On sait qu’ils sont les victimes des conflits. On dit qu’ils sont pauvres. Mais les Bédouins nous ensorcellent par l’artisanat traditionnel qu’ils ont développé, dont le tissage et ces tapis uniques qu’ils confectionnent à partir de la laine de mouton ou de chameau. Pour ceux qui prennent le temps de s’y perdre, la péninsule Arabique d’où proviennent les Bédouins offre les petits miracles d’un peuple nomade associé à la simplicité, l’accueil et l’authenticité. Le photographe Jano Couacaud et sa compagne Alexandra Schaub, de retour d’Egypte, partagent avec nous ces trésors cachés qu’ils ont dénichés et les savoirs-faire traditionnels du tissage des tapis bédouins.
Autour d’une petite cheminée, des tapis et des coussins. Avec la laine des chameaux, des chèvres et des moutons, les femmes bédouines font des tapis, des couvertures, des selles de chameau, des tentes. Historiquement, ces femmes tissaient non seulement les tapis mais aussi les autres ustensiles domestiques. Aujourd’hui, vivant dans des habitations précaires, elles préservent la tradition. Les Bédouins, nous dit-on, utilisent les tapis comme lit, pour s’asseoir autour du feu ou pour les poser sous la selle des dromadaires. Comment sont fabriqués ces tapis à la texture dense et aux couleurs vives ? Il faut savoir que la fabrication de tapis est une tradition familiale. Le métier à tisser traditionnel est installé à l’ombre d’une petite hutte de bois, souvent à même le sable. Les fils de laine s’étendent sur plusieurs mètres. Les lés sont d’une largeur de 50 cm environ. Ils sont assemblés, de 2 à 4 lés, selon la taille définitive du tapis. Les femmes passent de nombreuses heures à passer les fils de trame entre les fils de chaîne. Les motifs sont obtenus en utilisant des fils colorés. La laine est récoltée par les bédouins, sur leurs animaux ; chameaux, chèvres, moutons. Ils utilisent des oxydes naturels pour colorer les fils. Les tapis, sacs et autres objets en fils tressés sont vendus pour assurer un revenu supplémentaire aux villageois.
Chaque tapis est tissé, noué de trames et de motifs. Ce qui en fait un objet unique, original et d’une excellente qualité. Le tapis est confectionné pour durer toute une vie, dans le sable et le vent, exposé au soleil du désert. Si l’on aperçoit des irrégularités, c’est que le tapis est souvent tissé à plusieurs mains, l’une commerce le travail, l’autre prend la suite, en fonction du mode de vie de la tribu.
La laine utilisée pour le tissage des tapis provient exclusivement des moutons élevés par les Bédouins du Naqab. Une fois les moutons tondus, les femmes teignent la laine grâce à un système utilisant de l’eau bouillante et la regroupe en bobines. Il faut plusieurs jours pour tisser un tapis. Le travail est réalisé à la main et à l’aide d’un métier à tisser traditionnel fabriqué en pierre et en bois. Le tissage se déroule en racontant des anecdotes et révèle tout l’âme de femmes bédouines.