L’enquête initiée au Central CID sur les cas d’arnaques financières, dont le préjudice pourrait être de Rs 1 milliard, devra amorcer dans les prochains jours un nouveau tournant à deux niveaux. L’intensification des démarches en vue de retracer les placements effectués au nom des compagnies concernées devra placer le réseau de Money Changers sous haute surveillance des autorités. Ensuite, avec la confirmation que les premières sociétés engagées dans des opérations financières illicites ont bénéficié de conseils et de soutien de membres du barreau, les autorités envisagent de faire un appel aux concernés pour venir de l’avant avec des voluntary disclosures quant à leur implication dans ces affaires en vue de faire la lumière sur ce scandale financier.
Le directrice de Sunkai Limited Bimla Ramloll a, elle, retrouvé la liberté provisoire après 19 jours de détention policière. Elle est toutefois coincée entre sa promesse de rembourser ses clients et les attachments orders émis par la Cour suprême contre ses comptes bancaires et ses avoirs.
À ce stade, les résultats obtenus dans le cadre du Money Trail des principales sociétés impliquées, soit White Dot International Consulting Co. Ltd. et Sunkai Co. Ltd., sont considérés comme étant nullement satisfaisants aux yeux des autorités. Bénéficiant de la coopération des banques commerciales concernées par les transactions de ces différentes compagnies, une infime somme de ces Rs 1 milliard présumées a pu être retracée.
Outre, l’enquête préliminaire en vue de confirmer le recours à la filière offshore pour ces placements, les autorités mettent actuellement en place une stratégie pour cibler le circuit des Money Changers.
« Il ne fait pas de doutes que d’importantes sommes d’argent avaient quitté Maurice sous forme de devises étrangères dans des valises. Nous allons mettre des Money Changers sous haute surveillance pour les besoins de cette enquête », indique-t-on dans les milieux proches des enquêteurs. Dans cette perspective, comme ce fit le cas dans l’affaire Gro Dereck, l’Office of the Director of Public Prosecutions (DPP) pourra assurer la coordination entre les limiers du Central CID, les responsables de la Banque de Maurice, de la Financial Services Commission et de la Financial Intelligence Unit pour retracer d’importantes opérations de change sur le marché au cours de ces derniers mois au nom des compagnies concernées.
Avec les plus importants suspects déjà sous contrôle judiciaire, suite à leurs inculpations provisoires, la chasse aux placements illicites à Maurice aussi bien qu’à l’étranger sera accentuée. L’objectif est de recouvrer le maximum de fonds possibles pour ne pas pénaliser les « genuine investors » avec leurs lump sums et autres VRS compromis.
D’autre part, les autorités comptent utiliser à fond les dispositions de la Financial Intelligence and anti-Money Laundering Act pour faire aboutir des enquêtes pour des délits de blanchiment de fonds. Dans un premier temps, les avocats et avoués, qui ont été partie prenante des différentes sociétés, faisant l’objet d’enquête – Sunkai Co. Ltd, White Dot International Consultancy Ltd, GilMar Z Associates Ltd, Emidore Trading Co. Ltd, VRM Consultants and Financing Co. Ltd et Gil Mar Investment Ltd –, pourraient être appelés à venir de l’avant volontairement pour des explications à la police quant à leurs rôles et responsabilités dans ces affaires.
Les autorités pourraient avoir des consultations avec le Bar Council ou la Law Society, voire l’Attorney General’s Office quant à la forme que pourrait prendre des voluntary disclosures. Après une période d’amnistie, les provisions de la loi devront être appliquées dans toute sa rigueur, indique-t-on officiellement.
Entre-temps, Bimla Ramloll alias Mme Kaba, qui a retenu les services de Me Yousouf Mohamed (Senior Counsel), a été remise en liberté provisoire contre le paiement d’une caution de Rs 200 000 lors de sa comparution en cour de Rose-Hill. La directrice de Sunkai Co. Ltd, qui compte environ 4 000 clients avec un placement minimal de Rs 25 000, clame encore son innocence dans le scandale financier défrayant la chronique depuis plus d’un mois.
Dans une tentative de se justifier, Bimla Ramloll affirme être en mesure de rembourser tous les clients ayant effectué des investissements de l’ordre de Rs 400 millions. Néanmoins, Mme Kaba est coincée entre sa promesse de remboursements et les attachment orders, émis par la Cour suprême le vendredi 29 mars et le mercredi 10 avril suite à des démarches entreprises par l’Assets Forfeiture Office sous la jurisdiction du DPP.
Aux termes de ces deux restraining orders, une somme de Rs 22 millions qui se trouvait dans le sac à main de Bimla Ramloll, le jour de son arrestation, a été placée à la Banque de Maurice de même que deux office cheques de Rs 32,9 millions en sa possession. Ses avoirs immobiliers, dont des appartements à Trianon, Flic-en-Flac et Blue-Bay, ont été gelés sur ordre de la cour. « Nous attendons voir où la directrice de Sunkai Co. Ltd ira puiser des fonds pour effectuer les remboursements annoncés et nous agirons en conséquence aux termes de la loi », laissent entendre des responsables de ce dossier aux Casernes centrales.
En marge de ces développements, le défilé des canvassers et des responsables de White Dot International Consulting Co. Ltd et de Sunkai Co. Ltd, dont Beemal Bissessur et Sanjeev Lutchoomun, se poursuivent au QG du Central CID. L’ex-policier Rambharuth, en état d’arrestation depuis hier, est interrogé sur son appartenance aux deux compagnies incriminées et également son portfolio de Rs 100 millions. Il devait comparaître en cour de Rose-Hill pour son inculpation provisoire.