Que réservent les prochains mois au marché de l’automobile ? Si les autorités ont décidé d’y mettre de l’ordre, comme annoncé par le Premier ministre lui-même lors de l’inauguration du dernier showroom BMW à Pailles en mars dernier, et les annonces faites par le ministre du Commerce, ces deux dernières semaines, les avis des professionnels du secteur divergent. D’un côté, les importateurs de voitures de seconde main qui cumulent les succès avec une progression constante des ventes, de l’autre, les concessionnaires de véhicules neufs qui tirent la sonnette d’alarme, déplorant les moments difficiles que traverse leur secteur accusant une régression des ventes depuis l’année dernière. Et qui va s’empirer, prévoient-ils, avec la position du gouvernement qui fait un pas devant, deux pas en derrière.
Les revendeurs de voitures de seconde main et les importateurs de véhicules neufs sont à couteaux tirés. Non seulement en raison d’une concurrence déloyale, dont les deux parties accusent l’autre de pratiquer, mais aussi et surtout en raison des lobbies qui sont menés auprès des autorités pour qu’une partie s’en tire au détriment de l’autre. En effet, alors que la Dealers in Imported Vehicles Association (DIVA) — qui clamait, la semaine dernière encore, que certaines décisions du gouvernement voueraient le secteur à la mort — se frotte aujourd’hui les mains, cette fois c’est à la Motor Vehicles Dealers Association ( MVDA) de s’indigner des dernières décisions du Conseil des ministres, qui accentue la pression sur le secteur du neuf dont la situation est des plus alarmantes chez certains concessionnaires.
A la MVDA, on explique que depuis avril 2015, le secteur connaît une situation des plus difficiles. Et au fil des mois, depuis le mois d’octobre, la vente de voitures neuves a connu une baisse de plus de 20%. « Aujourd’hui, le fossé entre la vente de voitures de seconde main et celle de voitures neuves s’agrandit », déplorent les concessionnaires de véhicules neufs. Ils font ressortir que « cette situation ne se reflète pas uniquement au niveau des chiffres de vente des voitures neuves, mais aussi sur les chiffres d’affaires des entreprises engagées dans ce secteur ».
257 voitures neuves vendues de moins que les reconditionées
Ils citent en exemple les dernières ventes du mois de mai, où quelque 571 voitures neuves ont été écoulées sur le marché, soient seulement 41 de plus qu’en 2015. Or, pour ce qui est de la vente de voitures reconditionées pour la même période, le secteur a enregistré la vente de 76 voitures de plus avec 828 contre 752 en 2015. Il ressort ainsi que, comparé à mai 2015, où le nombre de voitures de seconde main vendues était supérieur de 211 unités à celle des véhicules neufs, en 2016, les concessionnaires du neuf enregistrent une vente inférieure de 257 voitures par rapport à celles de seconde main.
Selon la MVDA, les chiffres pour les six premiers mois de l’année, qui devraient être rendus publics dans quelques jours, sont inquiétants pour le secteur du neuf. Pour cause, disent-ils, la situation qui a commencé à s’aggraver depuis avril 2015, s’est détériorée. Situation aggravée avec la dépréciation de la roupie face au dollar, font remarquer les concessionnaires. Ils évoquent par ailleurs « la concurrence déloyale menée par les importateurs de seconde main», qui, selon eux, « bénéficient de certains avantages », notamment en termes d’excise duty à s’acquitter auprès de la Mauritius Revenue Authority (MRA). Si ce sont les petits concessionnaires qui sont les plus affectés par cette baisse dans les ventes de véhicules neufs, les concessionnaires font ressortir que sur le plan des revenues, le gouvernement est aussi perdant. Citant une fois de plus les chiffres du mois de mai, ils expliquent que tenant compte que les avantages dont bénéficient les importateurs de seconde main qui eux n’ont pas à s’acquitter du même taux d’excise duty, c’est une perte de quelque Rs 190 000 sur chaque voiture vendue qu’encoure le gouvernement, soit une somme d’environ Rs 46 M pour mai 2015 et Rs 56 M pour mai 2016.
S’ils pensaient qu’après avoir alerté le gouvernement sur certaines maldonnes à la douane — sur des voitures de seconde main importées, mais revendues comme neuves à Maurice, et des zones d’ombres entourant les Inspection sheet de certains véhicules de seconde main -, les choses allaient s’arranger en se fondant notamment sur de récentes décisions prises par le Conseil des ministres depuis vendredi dernier, ils sont sceptiques quant à l’amélioration de leur situation.
DIVA : « satisfaite » du back-pedalling du GM
En effet , les nombreux cas de fraude détectés dans l’importation des véhicules de seconde main ont obligé le ministère du Commerce de venir avec des mesures, a indiqué le ministre Ashit Gungah lors d’une conférence de presse le 25 juin dernier. Des mesures qui n’étaient toutefois pas au goût de la DIVA dont, parmi les cinq mesures principales annoncées, la révision de l’âge des véhicules qui peuvent être importés. Selon les règlements stipulés le 25 juin, il était question que les voitures reconditionnées et les dual purpose vehicles importés ne devaient pas dépasser trois ans. Les importateurs n’avaient plus le droit d’importer non plus des vans et des autobus de plus de trois ans. Les autres véhicules transportant des marchandises, eux, ne devraient pas dépasser cinq ans. Une révision essentielle, selon le ministère du Commerce, pour assurer la sécurité et le confort des utilisateurs de ces véhicules.
Déplorant « une mort certaine» du secteur des véhicules de seconde main si toutefois ces mesures entraient en vigueur, le porte-parole de la DIVA, Zaid Ameer, a mené campagne pour que ces critères soient revus. Une semaine après ces révisions, le ministère a fait machine arrière. C’est ainsi que depuis vendredi 1er juillet, l’âge des voitures à être importés a été ramené à quatre ans. Idem pour ce qui est des dual purpose vehicles. Concernant l’importation des vans, contrairement à la décision précédente du gouvernement, ceux de quatre ans peuvent désormais être importés. S’agissant des camions, ils ne devront pas dépasser six ans.
Parmi les autres décisions prises par le gouvernement : aucun permis ne sera livré à un nouvel importateur de véhicules de seconde main, selon un moratoire de deux ans. La garantie bancaire qui doit être déposée par les propriétaires de ces compagnies passe de Rs 2 millions à Rs 5 millions. Des amendements à la Consumer Protection Control Of Imports Regulations Act de 1999 et à l’Importation of Sale of Second Hand Vehicle Regulation de 2004 sont cependant nécessaires avant que ces mesures n’entrent en vigueur.
Du côté de la DIVA, les importateurs de voitures de seconde main se réjouissent. La pression exercée par l’association sur les autorités a fini par payer. Zaid Ameer laisse entendre que « nous sommes plus ou moins satisfaits dans la mesure où notre business survivra ». Il soutient qu’avec le recul effectué par les autorités, « ce sont également les acheteurs, notamment de la classe moyenne, comme les chauffeurs de taxi et les ti dimouns, qui sortiront gagnants ». Il explique être surtout satisfait que « le gouvernement ait entendu notre dialogue ». Cependant, déplore-t-il, « pour ce qui est des camions et des vans, nous n’avons pas de satisfaction totale ».
Face à la nouvelle donne, les concessionnaires du neuf, eux, se disent déroutés et découragés. Rappelant qu’en 2015, avec l’affaire Iframac/BAI, certains concessionnaires, même en situation délicate, ont repris les marques de véhicules de la BAI, ils constatent aujourd’hui que « le gouvernement revient en arrière pour satisfaire un groupe de lobbyistes ». « Alors que les chiffres démontrent que c’est le secteur du neuf qui est en déclin, le gouvernement n’a fait jusqu’ici aucun effort. Au contraire, il a back-pedalled sur des mesures qui auraient pu assainir la situation. C’est une politique opaque que nous ne comprenons pas », déplorent les concessionnaires. Selon eux, le gouvernement devrait réfléchir à deux fois avant de prendre des décisions et considérer qu’en outre, le secteur du neuf équivaut à quelque Rs 7 milliards de revenues annuellement contre seulement Rs 3 milliards pour le secteur des voitures de seconde main. Ils se demandent jusqu’à quand cette situation va durer et espèrent que le prochain budget sera positif pour le secteur du neuf.