Depuis très tôt ce matin, les autorités mauriciennes – essentiellement la National Coast Guard (NCG), la Mauritius Ports Authority (MPA) et le ministère de l’Environnement – sont sur le pied d’alerte avec le cargo MV Benita drossé sur les récifs au large de Mahébourg. Ce cargo, battant pavillon libérien, a, à son bord, quelque 125 tonnes métriques de Marine Gas Oil. À la mi-journée, le constat dressé par des éléments de la NCG, partis en éclaireurs depuis Le Bouchon, est qu’il n’y a aucune trace d’huile lourde en mer ou encore autour du « cargo which has run aground ». Entre-temps, le remorqueur Ionian Seg Fos a quitté la rade de Port-Louis pour se rendre au sud-est de l’île en vue d’enclencher l’opération de renflouage du MV Benita des récifs. Les conditions en mer sont considérées comme étant difficiles, avec des houles d’une hauteur moyenne de cinq mètres juste en dehors du lagon. Ce cargo, qui faisait route vers Durban après avoir quitté l’Inde, s’est retrouvé dans cette posture suite à une quasi-mutinerie qui s’est déroulée à bord dans la soirée d’hier. Suite à ces incidents, le chef ingénieur du cargo, Alvin Maderse, âgé de 28 ans, un ressortissant philippin, a été grièvement blessé et a dû être héliporté à l’hôpital de Rose-Belle dès le lever du jour. Les 22 autres membres d’équipage sont sains et sauf et l’agresseur du chef ingénieur s’est enfermé dans une cabine depuis ces incidents.
À ce matin, avec la confirmation que le MV Benita, faisant 181 m de long sur 30 m de large, et avec un tirant d’eau de 6,8 mètres, a fait naufrage sur les récifs de Mahébourg, les officiels du ministère de l’Environnement, de la MPA, de la NCG et de la police ont constitué une cellule de crise pour procéder à une évaluation de la situation et décider de la marche à suivre en vue d’éviter toute “oil spill” dans le sud-est de l’île.
Une première assurance est venue de la première équipe de membres de la NCG envoyée sur les lieux. Aucune fuite d’huile lourde des 125 tonnes métriques dans les réservoirs du cargo libérien n’a été notée sur la mer. Toutefois, une équipe de membres de la NCG et du ministère de l’Environnement se tient prête à intervenir en vue d’installer des barrages de bouées au cas où des risques de pollution se présentaient. Interrogé par Le Mauricien avant de se rendre aux délibérations du conseil des ministres du jour, le ministre de l’Environnement, Alain Wong, a déclaré : « Les officiers et techniciens du ministère sont en consultation et les dispositifs prévus seront déployés. À ce matin, la situation est sous contrôle. »
Le remorqueur Sea Fos devait arriver sur les lieux en début d’après-midi pour démarrer les opérations de renflouage, qui pourraient s’avérer délicates compte tenu des conditions extrêmement difficiles en mer, soit des houles de cinq mètres en moyenne et des vents de 21 noeuds en direction de l’est. La priorité restera de veiller à ce qu’il n’y ait pas de fuite d’huile lourde dans la mer et la sécurité des 22 membres d’équipages, qui sont toujours à bord.
Les experts devront procéder à une évaluation de la position du MV Benita et de la direction du vent avant d’élaborer le plan d’action. Une information capitale pour le renflouage est que les cales du MV Benita sont vides et que le cargo allait prendre une cargaison à Durban. Ce détail devrait faciliter dans une grande mesure les prochaines opérations dès que les paramètres auront été établis. En attendant cette étape, une première équipe de commandos de la NCG a déjà pris position sur le MV Benita depuis ce matin en vue d’assurer la coordination des opérations.
Peu avant midi, une première tentative de débloquer le MV Benita avait été amorcée avec l’arrivée sur place du remorqueur. Mais les conditions en mer ont rendu les manoeuvres extrêmement compliquées. D’autres essais sont à prévoir en cours d’après-midi avec de nouveaux dispositifs.
Une première opération d’évacuation s’est déroulée au lever du jour, l’hélicoptère de la police transportant le chef ingénieur du bateau à l’hôpital de Rose-Belle. Alvin Maderse a eu le bras gauche fracturé et porte de profondes lacérations au cou et au front, avec des symptômes de coups à la tête. Il devait faire un scan cérébral avant de compléter le diagnostic.
Les graves problèmes du MV Benita font suite à ce qui s’apparente à une quasi-mutinerie dans la soirée d’hier. Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien auprès des sources concordantes indiquent que de violents incidents se seront déroulés à bord dans la soirée d’hier, le chef ingénieur ayant été pris pour cible. Ce matin, aucune indication n’avait encore transpiré au sujet de la cause de ces incidents majeurs. Officiellement, le capitaine du bateau a indiqué que le MV Benita avait développé des problèmes de moteur sans donner d’indications au sujet des incidents entre les membres d’équipage, mais en concédant qu’il n’avait aucun contrôle sur le bateau.
Une source avance que les membres d’équipage auraient éteint les moteurs du bateau, s’apparentant ainsi à une forme de chantage. D’ailleurs, l’agresseur du chef ingénieur s’est enfermé dans une des cabines du cargo après les incidents. De son côté, le capitaine du MV Benita devait lancer un SOS vers 23h50. Quelques instants après, la Mauritius Radio, soit la radio du port, devait alerter le MRCC, centre assurant la coordination des opérations de recherches en mer, de la situation à bord du cargo libérien.
Aucune communication n’a pu être établie avec le capitaine en raison de la panne d’électricité à bord. Les armateurs du bateau à l’étranger ont alors été informés de cette affaire, avec instructions de solliciter les services d’un agent à Maurice pour les contacts avec les autorités mauriciennes. À cette heure, dans la nuit d’hier à ce matin, le cargo était pointé à 17 milles nautiques au large de Mahébourg. L’OPS Room Southern de la NCG a été sollicitée pour être « on the look-out » car le bateau était à la dérive. « Le capitaine a lancé un appel de détresse vers 23h50 », a confirmé le surintendant Veerasamy de la NCG à Le Bouchon tout en lançant un appel aux habitants pour qu’ils ne s’aventurent pas en mer pour essayer de voir de plus près le cargo échoué.
Des habitants de Mahébourg et des villages côtiers avoisinants, interrogés par Le Mauricien, affirment que, pendant une bonne partie de la nuit, ils ont été intrigués par la présence et le mouvement du MV Benita au large. « Depi minwit par la, noune truv sa bato lot kote resif. Pa ti konpran ki pe arrive. Me li pa ti normal. Letan mone tand dir kine arrive gramatin, mone vine fer ene letir », a confié un des nombreux badauds, qui avaient fait le déplacement à Le Bouchon pour mieux suivre les différentes étapes de ce naufrage en mer.
En parallèle aux manoeuvres en mer, la police a ouvert une enquête au sujet des incidents survenus dans la nuit d’hier. À cet effet, les enquêteurs attendent le rétablissement du chef ingénieur, qui a été admis à l’hôpital de Rose-Belle, pour enregistrer sa version des faits et pour consigner les dépositions du capitaine du MV Benita et des autres membres d’équipage à cet effet…