Malgré tout ce qu’on a pu écrire et dire sur la question chagossienne, et en dépit de toutes les révélations de Wikileaks, il est tout à fait indiqué que le traité qui lie la Grande-Bretagne aux Etats-Unis pour maintenir la base de Diego Garcia sera reconduit  jusqu’en 2050.  Entre-temps, le gouvernement britannique a déjà adopté la stratégie  de favoriser le retour de quelques chagossiens sur la base d’une enquête qui est menée sans la moindre consultation avec le gouvernement mauricien.  Après de nombreuses tentatives honteuses et illégales des Britanniques de masquer l’utilisation de la base par les américains pour pratiquer la torture –  « illegal rendition and detention of prisoners » – des prétextes que des documents importants ont été endommagés par l’eau, de déclarer unilatéralement et sans vergogne les Chagos zone de protection marine, il est à parier que les autorités britanniques vont continuer leur politique de garder la main haute avec le soutien des Américains sur cette partie du monde,  et ce par tous les moyens.
Compte tenu de la récente déclaration du Premier ministre Navin Ramgoolam qui, pour la première fois au sein de l’Union africaine, exprime haut et fort que l’occupation des Chagos est une question d’ordre colonial, il serait intéressant de voir comment la politique mauricienne compte injecter une impulsion pour traduire ces propos dans les faits.  En prenant l’Union africaine à témoin, le Premier ministre dit clairement qu’il s’agit là d’une occupation de l’Afrique et que Maurice, pour être totalement indépendant, est en droit d’étendre sa souveraineté sur l’archipel conformément aux résolutions des Nations unies.  En suggérant que rien ne sera fait pour entraver les activités américaines sur la base de Diego Garcia, le Premier ministre fait le choix en filigrane  de discuter directement avec les Etats-Unis et donne carte blanche pour la continuation des activités des Américains à Diego Garcia…  Or, c’est pourtant avec les Anglais qu’on devrait discuter car ce sont eux qui ont pris la décision unilatérale de céder Diego Garcia aux Américains.  En admettant que demain cette souveraineté soit effectivement retournée à Maurice, qu’en sera-t-il du sort des chagossiens ?  Nos frères et soeurs chagossiens devront se poser la question car si la souveraineté est effectivement accordée, ce droit de retour devra se faire automatiquement et sans distinction.  Et dans ce cas, qui sera responsable de la réhabilitation et la ré-installation des chagossiens? Comment procédera-t-on pour l’exploitation de Peros Banhos, de Salomon et de quelque cinquante autres îles? Et quel sera le rôle des Britanniques dans le cadre de leur soi-disant zone de protection marine ?  Et les Mauriciens, auront-ils le droit de circuler librement sur l’archipel des Chagos ?  Il faudra se garder de faire une hâtive comparaison avec Tromelin car Diego Garcia est bel et bien habité par des milliers de travailleurs et que « Fantasia Land » comme le nomment les Américains, possède des infrastructures modernes sans compter son important effectif militaire. Pour le suivi de toutes ces questions, il est grand temps que Maurice songe à renforcer ses représentations diplomatiques pour s’occuper de la question de la souveraineté notamment au sein du Groupe africain, dans les grandes capitales diplomatiques et ce, de concert avec les groupes chagossiens.  La lutte a un coût et il faudra bien investir.
Si Maurice souhaite exercer sérieusement sa souveraineté sur l’archipel, les quelques interrogations soulevées plus haut devront trouver une réponse claire et limpide.  Les chagossiens devront être associés pour étudier les modalités d’un retour en exigeant une représentation au parlement comme pour Rodrigues.  Pour couper l’herbe sous les pieds britanniques, Maurice avec le concours de l’Union africaine pourrait  plaider son cas devant le Conseil de Sécurité sur la base de la violation flagrante  de la résolution des Nations unies concernant l’indépendance des pays colonisés.  Les anglais ont bel et bien violé cette résolution.  
Les légistes auront l’avantage de préparer bien à l’avance le terreau sur un terrain semé d’embûches. Les Anglais savent que l’enjeu est de taille pour conserver la suprématie dans cette partie du monde et ils feront tout pour compliquer la tâche à tous les niveaux.  Dans ce contexte, le Premier ministre a raison de porter la lutte au niveau de l’Afrique avec à juste titre la connotation coloniale. La lutte continue ….
Le 6 août 2014