nounn lite pou gagn Metadon. Aster kinn gagn li, zot bizin swiv tretman-la kouma bizin”, exige Hervé Marianne.
Ce dernier admet qu’il n’y a pas d’encadrement approprié pour sortir de la toxicomanie. Les membres de l’association soulignent que ceux qui commettent toujours des vols ne le font pas “parski zot kontan al dan prizon”, mais pour avoir de quoi se nourrir. Les travailleuses du sexe, elles, doivent subvenir à leurs besoins les plus élémentaires.
Nounn rezete.
Après avoir été réprimandés, les participants se mettent à exprimer leurs doléances. Reproches aux autorités, à certains membres du personnel hospitalier, à la société, aux ONG qui se font de l’argent sur leur tête, mais de qui ils n’ont “pa mem enn roupi”… Ces personnes demandent des choses simples : considération, compréhension et respect de leurs droits et de leur dignité. Citoyens de la République de Maurice, ils soulignent qu’ils ont aussi leur place dans la société, qu’ils invitent à effacer leurs fautes. Ils constatent que “mem ki nou nepli dan ladrog, nounn rezete”.
Chaque matin, après leur dose de méthadone, ils se retrouvent souvent en bordure de route pour discuter entre eux. On leur reproche de manquer d’égards pour les passants. C’est ce qui expliquerait les protestations des habitants des localités où le ministère de la Santé a ouvert des centres pour la distribution de méthadone. Mais les bénéficiaires répliquent : “Si nou ti ena enn travay, nou ti pou gagn kiksoz pou fer e nou pa ti pou res la.”
Humains.
Vivant avec le VIH, d’autres déplorent qu’ils n’arrivent pas à manger à leur faim alors que leur traitement exige une alimentation équilibrée. Entre payer le transport pour suivre leur traitement ou acheter de quoi manger avec le peu d’argent qu’ils arrivent à trouver parfois, le choix est vite fait. Certains se plaignent qu’aux yeux du public, ils sont considérés comme des fainéants qui ne profitent même pas d’un traitement gratuit.
Il n’y aurait également pas de suivi médical approprié. “Avek metadon, gagn problem ledan, me dantist pa le get nou e pe les nou ledan pouri.” Par ailleurs, ils sont nombreux à souffrir d’Hépatite C, mais ne reçoivent aucun traitement pour cela. “Ki serti donn nou metadon me les nou mor ar Hepatit C ?”
Dimanche à Cassis, les animateurs ont exhorté les personnes présentes à mettre de côté leur individualisme et d’être plus solidaires pour mieux faire “tann zot lavoi”. Dhiren Moher et Noormamade Peerbuccas leur ont fait comprendre que c’est ensemble qu’ils seront plus forts.
Dhiren Moher veut continuer à lutter pour l’amélioration de la vie des toxicomanes et ceux qui sont porteurs du VIH/Sida. “Personn pa kapav pran nou dignite. Nous devons lutter pour notre dignité, peu importe ce que nous sommes : anciens toxicomanes, travailleuses du sexe, porteurs du VIH/Sida. La société doit nous considérer comme des humains avant tout.”