La saison 2016/17 de l’Association mauricienne d’Athlétisme (AMA) a pris fin hier au stade Maryse Justin à Réduit avec la tenue des derniers Championnats nationaux, soit ceux réservés aux jeunes des catégories poussines et benjamines. L’occasion pour Week-End de dresser le bilan qui, comme lors des années précédentes, n’a pas été aussi flamboyant qu’on le pensait, au grand dam des dirigeants de l’AMA, notamment le responsable de la commission technique nationale, Joël Sévère. Selon lui, l’athlétisme mauricien a connu « une saison moyenne » avec le recordman de Maurice du poids, Bernard Baptiste, et une poignée de jeunes, à l’image de Sévérine Moutia et autres Juliane Clair, médaillées aux Championnats d’Afrique juniors en Algérie. Aux récents Jeux de la Francophonie d’Abidjan en Côte d’Ivoire, événement majeur, seuls Bernard Baptiste et le marcheur Jérôme Caprice ont pu décrocher le bronze. Alors qu’à Nice, en France, en 2013, Jessika Rosun (javelot), Guillaume Thierry (décathlon) et Jonathan Permal (200m) avaient obtenu chacun une médaille de bronze.
La vision de l’AMA exprimée par son président Vivian Gungaram en septembre de l’année dernière, soit quelque temps après les Jeux olympiques de Rio au Brésil, était de qualifier un maximum de cinq athlètes lors des prochains Jeux de Tokyo au Japon en 2020. La mise en place d’une nouvelle structure et le soutien de l’International Association of Athletics Federations (IAAF) et de la solidarité olympique devaient aider à y parvenir. Ces dispositions faisaient suite aux pâles performances aux Jeux des îles de l’océan Indien de 2015 à La Réunion, mais aussi aux Championnats d’Afrique de juin 2016, à Durban en Afrique du Sud, où la sélection nationale était rentrée au pays sans la moindre médaille, pour la toute première fois depuis de nombreuses années. « Nous avions pris des mesures en conséquence, mais cela n’a pas marché d’où la décision de tout revoir », avait alors déclaré Vivian Gungaram à Week-End. « Les athlètes et encore moins les entraîneurs ne sont à blâmer. En tant que président, j’assume entièrement la responsabilité de ces échecs », avait-il ajouté.
Huit athlètes en finale à Abidjan
Un an plus tard, force est de constater que l’athlétisme local peine toujours à décoller. Pour Joël Sévère, qui avait également fait part de ses inquiétudes à Week-End, la saison 2016/17 a été moyenne. Les VIIIes Jeux de la Francophonie à Abidjan ont prouvé que la machine était toujours grippée. Ce qu’il a d’ailleurs expliqué au ministre de la Jeunesse et des Sports, Stephan Toussaint, lors de la rencontre de mardi dernier à Port-Louis. « J’ai dit au ministre que nous n’avons pas obtenu plus de médailles qu’aux Jeux de Nice en France en 2013. En revanche, sur un point de vue des performances, nous avons eu plus de finalistes », a relevé Joël Sévère.
En effet, Maurice était représentée en finale du poids (Bernard Baptiste), javelot (Jessika Rosun), disque (Christopher Sophie), 400m (Orwin Emilien), 100m (Jean-François Degrâce), 1500m (Mohamad Dookun), triple saut (Jonathan Drack) et 20 km marche (Jérôme Caprice). Joël Sévère est aussi d’avis que certains athlètes ont joué de la malchance, à l’image de Christopher Sophie qui a raté la médaille de bronze de 31 cm avec un lancer de 50m15. C’est du reste sa meilleure performance après les 50m13 réalisés cette année en France.
Le sprinteur Jean-Daniel Lozereau a, lui, réalisé 10:69 au 100m, alors que sa meilleure performance est de 10:65. Jean-François Degrâce (100m) s’est pour sa part qualifié pour la finale avec un chrono de 10:53, alors que Jonathan Bardottier a raté la finale d’un rien (10:54). Soulignons aussi la toute première participation d’un coureur mauricien en finale du 1500m, en l’occurrence Mohamad Dookun, neuvième avec un chrono de 3.56:49, et la quatrième place de Jessika Rosun au javelot (48m02).
4x100m : bronze pour les Seychelles
Le plus inquiétant pour Joël Sévère, ce sont les faiblesses constatées par rapport aux autres pays de la région que sont les Seychelles et Madagascar. Il y a eu d’abord la médaille d’or du Seychellois Dylan Sicobo, le protégé de Stephan Buckland au High Performance Training Centre de la fédération internationale basé à Maurice. Il s’est distingué au 100m en 10:33 et a raflé le bronze au 4x100m. Madagascar a, elle, réalisé de bonnes performances aux relais 4x100m et 4x400m.
« Nous n’étions pas présents dans ces deux relais et pour moi, c’est une situation inquiétante. Il nous faudra impérativement revoir notre approche par rapport au relais », a précisé Joël Sévère, qui prévoit de mettre en place des groupes de spécialités avec des sprinteurs (100m, 200m, 400m et 400m haires). « Un travail avait déjà été entamé à ce niveau, sans qu’il y ait un exercice de fond. Il faudrait aussi avoir plus de solidarité entre entraîneurs et sprinteurs. Nous devons être en mesure d’avoir des résultats, d’autant que nous avons toujours eu des équipes de relai courant le 4x100m en moins de 40 secondes. Je reste convaincu que nous pourrons à nouveau le faire si le travail est fait comme souligné », a-t-il exprimé.
Pour ce qui est des filles, Joël Sévère a expliqué que quatre athlètes seulement étaient qualifiées pour les Jeux de la Francophonie avant que la lanceuse Vanessa Collet ne déclare forfait pour cause de blessure. « Hormis Jessika (Rosun), ni Joanilla (Janvier) au 100m ni Aurélie (Alcindor) aux 200m et 400m n’ont pu atteindre la finale. On se retrouve toujours avec le même casse-tête au niveau de l’athlétisme féminin », a-t-il conclu.