L’aquarelliste Gilles Frédéric propose sa première exposition en solo à l’Institut de Maurice jusqu’au 13 juillet. L’occasion de contempler 41 aquarelles inspirées des paysages locaux et de la flore mauricienne. L’événement a été baptisé « Mon île en aquarelle ».
Montagnes, cases créoles, anciennes portes de la capitale, paysages marins, goyaves de chine, fleurs… Gilles Frédéric s’est laissé inspirer par tout ce qui l’entoure pour transmettre ses émotions sur papier. Sans se prétendre militant écologique, l’artiste indique qu’avec le développement, de nombreux paysages courent à leur perte. Et c’est une manière, dit-il, d’en être le témoin. De même, d’aucuns ne font pas souvent suffisamment attention à ce qui les entoure, que soit d’une petite pagode au bout d’une rue, à la devanture d’une église qu’on a l’habitude de toujours voir sous le même angle – à l’instar de celle de Cap-Malheureux avec son toit rouge –, ou encore à une fleur sauvage. Toute occasion nourrit son imagination d’artiste. Des « instantanés » qu’il fixe par exemple lors d’une balade en pleine nature qu’il fait une fois par mois avec le groupe d’excursionnistes du Centre d’excursion de Beau-Bassin (CEBB), lors d’un séjour chez des parents rue Volcy Pougnet, à Port-Louis, ou encore dans son village de Calodyne, où il peut apprécier et exploiter à loisir la lumière à différentes heures de la journée. Une expérience qu’il répète dans d’autres lieux comme transmise dans les trois tableaux intitulés Sky mood (I), (II) et (III). Ces trois aquarelles dépeignent les cimes de la chaîne de Port-Louis vue de Sodnac à différentes heures et dans lesquelles l’on distingue Le Pouce et Pieter Both.
Il confie prendre des notes, des croquis et des photos sur place. Mais son vrai « travail », il le fait dans son atelier, chez lui. Gilles Frédéric ajoute rester suffisamment longtemps sur place pour « s’imprégner » de l’atmosphère. Même si ce n’est cependant pas l’atmosphère du temps réel qui est transposable sur papier, mais, dit-il, celle du moment de la création. L’artiste, d’ailleurs, peint surtout le matin. « Je n’aime pas travailler sous une lumière artificielle », insiste-t-il.
L’homme joue beaucoup sur les couleurs. Fluidité et transparence, le propre même de la technique de l’aquarelle, est très présente dans son oeuvre. L’artiste fignole les détails et ne passe jamais outre le croquis, qui, précise-t-il, facilite la composition de l’image, bien que les coups de crayons n’apparaissent pas dans ses travaux.
La présente exposition montre aussi quelques aquarelles monochromes, notamment en noir et marron. Par ailleurs, l’artiste a voulu apporter une certaine innovation à la présentation de son travail. Ainsi, pour certaines de ses oeuvres, au lieu d’un encadrement traditionnel, il a choisi de peindre la bordure en utilisant la même technique, ce qui donne une certaine homogénéité avec le dessin présenté. Il applique ensuite un vernis par dessus pour la protéger. « On n’est pas obligé de l’accrocher au mur. Elle peut être exposée sur une table par exemple », soutient l’artiste.
À 59 ans, ce comptable de formation a souvent peint pour des amis, et c’est seulement maintenant, alors qu’il se trouve à la retraite, qu’il a se donne le temps de revenir à sa passion. Artiste autodidacte, ayant toutefois bénéficié de quelques conseils de son père et son grand-père, Gilles Frédéric affirme avoir beaucoup appris en observant d’autres artistes travailler, mais aussi en bouquinant et en faisant des recherches sur internet. Le peintre a un faible pour l’aquarelle, qui demande une grande maîtrise du cycle d’eau, autrement dit du dosage de l’eau dans le ventre du pinceau ou sur le papier. Mais une technique qui demande aussi une rapidité d’exécution de la part de l’artiste. Pour lui, pouvoir transmettre des émotions, recréer une atmosphère, en utilisant non seulement les couleurs, mais aussi l’eau – qui a une toute aussi grande importance –, apporte de la magie au travail.
Pour cette première exposition en solo, Gilles Frédéric a bénéficié du soutien du ministère des Arts et de la Culture à travers la National Art Gallery.