Cela fait 12 ans que la compagnie française aérienne Corsair dessert Maurice à partir de Paris-Orly, et le moins que l’on puisse dire c’est que son succès ne se dément pas. Si son implantation dans les lignes régionales rencontre une résistance pour la protection des compagnies aériennes locales, Corsair n’en fait pas une obsession et dit se montrer patient. En attendant, son directeur général adjoint et des affaires commerciales, Antoine Huet, en visite à Maurice la semaine dernière, est venu annoncer avoir développé un partenariat avec la compagnie aérienne britannique easyJet qui est susceptible d’accroître son flux de passagers pour Maurice de 10%. Une perspective qui pourrait ramener du baume au cœur de l’industrie touristique pendant la basse saison de l’hiver mauricien

Antoine Huet, quelles sont les raisons derrière votre nouvelle visite à Maurice ?

Nous sommes revenus à l’île Maurice pour rencontrer les autorités mauriciennes, notamment les responsables du Tourisme, le ministre et le président de la MTPA, pour faire le point sur les saisons écoulées et le plan d’action pour l’avenir, sachant que Corsair est un acteur majeur dans le développement du tourisme au départ de la France sur Maurice. Nous en avons aussi profité pour introduire Jules Perreau, notre nouveau directeur régional pour l’océan Indien, qui est arrivé il y a quinze jours à La Réunion. C’était l’occasion de le présenter à l’ensemble des autorités mauriciennes et aux services français basés à Maurice.

l Qu’avez-vous annoncé de particulier aux autorités mauriciennes ?

Nous sommes venus avec de bonnes nouvelles pour les autorités, avec le renforcement de nos vols directs pour la haute saison mauricienne, au départ de Paris-Orly. Pour leur confirmer d’abord les résultats positifs de la nouvelle classe affaires que nous avions lancée ensemble. Ensuite, le succès sur la destination Maurice, où il y a une clientèle aisée — des golfeurs par exemple — qui souhaite voyager dans de bonnes conditions. Enfin, la réussite de notre partenariat avec Michel de Matheis, le chef du Royal Palm, qui a dessiné notre carte-menu pour la classe business au départ de Maurice.

 Et pour l’immédiat ?

Ensemble, nous avons tracé les perspectives de développement et les campagnes futures. Dans ce cadre-là, nous leur avons annoncé la bonne nouvelle de la signature d’un accord de partenariat entre Corsair et easyJet qui va permettre, à terme, sur la plate-forme d’Orly, d’offrir des correspondances sur la France et toute l’Europe, avec un produit qu’on appelle Self-Connect, entre les vols Corsair et les vols easyJet.

 Expliquez-nous ce concept de Self-Connect avec easyJet ?

Le Self-Connect est l’avenir du transport aérien. À travers une offre principalement sur internet, les clients pourront acheter un billet easyJet, un billet Corsair et un package de correspondances. Ce package inclut la possibilité de confier son bagage au transporteur qui s’en occupe totalement, d’avoir une assurance en cas de retard de l’un ou des deux intervenants, et d’avoir une assistance pour une prise en charge s’il y a besoin d’être rerouté. C’est un package qui assure la tranquillité du passager. En même temps, il maximise le meilleur tarif sur easyJet et sur Corsair. Ce partenariat permet de faire un trajet Londres-Maurice, Berlin-Maurice, Francfort-Maurice grâce au réseau easyJet sur l’Europe et au réseau long-courrier de Corsair. Corsair amènera les passagers d’easyJet à Maurice. Ils pourront aller au-delà du réseau européen grâce aux correspondances que leur offre Corsair à Orly. C’est un produit tout simple qui ne demande pas de développements informatiques compliqués, que nous sommes en train de mettre en place. Le lien avec easyJet est déjà fait. Il nous reste maintenant à mettre en place, avec un opérateur aéroportuaire, le produit concrètement sur la plate-forme d’Orly.

Je prédis que ce sera un produit qui aura un beau succès. l Combien de passagers supplémentaires envisagez-vous sur la destination mauricienne avec ce projet ? Nous estimons pouvoir augmenter notre nombre de passagers de plus de 10%. Ce qui est intéressant, c’est aller chercher d’autres passagers européens. Les caractéristiques du passager français sont qu’elles sont très saisonnières. Le Français qui va à Maurice, c’est essentiellement pendant l’hiver européen. En été, il a d’autres priorités. Il fait soit du tourisme en France, soit dans les pays proches comme l’Espagne, l’Italie et la Grèce. En revanche, le passager anglais, allemand ou nordique, par exemple, va aller aussi loin l’été. Il est moins saisonnier. Il va nous permettre de poursuivre notre offre aussi bien pendant la basse saison mauricienne. l Quel est le response des autorités mauriciennes à cette offre prometteuse ? Nous leur avons présenté notre offre mercredi matin et elles ont paru extrêmement intéressées. Dès que le produit sera prêt, elles seraient tout à fait d’accord pour faire avec nous des campagnes de promotion dans tous les pays concernés. On a senti un très bel accueil de la part des autorités sur ce produit de correspondances.

l Et cela se matérialisera quand ?

D’ici à la fin de l’année on aura fini et on pourra commencer début janvier à démarrer les campagnes pour le cours de l’été 2019.

12 ans après, quel bilan faites-vous de l’implantation de Corsair à Maurice ?

Le bilan est extrêmement positif. Nous avons observé une croissance très forte de nos passagers et avons prévu de mettre en offre pour l’hiver (en Europe) 2018 quasiment 100000 sièges sur cette destination. Ce qui représente une croissance très importante de près de 10%. La preuve que nous croyons en la destination et que nous pensons que le potentiel de développement reste intact sur cette destination au départ de la France.

Corsair a affiché ses ambitions de se positionner sur les dessertes régionales dans l’océan Indien. Où en est ce projet ?

C’est vrai que c’était un projet important pour nous. Nous avons depuis toujours eu la possibilité de le faire. Nous avons desservi la ligne Réunion-Mayotte quand nous disposions d’avions capables de le faire. Nous avions ouvert la ligne entre La Réunion et Madagascar mais, malheureusement pour nous, cette autorisation nous a été retirée. Ce qui est dommage car nous avions réussi à induire un trafic de près de 28000 personnes en un an. Par ailleurs, nous avons régulièrement proposé au gouvernement mauricien de pouvoir mettre à son service nos avions, qui passent leurs journées à La Réunion, pour desservir Maurice et La Réunion. Pour l’instant, nous n’avons toujours pas d’autorisation.

 Les autorités vous avaient fait comprendre comprendre que la desserte Maurice-Réunion est très importante pour Air Mauritius. Les choses ont-elles évolué ?

Je crois qu’il y a une écoute sur l’offre que l’on veut faire. Une offre qui, je le précise, ne se veut pas en concurrence avec la compagnie nationale mauricienne. Pendant la période de basse saison, c’est-à-dire l’été en Europe, nous avons des avions disponibles pour desservir cette ligne. Si le gouvernement le souhaite, on peut modifier l’accord aérien pour nous accorder l’autorisation pour quelques fréquences. On pourrait très bien construire des packages uniquement avec des hôteliers et vendre des tarifs uniquement intégrés à des packages. De cette façon, on ne va pas du tout concurrencer la compagnie nationale sur son trafic régulier, mais nous allons vraiment induire un trafic complémentaire. La proposition est sur la table. Nous savons aussi que le gouvernement mauricien est un peu déçu de l’évolution du nombre de touristes réunionnais actuellement. Nous lui disons donc que nous sommes à sa disposition pour discuter avec lui des solutions possibles à travers notre offre.

 Le rêve de positionner Corsair dans les îles Vanilles semble donc lointain ? Il est à la fois proche et lointain. Il nous a fallu dix ans pour obtenir les droits de desservir Paris-Maurice. On les a eus en 2006. Cela fait 12 ans que nous sommes installés. Je pense que tout le monde est content du service qu’on a rendu et de notre contribution au développement touristique à Maurice. Nous serons patients. Nous avons le temps devant nous et quand on aura besoin de nous, on sera là.

 Quels sont les autres développements à venir chez Corsair ?

Nous allons confirmer d’ici à la fin de l’été les commandes d’avions pour remplacer nos 747 qui vont partir en 2020 et 2021. Nous sommes en discussions avec deux avionneurs, le choix n’a pas encore été arrêté. D’ici septembre, nous serons très contents de pouvoir annoncer la confirmation de nos commandes pour développer et faire grandir encore le nombre de dessertes sur la région.

Propos recueillis par Kathleen Pierre.