Le Premier ministre et leader de l’Alliance PTr-PMSD, Navin Ramgoolam, a confirmé qu’avec la présentation du discours-programme à l’ouverture de la nouvelle session de l’Assemblée nationale, le 16 avril prochain, il sollicitera un vote de confiance des parlementaires. Répondant aux questions des journalistes au sujet de sa majorité au gouvernement, il a repoussé d’un revers de la main toute éventuelle défection de ses rangs vers l’opposition tout en parlant d’ »équipe soudée » tout autour de lui. Il a ajouté qu’il est informé des tentatives de débauchage de parlementaires de la majorité, dont le dernier en date ne serait nul autre que le Private Parliamentary Secretary Dhiraj Khamajeet.
Abordant le volet purement politique, Navin Ramgoolam dit attendre de pied ferme la conclusion de l’accord électoral MedPoint II. Il affirme n’avoir pas besoin d’alliance politique ni avec le MMM ni avec le MSM. Il a ajouté que ce dernier parti politique n’est crédité que de 2,9% au sein de l’électorat, selon un dernier sondage commandité par le secteur privé. Pendant la première tranche de cette conférence de presse, qui a duré environ 80 minutes, il s’est longuement appesanti sur le « cinéma politique de l’opposition avec pour objectif de déstabiliser le gouvernement ».
Le chef du gouvernement a présenté le vote intervenant à la fin des débats sur le discours-programme comme un vote de confiance. « Mwa mo pou call Paul Bérenger so bluff. Nou pé prézant enn nouvo diskour-programm ki pou soumette à enn vot de l’Assemblée. Li pe hésité pou prézant enn mosyon de blam. Mwa po pou dimand enn vote de konfians. Mo mett li au défi. Li anvi testé mo mazorité, vine testé li », a-t-il déclaré vers la fin de son intervention avant de répondre aux questions de la presse.
Le Premier ministre a adressé deux coups de patte à la présidence de la République. La première a été très subtile et est intervenue quand il avait fait état de la mise à exécution du projet d’Assets Recovery dans le cas des trafiquants condamnés en parlant de « bann dimounes qui ankor pé koz ladrog ». Probable allusion à une partie du message du président de la République le 12 mars. Pour la seconde, il a trouvé qu’avec l’affaire du Remake 2000, le Président aurait dû émettre un communiqué officiel pour préciser sa position comme ce fut le cas en fin de semaine avec le déplacement annoncé au Bihar en Inde pour le 22.
« Ce point de presse a pour objectif d’expliquer les raisons derrière la prorogation de l’Assemblée nationale, de dénoncer le cinéma et manigances politiques de l’opposition et d’exposer le bluff du MMM tout en situant les responsabilités envers la population », a d’emblée déclaré Navin Ramgoolam. « La prorogation de l’Assemblée nationale fait partie des traditions dans le système westminstérien. A Maurice même, il y a eu plusieurs prorogations et à une certaine époque la prorogation était annuelle », devait-il ajouter en énumérant les précédentes, soit :
le 12 juillet 1984 avec la reprise des travaux n’intervenant que le 9 novembre, soit quatre mois ;
le 26 novembre 1986 au 3 juillet 1987, soit sept mois, avec la dissolution annoncée ce même 3 juillet et la reprise le 15 septembre de la même année, donc neuf mois et deux jours ;
le 22 août 1990 jusqu’au 6 novembre 1990, deux mois et 15 jours ou encore
le 15 décembre 1994 au 21 mars 1995.
« Dès le lendemain de la démission du MSM du gouvernement, j’avais pensé à avoir recours à la prorogation. Mais pour des raisons pratiques, je n’ai pas mis à exécution ce projet car, entre autres, il y avait les préparatifs du budget et également des développements sur le plan international. Avec le nouveau discours-programme, nous allons intégrer les trois premières années du Ten-Year Transformation Programme, qui est actuellement en préparation au gouvernement », a-t-il dit.
Les autres composantes du discours-programme devront traiter des nouvelles données sur le plan économique avec la crise internationale et également la réforme électorale. « Ce sera également une occasion en vue de rectifier le tir sur le plan économique », avance-t-il avant de se lancer dans une série d’attaques contre les tentatives de l’opposition de créer une psychose politique dans le pays.
« Sa cinéma politik-là bizin arrêté dan lintéré pays. Sakenn bizin assime so responsabilité. Gouvernma énan so programme. L’opposition zwé so rol et arrête bluffer ek pas anpes pays développé », ajoute-t-il. À ce stade, il a énuméré divers projets mis à exécution en vue de maintenir la croissance, sauvegarder les emplois ou encore soutenir les plus vulnérables de la société.
Navin Ramgoolam a fait sienne une affirmation du vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, à l’effet que 75% des mesures prévues dans le budget ont été exécutées ou sont mises à exécution. « Commission pour Equal Opportunity pou nommé-là. Ena Assets Recovery Act pou bann ki kontinyé koz ladrog. Ena nouvo Local Government Bill, ki ti alle conseil des minis kan MSM ti dan gouvernma. Amendement Constitution pou éna pli boukou madam dans élections minisipal ek vilaz. Malgré kriz ékonomik, Maurice ankor éna croissance ékonomik », a souligné le Premier ministre, qui a fait état de la politique de subsides sur les prix du riz, de la farine et du gaz ménager malgré les objections du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. « Nou ki décide nou politik », s’appesantit-il.
« De scandale du siècle à blanchiment du siècle »
En parallèle, le Premier ministre est revenu sur la chronologie des événements depuis l’éclatement du scandale MedPoint en janvier 2011 en ajoutant qu’ »après avoir mené campagne contre Pravind Jugnauth à travers des dénonciations dans des meetings et des caricatures aussi bien que des PNQ et PQs, soudain, Paul Bérenger fait un virage à 180° en intimant l’ordre à Reza Uteem d’abandonner la PQ contre Maya Hanoomanjee à la veille de l’arrestation de celle-ci. Le scandale du siècle est devenu le blanchiment du siècle ».
Navin Ramgoolam évoque les différentes rencontres de Paul Bérenger avec Pravind Jugnauth dans une tentative de mettre un terme à l’hémorragie politique au sein du MSM. « Le 8 octobre, Bérenger avance que des années lumière séparent le MSM du MMM en parlant d’unité nationale, de démocratie et de méritocratie. Trois jours après, nouveau virage à 180° avec the air is cleared », dit-il. Puis, il aborde l’épisode de développements importants à venir prévus par Paul Bérenger depuis septembre de l’année dernière et repris à la veille de Noël.
« Ce qui est intéressant, c’est que Paul Bérenger trouve que des frustrés travaillistes, qui pourraient faire mettre en minorité le gouvernement, sont de vrais patriotes alors que les deux anciens MSM qui soutiennent le programme électoral sur lequel ils ont été élus sont des transfuges », commente-t-il. Il dit connaître l’identité du « porteur de valises » pour faire des offres non seulement aux parlementaires de la majorité, dont des PPS, mais aussi à des députés de Rodrigues. « Le dernier approché en date n’est autre que le PPS Khamajeet. Souvenez-vous de la campagne montée par l’opposition dontre Dhiraj Khamajeet. Mais ce qu’ils ne savent, c’est qu’il est un fidèle du parti », répond-il à une question de la presse.
Ciblant toujours les déclarations de Paul Bérenger, Navin Ramgoolam ajoute que « le leader du MMM est le seul leader politique qui peut faire une déclaration et également son contraire. Au sein du bureau politique et du comité central du MMM, il n’y a que des yes-men. Il s’est transformé en un marchand de rêves. Il a perdu sa crédibilité et est devenu la risée de tout un chacun ».
Le leader du Parti Travailliste se dit convaincu de pouvoir faire la différence face à l’alliance MMM-MSM lors des prochaines élections en 2015. « Il ne faut pas qu’il oublie que l’alliance MSM-MMM avec Paul Bérenger comme Premier ministre et Pravind Jugnauth en tant que vice-Premier ministre avait été battue aux élections de juillet 2005. J’attends de pied ferme l’accord électoral MedPoint II. C’est un souhait. Je leur promets une plus grande raclée qu’en 2005 », déclare-t-il avant de rajouter un peu plus tard que « mo pa intéressé avek okenn l’alliance ni avek MMM ni avek MSM ». Il devait faire état d’un récent sondage politique ne créditant le MSM que de 2,9% de l’électorat.
Le Premier ministre a souligné que l’enjeu économique est plus capital que « les manigances et complots politiques ». Les prochaines échéances politiques à l’agenda du gouvernement sont le discours-programme du 16 avril et le 1er-Mai. L’alliance PTr-PMSD a confirmé que la Fête du Travail sera encore sous le signe de la politique avec un rassemblement à Vacoas, même si à un certain moment Navin Ramgoolam s’était penché en faveur d’un congrès en salle. « Lerla zot ti pou dire Travaillistes gagn per. Navin Ramgoolam ine alle kasyet. Mo finn décidé nou pou fer nou gran meeting. Fer zott l’alliance MedPoint II ek gagn patience », devait-il dire pour conclure la partie liminaire de la conférence de presse.