Depuis le 12 septembre de l’année dernière, onze marins philippins campent sur le Markella, un cargo battant pavillon panaméen, sur qui pèse cinq ordres de saisies pour créances non payées. Ne pouvant payer les frais du port, ne pouvant non plus quitter Maurice et en attendant une décision de la Cour, le Markella a jeté l’ancre à deux milles du port. Au fil du temps, il est devenu un cargo-prison pour ses marins.
Le Markella est un habitué des eaux mauriciennes. Ce cargo battant pavillon panaméen a effectué plus d’une trentaine de voyages à Maurice depuis 2006, tout d’abord pour le compte d’un armateur représenté par Scott & Co Ltd, puis pour un autre, dont le représentant à Maurice est la Mediterranean Shipping Company. Au début de septembre, le porte conteneur doit subir des réparations à La Réunion avant de quitter le port en direction de Port-Louis. Une fois arrivé à Maurice, le 19 septembre, le cargo fait l’objet de cinq saisies conservatoires pour non paiement de dettes. L’armateur joue aux abonnés absents et son agent dit qu’il est sur le point de résilier son contrat. Ne pouvant payer les frais du port et avec l’interdiction de quitter les eaux territoriales mauriciennes, le cargo jette l’ancre à deux milles de Port-Louis, au large du MC Terminal. Son équipage est confiné à bord, alors que la bataille juridique s’enclenche.
Au départ, les marins philippins pensent que le problème va être rapidement réglé entre l’armateur et ses créanciers, mais ils déchantent vite et se rendent compte qu’ils ont été littéralement abandonnés par les uns et les autres au large de Port-Louis. Leurs salaires ne sont plus payés et la situation empire quand la réserve de gasoil est épuisée. L’équipage se retrouve, au début de novembre, sans eau, sans électricité et sans nourriture. L’Apostolat de la mer organise un service de ravitaillement des marins, avec l’aide de la Mauritius Transport and Port Employees Union, pour permettre aux marins de survivre. Toutes les semaines, un sac de ravitaillement est ainsi envoyé sur le cargo, où les marins passent le temps à regarder le port. Comme un malheur ne vient jamais seul, au début de décembre, le fils du capitaine du Markella, qui souffrait d’une maladie compliquée, meurt aux Philippines, faute d’argent pour payer ses médicaments. Le capitaine est autorisé à regagner son pays pour assister aux obsèques de son fils. Depuis, l’équipage du Markella est réduit à onze marins abandonnés de tous dans l’océan Indien.
Au train ultra lent où vont les choses, ils risquent de passer encore de longues semaines au large de Port-Louis sur leur cargo. À moins que les autorités mauriciennes ne prennent une initiative pour permettre à ces onze marins, dénués de ressources et dont les salaires ne sont pas payés, de quitter le Markella, leur outil de travail qui est devenu leur prison.