C’est une autre façon d’être humain [ ] On peut être Mauricien, Indien ou Japonais, entre autres. On peut être blond, noir ou jaune. L’autisme fait partie de ces multiples caractéristiques de l’être humain. » Telle est la définition de l’autisme que donnait Français Joseph Schovanec, il y a deux ans, dans un entretien au Mauricien. Autiste, écrivain, polyglotte et détenteur d’un doctorat en philosophie et sciences sociales, il est devenu le porte-parole de ce trouble du comportement, encore méconnu du grand public, et qui touche pourtant près d’un pour cent de la population mondiale. Dans le cadre de la journée mondiale de l’autisme célébrée le 2 avril, Week-End est allé à la rencontre de Noah Beauharnais, onze ans et autiste.

Oui, Noah est un petit garçon comme les autres. « Différent, mais pas moins », insiste fi èrement sa mère Sandrine Beauharnais. Nous avons rencontré la petite famille à Goodlands dans leur maison où les rires d’enfants résonnent. La jeune maman de trois enfants s’est habillée en bleu, symbole de l’autisme et nous raconte avec émotion les premières années du petit Noah. « J’ai commencé à voir quelques signes, alors que Noah n’avait que 2 ans, car il ne parlait pas. Mais je ne savais pas encore ce que c’était. Il était mon premier enfant et l’on se disait, son père et moi, qu’il avait sûrement un léger retard et qu’il allait se rattraper. J’ai été longtemps dans le déni. C’est dur d’accepter que son enfant soit différent », nous confie Sandrine Beauharnais, enseignante de langues au collège BPS Fatima.

C’est un cri du coeur que pousse Sandrine Beauharnais. « Ne faites pas comme moi, allez-y, foncez et faites le diagnostic le plus tôt possible dès les premiers signes détectés. Faites-le pour votre enfant », lance-t-elle aux parents d’enfants autistes. Scolarisé à Autisme Maurice depuis plusieurs années, Noah est un fin observateur et un vrai petit artiste en herbe. En frère exemplaire pour son frère cadet Théo et sa soeur benjamine Maelie, il sourit à la vie. Si ce dernier parvient difficilement à s’exprimer, il communique par des dessins, des gestes, des petits regards complices et de larges sourires généreux.

D’ailleurs, il n’oublie jamais de ramener avec lui son petit dessin de « streetwise meal » lorsque ses parents décident de l’emmener manger au fast-food du coin ! « Lorsqu’il ne parlait pas, les gens autour nous disaient alors de lui laisser le temps de grandir ou nous conseillaient de lui donner de la nourriture pour oiseaux, dont de l’eau de pluie, suivant les coutumes mauriciennes. Et même si cela n’avait pas de sens, on le faisait quand même, inquiets de voir Noah ne prononcer aucun mot à l’âge de 4 ou 5 ans », dit-elle. « Mon seul souhait, c’est de voir Noah grandir en toute autonomie »

En effet, c’est à l’âge de 6 ans que Noah Beauharnais sera diagnostiqué autiste. « Je savais que quelque chose n’allait pas, qu’il était différent. Le déclic s’est produit après avoir vu une pub sur Canal + où l’on sensibilisait les parents sur l’autisme. J’ai ensuite commencé à faire des recherches et je découvrais avec stupeur que mon enfant présentait tous les symptômes, soit l’hyperactivité et le manque de paroles, entre autres », se remémore-t-elle. Sandrine Beauharnais décide alors de contacter un psychologue qui lui confirme l’autisme de son fils. Tout bascule. « Dans mon entourage, ils ont vite compris et ont fi ni par comprendre ce qu’était l’autisme même, si l’on subit toujours le regard des autres, des gens qui ne comprennent pas que Noah est différent et qu’il ne peut pas s’exprimer comme les autres. Une personne m’a même dit une fois que c’était le karma qui a fait que j’ai eu un fi ls autiste tant de paroles blessantes de personnes qui ne connaissent pas la réalité des choses », dit-elle.

A la naissance de son cadet, Théo, Sandrine Beauharnais nous confie avoir eu très peur. Peur que lui aussi ne présente les mêmes symptômes que son frère aîné. « Je le surveillais, mais finalement Théo a commencé à parler et à s’épanouir normalement », dit-elle. Aussi la naissance de ce deuxième enfant sera-t-elle le déclic pour Noah qui commence alors à prononcer ses premiers mots à 6 ans. « En voyant son petit frère parler, Noah a lui aussi commencé à dire quelques mots », se rappelle Sandrine Beauharnais. Agé de presque 11 ans, le garçonnet arrive aujourd’hui à s’exprimer par des mots et à dire « maman » ou « papa ». Son talent : le dessin. « On va l’encourager à dessiner et qui sait peut-être que plus tard il pourra vivre de sa passion », nous confie sa mère. En attendant, Noah continue de grandir entouré de ses proches et de ses camarades de classe et avance lentement, mais sûrement. « Pour moi, chaque petit geste, chaque petit pas est un énorme progrès. Comme tout parent d’un enfant avec un handicap ou un trouble quelconque, mon seul souhait c’est de voir Noah grandir en toute autonomie pour qu’il puisse faire face à la vie. J’ai parfois peur pour lui en voyant le manque d’infrastructures et de facilités à Maurice, mais je continue d’y croire et je serai là pour l’accompagner », confie la jeune mère. Elle conclut : les parents ne doivent pas baisser les bras et ne doivent pas avoir peur de demander de l’aide et d’en parler. Un petit geste simple pour permettre à ces personnes de vivre librement leur différence.