Après la démission de la State House et la déclaration fracassante de Sir Anerood Jugnauth, what next? La question est sur toutes les lèvres, d’autant que certaines échéances s’annoncent comme l’ouverture de la nouvelle session parlementaire avec la lecture d’un nouveau Discours-Programme, la célébration du 1er Mai et les municipales. C’est de tout cela qu’il sera question à la rencontre, demain à 10h30, à La Caverne, entre l’ex-Président et le leader de l’opposition.
On sait d’ores et déjà que les députés du MSM et du MMM boycotteront la présentation du Discours-Programme et que les commentaires de SAJ sur cet exercice ont été plus que lapidaires, l’ex-Président déclarant que le temps n’est ni au discours ni au programme, mais à l’action.
La direction des deux partis de l’opposition estime, d’ailleurs, qu’en procédant de cette manière et en venant avec un projet spécifique du PTr et du PMSD, Navin Ramgoolam conforte la thèse de ses adversaires à l’effet que l’actuel gouvernement issu est « illégitime », celui qui a reçu les suffrages des électeurs le 5 mai 2010 étant une plate-forme tripartite qui comprenait aussi le MSM. Aussi, la posture de l’opposition est de minimiser ou d’ignorer l’exercice du Discours-Programme et ses suites parlementaires.
Et s’agissant des travaux de l’Assemblée Nationale, il est très probable qu’après la lecture du Discours-Programme, il n’y ait pas de séance le mardi suivant, le 24 avril, soit à une semaine exactement du 1er Mai, les partis étant mobilisés dans cette perspective rehaussée par la nouvelle donne politique qu’est le retour de SAJ dans l’arène politique et le gouvernement ne voulant pas s’exposer à un tir de barrages de questions les unes plus embarrassantes que les autres à la veille de la fête du Travail.
Et ce n’est que le 8 mai que les travaux, sous la nouvelle session, démarreront. Cette période de répit parlementaire devrait permettre au PM et leader of the House de peaufiner sa stratégie et de vérifier la solidité de sa majorité, dit-on dans les milieux du PTr, encore que personne ne semble sûr de rien.
L’Assemblée Nationale entre parenthèses jusqu’au 8 mai, toutes les énergies seront déployées pour attirer la grosse foule pour la fête du Travail. Le PTr et le PMSD ont déjà dressé une première liste de sorties publiques qui devrait voir une ou deux participations personnelles du Premier ministre. Navin Ramgoolam ne veut pas apporter de l’eau au moulin de l’opposition en donnant des signes de panique et d’énervement et tient absolument à décider de son propre agenda et à maintenir sa position que la priorité de l’heure reste l’économie, comme il l’avait indiqué à sa conférence de presse du 17 mars.
Le MSM a lui aussi décidé de son travail d’organisation en vue du 1er Mai avec réunions et congrès à travers toute l’île. En sus de ses conférences de presse régulières et sur des thématiques précises de la part de ses commissions de travail et la présence de ses effectifs dans tous les débats organisés par les radios privées, le MMM lance sa campagne de mobilisation dès le 10 avril, le lendemain du lundi de Pâques, avec un congrès à Port-Louis suivi de sorties quotidiennes jusqu’au vendredi 27 avril avec un rassemblement à Bel Air et une réunion à Vacoas.
L’opposition joue le casting
Le tout devant culminer avec la tenue du rassemblement conjoint devant la municipalité de Port-Louis le 1er Mai. Avec pour orateur vedette Sir Anerood Jugnauth. Il n’est pas exclu que deux autres anciens présidents, Cassam Uteem et Karl Offmann, et un ancien vice-Président, Raouf Bundhun, marquent eux aussi à leur manière leur présence à ce rassemblement de l’opposition.
Le 1er Mai est très important pour l’opposition parce qu’elle espère qu’avec une démonstration de force réussie, elle parviendra à convaincre ceux de la majorité qui hésitent encore à faire le grand saut. Marquer le 1er Mai avant de vérifier le rapport de forces une semaine après au Parlement.
A prévoir, à cette réunion du 8 mai, une motion du PM proposant le nom d’un nouveau président de la République. Les paris sont ouverts quant à la succession de SAJ. La présence inhabituelle de Kailash Purryag aux côtés de Navin Ramgoolam à la pose de la première pierre du barrage de Bagatelle a été vue comme une indication que la carte de l’actuel Speaker pourrait être jouée si le PM décide d’envoyer un signal qui conforte son électorat traditionnel.
S’il optait pour Kailash Purryag au Réduit, le PM pourrait alors installer soit Yatin Varma soit Razack Peeroo au poste de Speaker. Deux éléments jouent, toutefois, contre Yatin Varma: sa jeunesse et sa carrière parlementaire plutôt courte. Les récents incidents avec le Président en pleine conférence internationale ont joué contre lui, le poste de Speaker exigeant une bonne dose de sang-froid et de retenue, voire d’impartialité.
S’il reste à son poste d’Attorney General, c’est, selon toute probabilité, Razack Peeroo – très prudent dans ses sorties publiques contrairement à ce qu’il faisait jusqu’ici – qui pourrait faire figure de candidat idéal pour le poste de président de l’Assemblée Nationale. Il a l’avantage d’entretenir de bonnes relations avec la plupart des dirigeants des partis représentés au Parlement, il a une longue expérience d’élu et il sied bien à la stratégie du PM de se refaire une image dans un électorat en proie au doute depuis le débat sur le Best Loser System et les incidents de Quinze Cantons.
Si le gouvernement en arrive là, il restera tout de même les municipales. Un rendez-vous que redoute la majorité. Sa situation est très inconfortable. Non seulement cet électorat ne lui est pas acquis mais chaque jour qui passe dégoûte un peu plus les citadins des équipes PTr/PMSD qui gèrent toujours les villes.
A Port-Louis et à Curepipe, pas de quorum suffisant pour permettre la tenue des conseils, des conseillers ayant quitté la barque alors qu’à Beau-Bassin/Rose-Hill, du jamais vu avec des conseillers travaillistes qui font un walk-out en apprenant la belle enveloppe qu’a côuté l’escapade du maire PMSD à Marseille. Ce n’était pas pour la légendaire bouillabaisse mais pour une conférence sur l’eau, alors que BB/RH ne gère ni réservoir ni réseau de distribution.
Rentrée parlementaire, 1er Mai, municipales, la campagne ne fait que commencer .