Le Copyright Bill, contesté par les artistes et critiqué par l’opposition, a finalement été adopté hier soir, à l’Assemblée nationale. Pour cela, il a fallu apporter plusieurs amendements. Le plus important est la révision de la composition du board de la Rights Management Society (RMS) pour faire de la place à trois artistes élus par les membres. Le Leader de l’opposition, Paul Bérenger, qui a apprécié cette démarche, a toutefois affirmé qu’on aurait pu faire mieux. L’autre discours qui a retenu l’attention est celui du ministre Shakeel Mohamed qui a démontré qu’il maîtrisait bien le dossier et a proposé l’introduction d’un quota pour la musique locale à la radio.
« Les amendements sont plus volumineux que le Bill lui-même », a fait remarquer Paul Bérenger d’entrée en matière. Celui-ci qui avait été très critique la semaine dernière concernant l’absence des artistes sur le board de la RMS, a adouci le ton après la révision de la loi pour faire de la place à trois artistes. Comme c’est le cas actuellement pour la Mauritius Society of Authors (MASA), ceux-ci seront élus par les membres de la société. Sauf qu’actuellement, ils sont sept représentants, alors qu’au sein de la nouvelle société, ils ne seront que trois. D’où la remarque de Paul Bérenger que le ministre Mookhesswur Choonee aurait pu faire mieux.
Toujours est-il que le leader de l’opposition considère que le Copyright Bill est « un pas en avant ». Il a reconnu que cette loi est de nature « très technique », raison pour laquelle il ne s’est exprimé que sur la partie politique. Il s’est interrogé sur l’absence d’un représentant du Bureau du Premier ministre ainsi que de celui des Finances au conseil d’administration de la RMS. Autant de raisons qui lui font dire que cette loi « needs further amendments ». Il a également regretté la division entre les artistes et trouvé « très triste » que ce n’est qu’hier matin qu’ils aient pu se réunir sur le Copyright Bill.
Le ministre du Travail, Shakeel Mohamed, qui a succédé à Paul Bérenger, a lui a aussi reconnu l’aspect « très technique » du Copyright Bill. Il a toutefois, en sa capacité d’homme de loi, démontré qu’il maîtrisait bien le sujet. Shakeel Mohamed a d’abord fait ressortir que le plus gros problème des artistes était le fait « qu’ils ne recevaient pas assez d’argent ». Et d’ajouter : « Ni ce Bill, ni aucun autre Bill ne pourra résoudre à ce problème ».
Il a alors proposé une série de mesures susceptibles d’augmenter les revenus. En premier lieu, il a fait ressortir que la MASA prélevait, à ce jour, 60 % des sommes collectées comme frais administratifs alors que les sociétés étrangères prélèvent un maximum de 30 %. « La première chose est de réduire les coûts. On ne peut plus laisser les fonctionnaires gérer la société. Leur salaire coûte plus que ce que perçoivent les artistes. »
Cette tâche, selon Shakeel Mohamed, ne reviendrait pas aux artistes non plus qui ne sont pas des gestionnaires. Il a suggéré une société sur le modèle de la Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique (SACEM-France), où les artistes composent le conseil d’administration, mais la gestion de la société est laissée aux experts en la matière. Il a aussi proposé le licensing et a cité l’exemple de la Copyright Licensing Agency (Angleterre) où le chiffre d’affaires est de 80 millions de livres et le « running cost », de l’ordre de 10 % seulement. « Il faut shifter vers une gestion plus efficace, c’est la seule façon d’être honnêtes envers les artistes ».
Un autre moyen d’augmenter les revenus, a soutenu Shakeel Mohamed, est d’adopter un quota sur la diffusion de la musique locale à la radio. Il a suggéré le modèle de la France avec 40 %. « Je suis choqué de voir que l’Independant Broadcasting Authority n’a aucune politique claire à ce sujet. Comment voulez-vous que nos artistes survivent ? »
Shakeel Mohamed a aussi fustigé la MBC pour ses pratiques. « Quand on fait un programme avec des artistes, il faut les payer avec les fonds de l’organisme et non pas leur demander d’aller chercher des sponsors. On leur doit du respect. »
En dernier lieu, le ministre du Travail a exprimé le souhait de voir les artistes de différentes catégories être représentés sur le board de la nouvelle société, tout comme le leader de l’opposition avant lui.