Devant plus d’un millier de Catholiques réunis hier après-midi au Thabor pour la Fête de la Pentecôte, Mgr Maurice Piat a clairement fait comprendre que l’Église n’a nullement changé sa position concernant l’avortement. Mais il a souligné qu’en cas de maladies graves et de grossesses extra-utérines mettant en danger la femme enceinte, et que le traitement médical prodigué à celle-ci implique la mort du bébé, l’Église n’est pas contre l’avortement. C’est à la demande des députés, dit-il, que l’Église a transmis une proposition au gouvernement expliquant son acceptation dans ces cas de figure uniquement. L’Évêque de Port-Louis a lancé un appel aux députés pour que leur vote au projet de loi soit dicté « par la sagesse qui vient de Dieu ».
Cette messe de célébration de la Pentecôte dans l’enceinte du Thabor, qui était présidée par Mgr Piat, avait pour thème « Viv to lafwa dans lespri sin ». Dans son homélie, l’évêque de Port-Louis invitait les Catholiques « à témoigner et à partager dans leur vie de tous les jours et dans la société de l’amour gratuit et en abondance de Jésus pour tous les hommes indistinctement ». C’est ainsi que le chef de l’Église a abordé la question de l’avortement ainsi que le projet de loi autorisant cette pratique dans certains cas qui sera débattu incessamment au Parlement. « Nou sosiete kapav byen blese par sa laloi ki pe pase pou permet lavortman. Se la ki nou bizin konn temoinie, nou bizin konn dir ek partaz nou konviksion », a recommandé l’évêque de Port-Louis aux centaines de Catholiques présents au Thabor. Il a rappelé la lettre conjointe envoyée le mercredi 9 mai par les trois évêques de l’église catholique et anglicane à tous les députés pour exprimer avec force la position de l’Église contre l’avortement. « Nou finn fer tou seki nou kapav pou explike », a dit l’évêque à l’assemblée des fidèles et qui reconnaît sur un ton presque de tristesse, que la présentation du projet de loi est irréversible. « Mo trouve aster kapav zot pou komans debat sa laloi-la dan lasamble sa semenn-la », a averti l’évêque en enjoignant par là même les Catholiques à prendre leurs responsabilités devant le respect de la vie.
Mgr Piat a aussi mis en garde les Catholiques hier après-midi contre les rumeurs selon lesquelles l’Église aurait atténué ces derniers jours sa position par rapport à l’avortement. « Ena bann radio pe dir ki soidizan legliz finn sanz so pozision, ala mo dir devan television (NdLR : messe télévisée en direct) se pa vre. Me legliz dakor pou fer lavortman dan sertin ka », a précisé Mgr Piat, qui a alors fait mention d’une proposition envoyée ces derniers jours par les deux évêques de l’Église catholique et celui de l’Église anglicane au gouvernement, expliquant les deux cas spécifiques où l’Église ne conteste pas l’interruption d’une grossesse.
Selon Mgr Piat, Mgr Alain Harel, Mgr Ian Ernest et lui-même ont fait remarquer dans la lettre envoyée aux députés le 9 mai que la clause du projet de loi en circulation, qui prévoit l’avortement dans le cas où la femme enceinte est en danger de mort telle qu’elle est libellée, est trop vague et peut donner lieu à de nombreux abus. Il ajoute que les évêques ont alors suggéré que cette clause de « danger de mort » soit applicable uniquement aux cas connus comme le principe de « double effet » en soulignant que l’Église n’y a aucune objection depuis longtemps.
L’Évêque de Port-Louis a informé hier qu’ils ont soumis au gouvernement une proposition d’amendement au Criminal Code. Une proposition qui répond aux besoins de la femme enceinte en danger de mort tout en respectant les critères fondamentaux d’éthique et de conduite morale. Pour une meilleure compréhension des fidèles catholiques de cette récente proposition aux autorités, Mgr Piat a explicité le principe de “double effet” hier après-midi au Thabor. Il s’est référé au cas du cancer de col de l’utérus et de grossesse extra-utérine qui peut mettre en danger la santé et la vie de la femme. « Pour soigner la maman, pour sauver sa vie, le bébé peut mourir. C’est ce que nous appelons le principe de “double effet”, le “side effect” comme on dit. ».
Le chef de l’Église ne considère cependant pas une telle pratique comme un “avortement”. Selon lui, il s’agit d’un traitement médical pour sauver une vie, que « l’Église permet depuis longtemps ». « C’est ce que nous avons préconisé dans notre lettre du 9 mai. Nous avons demandé de restreindre cette clause de “vie en danger” à ces deux cas uniquement afin que nous puissions accepter un projet de loi autorisant l’avortement », a expliqué Mgr Piat. Il a aussi précisé que c’est à la demande de quelques députés – avec qui il a eu l’occasion de discuter du principe de “double effet” – qu’il a fait parvenir une proposition d’amendement au gouvernement. « Si zot amenn amandman la loi criminal code dan sa direksion la selman nou kapav aksepte li », a affirmé l’évêque de Port-Louis. Il a été catégorique quant au refus de l’Église des autres cas mentionnés dans le projet de loi pour permettre l’avortement notamment risque de malformation du bébé, risques d’atteinte à la santé mentale ou physique de la maman, viol et relations avec mineures. Elle demande le retrait de ces critères dans le projet de loi.
Mgr Piat a réfuté les accusations venant de certains milieux et tendant à faire accroire que l’Église par son refus de l’avortement veut « imposer sa doctrine ». « Mo pa pe inpoz la dokrin de legliz lor tou dimounn. L’Église milite pour le respect de la vie et c’est le cas dans toutes les religions. Mem si ou pena relizion ou respekte lavi ou kamarad. »
Mgr Piat a appelé les catholiques mais aussi les Mauriciens en général « à garder le respect de la vie jusqu’au bout ». « Ne laissez pas la culture de la mort à entrer par le backdoor », a insisté l’évêque de Port-Louis, qui a été applaudi par l’assemblée après son homélie. L’on aura noté une assistante très recueillie tout au long de cette messe célébrée par plusieurs membres du clergé et à laquelle ont participé un bon nombre de jeunes de diverses régions du pays.